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Dissolution de l’Assemblée nationale : Coup de poker démocratique

Emmanuel Macron a annoncé la dissolution de l’Assemblée nationale après le raz de marée de l’extrême-droite aux Européennes en France. Les Français seront de nouveau appelés aux urnes les 30 juin et 7 juillet prochains. Le Président assure que cette décision vise à répondre aux résultats du scrutin de dimanche. Il s’agit cependant aussi d’une stratégie risquée du chef de l’État désavoué par la population.

Ecrit par Baradi Siva – le lundi 10 juin 2024 à 14H06

Le Rassemblement national est sorti très largement en tête des élections européennes. Le parti d’extrême-droite a obtenu 31,36% des suffrages et écrase le mouvement de la majorité présidentielle qui finit avec seulement 14,60% juste devant la gauche socialiste et citoyenne (13,83%) et LFI (9,89%). Il faut noter que le scrutin a été marqué par une très forte abstention : 48,50%.

Suite à ce camouflet, Emmanuel Macron a annoncé dans une allocution la dissolution de l’Assemblée nationale. Il affirme qu’il le fait pour répondre aux Français : « J’ai entendu votre message, vos préoccupations, et je ne les laisserai pas sans réponse.”

Le président de la République, qui n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale depuis 2022, a cependant indiqué dimanche que le Parlement devait avoir une “majorité claire”. Pourtant, pendant deux ans, l’ancienne Première ministre, Elisabeth Borne, a gouverné et a fait passer de nombreuses réformes, parmi lesquelles celles des retraites, avec le 49-3.

Emmanuel Macron déclare aujourd’hui réaliser un “acte de confiance (…) en la capacité du peuple français à faire le choix le plus juste pour lui-même et pour les générations futures (…), en notre démocratie”.

Il semble espérer un sursaut républicain des électeurs qui ont déserté les urnes lors des dernières élections. “Je sais pouvoir compter sur vous pour aller massivement voter les 30 juin et 7 juillet prochains”, lance-t-il, après avoir appelé à un front contre l’extrême-droite.

Pour autant, la dissolution de l’Assemblée nationale pourrait avoir d’autres motivations que celles exposées par le président de la République et pourraient aussi avoir un résultat contraire à celui qu’il semble appeler de ses vœux.

Une décision que son Premier ministre lui-même n’aurait pas soutenu. Selon BFMTV, Gabriel Attal aurait tenté de dissuader Emmanuel Macron de procéder à la dissolution et aurait proposé sa démission à la place.

 

Les enseignements des Européennes à La Réunion

 

Une victoire impressionnante, mais sans conséquence en Europe

 

Il faut d’abord rappeler que même si l’extrême-droite enregistre un succès retentissant en France lors des élections européennes, celui-ci ne résonne pas dans le reste du continent.

En effet, le groupe européen extrême-droite progresse, mais n’obtient que neuf élus de plus. La droite gagne des sièges, la gauche socialiste en perd tout comme la gauche radicale. Enfin, Les Verts européens sont les grands perdants avec 19 députés en moins.

Au final, les lignes n’ont que très peu bougé et la coalition qui gouverne l’Europe reste la même : la droite républicaine, le centre (dont les Macronistes) et la gauche socialiste.

Le résultat du Rassemblement national aux élections européennes est donc impressionnant, à cause notamment du fossé creusé avec le parti présidentiel. Cependant, le scrutin n’a pas de conséquence directe sur la gouvernance de l’Europe.

Emmanuel Macron a tout de même décidé de dissoudre l’Assemblée nationale. Un acte présidentiel qui a déjà été réalisé à six reprises sous la Ve République, mais jamais en réponse à des Européennes. Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac ont dissout l’Assemblée après des élections présidentielles, des événements violents, une motion de censure ou pour conforter une majorité.

 

Un véritable “coup de poker” ?

 

Emmanuel Macron veut aujourd’hui prendre acte de la situation politique en France et permettre aux électeurs de choisir leur majorité parlementaire.

La dissolution de l’Assemblée nationale permet d’organiser un nouveau scrutin national à mi-mandat au terme d’une séquence électorale qui l’a vu perdre du poids (Sénatoriales, Européennes).

Cette décision peut aussi être une stratégie pour provoquer un séisme politique et rebattre les cartes avant la prochaine vague d’élections en 2026 et 2027 (Municipales, Présidentielle, Départementales et Régionales). L’objectif pourrait être de casser la dynamique du Rassemblement national, qui aujourd’hui se positionnerait comme première force politique à l’aube des élections locales et nationales. Un nouveau scrutin au terme d’une campagne bien menée par la majorité présidentielle infligerait une défaite au RN qui ferait tache en vue des prochaines échéances.

L’autre hypothèse avancée par les observateurs politiques serait la tentative de décrédibilisation du Rassemblement national. En effet, au vu des derniers scrutins, si un front républicain ou un front populaire ne se forme pas, le RN pourrait prendre le pouvoir à l’Assemblée nationale le 7 juillet.

Résultat ? Emmanuel Macron serait alors forcé à une cohabitation avec le RN à la tête du gouvernement. Mettre l’extrême-droite au pouvoir serait, selon les commentateurs politiques, une façon de montrer aux Français les conséquences de mettre un tel parti au pouvoir. L’espoir serait alors d’un sursaut républicain à la prochaine présidentielle et une nouvelle dissolution pour reprendre la majorité à l’Assemblée nationale.

Une stratégie qui s’avère être risquée, car le Rassemblement national pourrait aussi, au moins médiatiquement, avoir des cartes à jouer en se retrouvant aussi près du pouvoir.

 

Le front républicain et le front populaire mis au test

 

Suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, les élus nationaux sont déjà montés au créneau. Emmanuel Macron appelle à une mobilisation contre l’extrême-droite et ses valeurs, donc à un front républicain.

Plusieurs partis de gauche ont appelé à une union de la gauche qui est encore partie divisée aux Européennes. En additionnant les scores des différents partis progressistes, écologistes et communistes, un front de gauche aurait obtenu 21% et serait arrivé en deuxième position.

Pour l’instant, les réactions de gauche se font attendre au niveau national comme local. Certains ont annulé leurs apparitions publiques, peut-être pour s’atteler aux pourparlers en vue des Législatives anticipées.

 

Le casse-tête réunionnais

 

La dernière fois que la gauche a réussi à s’unir, c’était lors des Législatives de 2022. La Nupes, menée par un Jean-Luc Mélenchon installé comme figure majeure de la gauche à la Présidentielle, était sortie en tête du premier tour des élections législatives et était devenue la première force d’opposition à l’Assemblée nationale la semaine suivante. La coalition avait ensuite rapidement volé en éclat.

Aujourd’hui, c’est l’union Place Publique/Parti socialiste qui est la force majeure à gauche avec 13,83% contre 9,89% pour LFI. Les grandes machines politiques de gauche vont-elles réussir à accorder leur violon cette fois et monter un front républicain ?

La situation se complique lorsqu’on regarde les résultats à La Réunion. Ici, LFI obtient plus de 20% contre 10% pour l’union Place Publique/Parti socialiste. Les plateformes réunionnaises de gauche vont-elles se mettre d’accord comme en 2022, ce qui leur avait permis de faire élire six députés Nupes sur sept à La Réunion.

 

Une situation critique

 

Durant son allocution, Emmanuel Macron a dit une chose qui est vraie, peu importe les interprétations : “L’heure est grave”.

L’heure est grave pour les électeurs français et surtout réunionnais qui boudent les urnes depuis des mois. L’heure est grave pour la majorité présidentielle qui perd inéluctablement du pouvoir au fil des élections. L’heure est grave pour les plateformes de gauche qui se divisent et n’arrivent pas à former une véritable opposition, ni à Macron, ni à l’extrême-droite.

L’heure est grave parce que le chef de l’Etat a décidé de jouer le tout pour le tout dans les urnes. Après les Européennes, et en provoquant des élections législatives, le président fait tapis. Et c’est maintenant quitte ou double pour l’extrême-droite. Un coup de poker démocratique qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la France et La Réunion.

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