FO Pénitentiaire demande un avion pour transférer 60 détenus de Majicavo vers l'Hexagone

Il est allé à Mayotte « pour se rendre compte par [lui]-même de la situation sur place ». Après sa visite de la prison de Majicavo, Emmanuel Baudin est convaincu qu'une catastrophe bien plus grave a été évitée, même si quatre de ses collègues sont toujours en arrêt de travail, plus d'un mois après la mutinerie qui a secoué l'unique lieu de détention de l'île Hippocampe.
Le scénario catastrophe d'une prison incendiée, la hantise de tous les agents de la pénitentiaire, a traversé tous les esprits. Celui du secrétaire général national du syndicat FO Pénitentiaire aussi. Qui ne s'en est pas caché à son arrivée le 6 novembre à La Réunion, pour un tour d'horizon d'une semaine des prisons de l'île et des personnels qui les font fonctionner.
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« L'effectif théorique de Majicavo est de 278 places. Lors de la mutinerie, il y a avait 640 détenus et aujourd'hui ils sont 686. Le chiffre est en augmentation constante, même si 25 détenus ont été transférés vers La Réunion et trois autres vers l'Hexagone », constate Emmanuel Baudin.
Selon lui, le calme précaire qui règne à Majicavo tient en grande partie à la présence des rotations depuis l'Hexagone des Équipes régionales d'intervention et de sécurité (ERIS). « Elles se relaient, mais ça ne va pas pouvoir durer éternellement », prévient le syndicaliste.
Arguant que Majicavo est surpeuplée et abrite de nombreux détenus condamnés à de longues peines qui ne devraient pas être dans l'établissement, le secrétaire général FO Pénitentiaire se prononce en faveur d'un important transfèrement de prisonniers vers l'Hexagone, via un avion spécialement affrété par le ministère de la Justice.
« La coopération régionale arrive à son terme »
« Majicavo est un établissement très mal entretenu, avec énormément de projections de drogues, de téléphones ou d'armes à l'intérieur. Des gens qui sont condamnés à 20 ou 30 ans de prison n'ont rien à y faire, on ne peut pas préparer leur sortie. Il ne devrait y avoir que des détenus soit en préventive, soit condamnés à des peines de moins de 2 ans », souligne Emmanuel Baudin, pour qui La Réunion, avec ses prisons déjà surpeuplées, ne peut plus être considérée comme une solution.
« La coopération régionale arrive à son terme », avance-t-il clairement, en explicitant la volonté de son syndicat de demander au ministère de soulager la pression des agents qui travaillent à Majicavo. Une prison récente, livrée en 2015, mais « mal entretenue et et mal conçue ».
« On va demander à transférer vers la métropole plus d'une soixantaine de détenus qui n'ont rien à faire à Mayotte. Pour soulager les personnels, pour caser aussi ces détenus qui sont depuis des années dans l'établissement et qui ont mis en place tous le système de trafics et de réseaux. On va le demander au ministre, cela à un coût, mais je pense qu'aujourd'hui on est dans une situation où on ne va pas pas pouvoir continuer ainsi, si on ne veut pas prendre le risque que Majicavo brûle et qu'on n'ait plus de prison », alerte Emmanuel Baudin.
Et concernant la situation à La Réunion, il dénonce une politique du « tout-incarcération » et se prononce en faveur du développement des peines effectuées à domicile, avec des contrôles inopinés des personnels pénitentiaires.
Dimanche 3 novembre, des échauffourées auraient ainsi éclaté dans la cour de promenade du bâtiment F de la prison de Domenjod, où « 5 détenus armés d'armes artisanales ne voulaient pas réintégrer leurs cellules », avec « des tensions fortes communautaires dans un contexte de surpopulation et de baisse des effectifs » selon FO.
Toujours à Domenjod, l'établissement le plus moderne de l'île, la surpopulation du quartier des femmes atteint 180% et la nurserie a dû être transférée en cellule avec quatre matelas en guise de lit.


