Fanm Shapo, entre tradition et modernité

Oryane, 26 ans, est une nouvelle artiste émergente de l’île. Passionnée par sa culture et son environnement, "Nob", de son nom d’artiste, propose des illustrations originales de la femme réunionnaise, à travers son personnage “Fanm Shapo”.
Un corps partiellement vêtu, un masque africain au visage et un chapeau traditionnel sur la tête, c’est de cette façon que l’on peut décrire la “Fanm Shapo”. Personnage emblématique de l’artiste Nob, la Fanm Shapo est libre, puissante et surtout, Réunionnaise.
Nob, de son vrai nom Oryane, a commencé le dessin très jeune. “Comme tous les enfants, je dessinais beaucoup, se souvient l’artiste, et je me suis rendue compte en grandissant que j’avais des prédispositions à dessiner”.
Au lycée, Oryane se tourne vers l’option arts plastiques qui lui ouvre ensuite les portes des beaux-arts de La Réunion, au Port. Après un parcours “compliqué”, l’artiste quitte l’établissement et continue la peinture en autodidacte : “Mes exigences n’étaient plus les mêmes par rapport à ce que les beaux-arts me demandaient de proposer. C’est de là qu’est née Fanm Shapo”.

Oryane commence son parcours en tant que peintre sous son nom d’artiste Nob avec “une approche très intuitive et très sensorielle”. Plus tard, elle se tourne vers un autre médium : l’illustration numérique.
Crayon dans une main, tablette dans l’autre, l’artiste est multitâches : “Je propose des illustrations réalisées numériquement, à partir de ma tablette graphique, mais aussi des dessins et croquis au stylo”.
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Ce nouveau format lui permet de mieux “raconter des histoires et transmettre des émotions” mais surtout valoriser son héritage culturel réunionnais. Un héritage qui lui tient à cœur et gravite fortement autour de ses œuvres.
Fanm Shapo, la femme au masque
Inspirée par les autoportraits de femmes comme ceux de Frida Kahlo, Oryane utilise également son propre corps comme modèle. “J’ai beaucoup utilisé mon corps comme mouvement, comme pinceau quand je faisais des toiles grands formats, partage l’illustratrice. Aujourd’hui j’ai envie de représenter la femme sous toutes ses formes, toute sa beauté et sa puissance”.
Le personnage de Fanm Shapo et son artiste ont un point commun significatif : le chapeau.
Visage baissé et chapeau pointu sur la tête, Oryane fait ainsi passer son art en priorité plutôt que de mettre en avant l'artiste qui se cache derrière le couvre-chef.

Et ce n’est pas n’importe quel couvre-chef qui orne sa tête et celui de Fanm Shapo : “Il s’agit d’un chapeau tressé traditionnel d'origine asiatique, précise Nob. C’est un retour aux origines, un respect des traditions et une certaine forme de sagesse”.
En dehors de sa coiffe, ce qui rend Fanm Shapo si particulière, c’est son masque africain, toujours plaqué sur le visage de ce personnage mystérieux : “J’ai toujours été passionnée par les masques, explique Oryane, le persona est central dans mon travail”.
Selon l’artiste, porter un masque c’est devoir se cacher derrière quelque chose, par rapport à la société et par rapport à nous-même.
“Au théâtre, on les utilisait beaucoup pour se cacher derrière un personnage et aujourd’hui, ce masque africain que porte Fanm Shapo représente aussi évidemment notre culture réunionnaise et toute sa richesse”, précise l’illustratrice.
“Ce que je veux montrer, c’est La Réunion d’hier et d’aujourd’hui”
Feuilles de palmiers, kaz kréol, coq, marmite, boutik sinoi… Fanm shapo évolue dans de nombreux décors réunionnais alliant tradition et modernité.
“Mon univers est inspiré de La Réunion et de ses scènes lontan, celles qu’ont connues mes grands-parents et mes parents, explique Oryane, le but c’est de montrer mon ancrage sur l’île”.
“Mon illustration préférée est celle que j’ai nommée Fanm libre”. Sur le dessin, Fanm Shapo est assise sur un scooter, partiellement vêtue, toujours masquée et protégée par un couvre-chef.

“Ce que je veux montrer, c’est La Réunion d’hier et d’aujourd’hui. C’est un peu un pont entre les générations. C’est un peu le scooter kaniar, le scooter des résistants mais aussi le scooter de la liberté”.
Ses illustrations, disponibles en différents formats, sont accessibles à tous. L’objectif de l’artiste est clair : faire de l’art un domaine à portée de main, pour tous les Réunionnais.
“Il ne faut pas oublier qu'on est capables, nous aussi les Réunionnais, lance l’artiste. On nous a appris ou plutôt fait croire qu’on n’était pas capables, mais aujourd’hui il ne faut pas avoir peur de se lancer. Pa kapab lé mor san essayer. Il faut croire en soi !”


