Dans Mafate, le préfet à pied pour renouer le dialogue

Dans le cirque de Mafate pour deux jours à la rencontre des habitants, le préfet, Patrice Latron, a profité de l’occasion pour signer la convention officialisant la création du GIP (Groupement d’intérêt public) Mafate. Un déplacement qui permet aux Mafatais de partager les difficultés de leur quotidien, particulièrement depuis le passage de Garance.
Il l’avait promis lors de son arrivée à La Réunion : Patrice Latron, le préfet, va passer deux jours dans Mafate, à pied, pour rencontrer les habitants. Au programme : Aurère, Ilet à Bourse, Grand Place et Ilet des Lataniers. « Je n’ai pu me rendre sur place que très rapidement en hélicoptère après Garance, je voulais donc revenir à pied, pour prendre le temps d’écouter et d’échanger avec vous », lance le préfet à la trentaine de Mafatais venus le rencontrer sous la varangue de l’école d’Aurère.
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Échanges francs autour des difficultés du quotidien
Prévu initialement pour une petite heure, l’échange a finalement fait un peu déraper le planning du représentant de l’État, accompagné par l’ARS, le Département, la Région, l’ONF et les maires de La Possession et de Saint-Paul. Eau, sentiers, emploi, hélicoptère, scolarité : les sujets ne manquent pas, et les Mafatais n’hésitent pas à parfois laisser éclater une colère froide. « Il faut faire travailler les gens d’ici. La semaine dernière, la ville de La Possession a fait monter des employés municipaux des bas pour s’occuper des espaces verts. Pourquoi ce ne sont pas les gens d’ici qui sont pris pour le faire ? », interroge Emmanuel.
À côté de ce dernier, un autre habitant s’agace du manque de volonté politique d’aider les Mafatais. « On est obligés d’avoir un gîte pour s’en sortir. Sinon, il n’y a pas de travail. On nous a encouragés à les agrandir, mais les sentiers sont fermés, et donc les gîtes sont vides. On nous parle de scolarité, mais après le primaire, on doit envoyer nos enfants en internat dans les bas. S’ils ont des difficultés, les parents sont accusés d’être responsables car ils ne sont pas là ». D’autres Mafatais s’attaquent aux prix pratiqués par les taxiteurs sur la piste de la rivière des Galets. « Huit euros pour nous. C’est la piste la plus chère du monde ! », dénonce un autre.
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La fermeture d’une bonne partie des sentiers pendant plusieurs mois a été un coup terrible pour les gîteurs. « Le tourisme de randonnée s’est développé très vite. En une quinzaine d’années, le nombre de passages a explosé dans Mafate. Parfois, on nous présente comme des profiteurs, mais la vérité, c’est qu’on n’a pas le choix. J’ai eu la surprise de voir ma maison sur l’aile d’un avion d’Air Austral. C’est le cirque qui est mis en avant, comme un appât, pour remplir les hôtels des bas. Bientôt, Mafate va ressembler à Grand-Bassin, car plus les années passent, plus c’est difficile d’y vivre. Je n’ai pas réussi à me dégager un salaire depuis le début de l’année », témoigne le gérant d’un gîte.
Un GIP pour structurer les réponses
Les élus et le préfet ont ainsi défendu la décision de créer un GIP pour mieux répondre aux problèmes de Mafate. « Le cirque n’est pas une épine dans le pied de l’État. Au contraire, c’est une opportunité. Mais il faut aussi être honnête : l’État a aujourd’hui plus de 3.000 milliards d’euros de dette. Nous sommes prêts à trouver des financements, mais il faut des projets, et nous soutiendrons ces initiatives », répond le préfet aux interrogations sur l’emploi. « Le GIP doit justement permettre de rassembler tous les acteurs pour mieux répondre aux besoins du cirque ».
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« Ce n’est pas normal que Mafate soit coupé pendant des mois. Ces rencontres m’ont permis de prendre conscience qu’on doit intégrer la réouverture des sentiers dans notre réponse post-cyclone. Il faut qu’on puisse lancer les chantiers de remise en état sans avoir à attendre des crédits », poursuit Patrice Latron.

Désormais, à charge pour ce nouveau GIP de créer une relation de confiance avec les habitants pour répondre à leurs demandes. Un président sera prochainement élu, et un directeur est en cours de recrutement. Sa prise de poste est attendue pour septembre.


