Cyclone Garance : bras de fer entre Tereos et les Jeunes Agriculteurs sur le prix de la canne 2025

Après des pertes massives dans la filière canne, les Jeunes Agriculteurs de La Réunion réclament un prix minimal exceptionnel. Tereos s’y oppose, évoquant ses contraintes industrielles. Le syndicat dénonce un manque de solidarité.
La filière canne réunionnaise est une nouvelle fois sous pression. Deux mois après le passage du cyclone Garance, les tensions se cristallisent entre les Jeunes Agriculteurs de La Réunion et Tereos Océan Indien, unique industriel sucrier de l’île. Au cœur du conflit : la demande d’un prix minimal d’achat exceptionnel pour la campagne 2025, formulée par le syndicat afin de compenser les pertes considérables enregistrées par les planteurs.
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Dans une réponse écrite datée du 27 mai, le président de Tereos Océan Indien, Philippe Labro, a opposé une fin de non-recevoir à cette revendication, tout en reconnaissant l’ampleur des dommages. Selon les estimations du groupe, la filière accuse un manque à gagner de 50 millions d’euros pour les planteurs et de 30 millions d’euros pour les sucreries.
Un prix minimal jugé incompatible avec la réalité du marché estime Tereos
Dans son courrier, Tereos rappelle les difficultés rencontrées par ses sites industriels, fragilisés par le faible tonnage attendu cette année. L’industriel insiste sur les efforts déjà engagés : acceptation des cannes abîmées, maintien de la durée de la campagne, respect des clauses de la convention canne, et mise en œuvre du dispositif de partage des bénéfices.
Mais pour le groupe, pas question de créer un précédent. Tereos écarte l’idée d’un prix minimal exceptionnel en 2025, estimant qu’"il n’est pas possible de mettre en place un prix de la canne à sucre déconnecté de la réalité et qui ne serait pas attaché à la qualité de la matière première livrée".
Le ton du courrier se veut aussi critique à l’égard des organisations agricoles, accusées d’un "manque de solidarité" à l’égard de l’industriel.
"La solidarité ne peut être exigée de ceux dont la survie est en jeu"
Une position jugée inacceptable par les Jeunes Agriculteurs, qui s’estiment incompris dans leur demande. Leur président, Guillaume Sellier, juge sévèrement le contenu de la réponse : "Si cette réponse reconnaît l’ampleur des pertes et les difficultés industrielles, elle balaie le cœur de notre demande : garantir un revenu vital pour les planteurs".
Le syndicat rappelle que les producteurs de canne n’ont qu’un seul interlocuteur industriel à La Réunion : Tereos. "Les planteurs n’ont pas d’alternative à ce jour, et sont donc contraints à des concessions", souligne Guillaume Sellier. Selon lui, il ne peut y avoir de réelle solidarité sans prise en compte de cette asymétrie de pouvoir dans les négociations.
Pour les Jeunes Agriculteurs, le cœur du problème dépasse les mécanismes existants. Ils demandent un engagement fort et visible pour l’avenir de la filière. "Ce n’est pas d’un rappel à l’ordre dont les agriculteurs ont besoin. C’est d’un engagement clair, d’un soutien réel, à la hauteur du niveau de sinistralité des dernières campagnes", affirme Guillaume Sellier.
Le syndicat rejette également l’accusation de manque de solidarité formulée par Tereos : "Peut-on vraiment parler de manque de solidarité lorsque les agriculteurs réclament simplement de quoi couvrir leurs charges ? La solidarité ne peut être exigée de ceux dont la survie économique est en jeu", insiste le syndicaliste.
Il rappelle que les planteurs ont repris leurs exploitations dès la fin du cyclone, sans attendre les indemnités pour les dégâts subis : "Bien avant toute indemnisation, les agriculteurs relancent leur production à leurs frais, au prix d’une grande fragilité financière."
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Une demande de visibilité sur 2025 et au-delà
Conscients des dispositifs existants — comme le partage des bénéfices prévu par la convention canne ou les aides de l’État et des collectivités —, les Jeunes Agriculteurs dénoncent néanmoins un flou persistant quant à l’avenir.
"Ce que nous regrettons aujourd’hui, c’est le manque de visibilité concrète pour les planteurs — tant pour 2025 que pour les années à venir", conclut Guillaume Sellier.
Les prochaines semaines diront si cette impasse débouche sur une crispation durable ou sur une remise à plat du dialogue au sein de la filière. En attendant, l’inquiétude reste palpable chez les planteurs.
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