Filière canne : “Sans cette aide et un prix garanti, on ne pourra pas tenir”

Depuis un champ de canne ravagé par Garance à Sainte-Suzanne, la chambre d’agriculture a interpellé l’État pour que les aides exceptionnelles promises deviennent réalité, mais aussi l’industriel pour obtenir un prix d’achat minimum garanti lors de la prochaine campagne.
“Sans cette aide, je ne sais pas combien de temps on pourra tenir”, déplore Paul Técher. À 55 ans, le planteur de Sainte-Suzanne n’a jamais été aussi pessimiste pour son avenir et celui de la filière canne.
“Depuis 1991, l’année où j’ai commencé la canne, c’est la première fois que je suis aussi inquiet avec le changement du climat, la sécheresse et ces deux cyclones”, commente l’agriculteur. L’année dernière, alors que la campagne était déjà médiocre, ce dernier a réussi à produire plus de 2.000 tonnes de cannes avec une richesse qui a atteint les 14 à 15 points. Cette année, il s’attend à diviser au minimum par deux son tonnage et atteindre entre 700 et 1.000 tonnes de cannes sur ses 21 ha. Le tout avec une richesse qu’il anticipe là aussi divisée de moitié.
Des aides promises, mais pas versées
Des rendements catastrophiques qui ne lui permettront pas de dégager un revenu satisfaisant alors que sa trésorerie est déjà à zéro. Après avoir entretenu ses champs dans les règles de l'art, il a dû tout recommencer (engrais, herbicide…) après le cyclone pour réussir à avoir quelque chose à livrer à l’usine. Une facture de 10.000 euros supplémentaires, le prix de l’engrais restant toujours très haut, jusqu’à 900 euros la tonne.
Comme tous les planteurs, il espère recevoir l’aide exceptionnelle annoncée par Manuel Valls lors de sa première visite après le passage du cyclone.
Elle prend la forme d'une aide forfaitaire de 765 euros/ha pour les parcelles les plus touchées et de 385 euros/ha pour celles qui le sont à un degré moindre. Environ la moitié des planteurs du Nord et de l’Est seraient inclus dans la première tranche. Un forfait qui pourrait être relevé à 1 000 euros/ha après les annonces dans ce sens d’Emmanuel Macron. Problème : depuis, rien n’a été confirmé et encore moins versé. Pour rappel, les planteurs ont chiffré à plus de 1.800 euros le surcoût engendré par le cyclone par ha et à 80 millions d’euros les pertes pour les planteurs.

Des aides pour la vanille et le letchi
“On attend toujours, on nous dit que c’est acté mais on attend les modalités de versement, il ne faut pas attendre que la campagne commence”, tempête le président de la chambre verte, Olivier Fontaine. Il appelle par ailleurs l’État à faire sauter le verrou du montant d’aide perçu durant les trois années précédentes (pas plus de 50.000 euros) pour que tous les producteurs puissent être aidés.
L’aide d’un million d’euros par filière, annoncée pour la vanille et le letchi, est aussi confirmée mais là encore sans précision pour l’heure sur les modalités de versement.
Du côté du fonds de secours, le président de la chambre annonce 50 dossiers payés par l’État il y a environ trois semaines “et une vague de 350 est en cours d’instruction” sur un total de 2.000 dossiers déposés, hors canne (le calcul des pertes se fait en fin de campagne).
“Le planteur ne doit pas être redevable”
Le regard des planteurs se tourne aussi vers Téréos et la prochaine campagne, dont le démarrage est attendu pour le mois de juillet : “Il y a beaucoup d'interrogations sur comment on va récolter cette canne-là, comment on va la ré-entretenir avec l’enherbement qui a repris, la canne est cassée, on ne sait pas comment on va la couper et quelle sera la richesse et les tonnages”. La récolte s’annonce déjà catastrophique, la pire jamais connue, avec une estimation entre 700 à 800 000 tonnes.
Olivier Fontaine interpelle l’interprofession et l’usinier en particulier “pour revoir les conditions de livraison, vu les circonstances il faut des conditions exceptionnelles et des règles du jeu claires avant la campagne pour éviter des incompréhensions et des blocages”.
Premier vice-président de la chambre verte et président des jeunes agriculteurs, Guillaume Sellier se fait plus précis, dans la lignée d’un communiqué publié récemment par le syndicat : “Il faut un prix d’achat minimum garanti pour que le planteur ne soit pas redevable, au vu de la situation exceptionnelle, les cannes n’auront quasiment pas de sucre”.
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“Sinon ce sera très compliqué”
Au minimum, il attend un prix garanti équivalent à l’avance de 30 euros par tonne livrée payée par l’usinier au planteur tout au long de la campagne, “afin qu’il ne soit pas redevable”. Paul Técher espère un prix garanti de 30 à 32 euros “sans analyse”.
Pour l’heure, malgré plusieurs réunions en CPCS (comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre), “c’est silence radio de la part de l‘industriel, il faut nous donner de la visibilité”, regrette le président des JA.
En jeu : le revenu des planteurs pour cette campagne mais aussi d’ores et déjà la question de la relance de la prochaine afin que l’entretien des champs soit réalisé.
“À l’image de Monsieur Técher, il a un manque à gagner, il commence la campagne avec un handicap et risque d’être redevable à l’usine, c’est deux campagnes au minimum à zéro, qui peut encaisser ça ? Si Téréos n’entend pas, ce sera très compliqué pour la suite”, prévient Pierre-Emmanuel Thonon, le co-président côté planteur du CPCS.


