CRAN : Les leçons du scrutin
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Au lendemain des élections régionales, le CRAN tient à mettre en garde les partis de gouvernement en livrant son analyse du scrutin.
Tout d'abord, la question du Front National. Quoique ce parti n'obtienne aucune région, il a encore augmenté entre les deux tours, et dépasse en nombre de voix son record historique de mai 2012, lors de la présidentielle. Il n'y a donc pas lieu d'être soulagé, bien au contraire. Mais il faut expliquer le phénomène. Le CRAN estime que les partis au pouvoir sont responsables de cette situation.
Depuis plusieurs décennies, on refuse de lutter vraiment contre le racisme et on s'étonne que le parti raciste progresse, a indiqué Louis-Georges Tin. On tape sur les musulmans, et on s'étonne que le parti islamophobe progresse. On stigmatise les immigrés, et on s'étonne que le parti xénophobe progresse. On méprise le peuple et on s'étonne que le parti populiste progresse », a ajouté le président du CRAN.
Second enjeu, l'abstention. Tout le monde voit bien que malgré la mobilisation entre les deux tours, les abstentionnistes sont le premier parti au pouvoir. Le CRAN qui fait campagne depuis 2012 pour le vote obligatoire constate que la démocratie recule de plus en plus, sans que personne ne réagisse en conséquence, ce qui creuse encore plus le fossé entre le peuple et ses représentants.
Troisième question, non sans rapport avec la précédente, le vote des minorités ethniques. Bien que les données chiffrées manquent pour proposer une vision précise du sujet au niveau national, le CRAN constate que le 93, qui concentre une forte population noire et arabe, s'est massivement abstenu, alors que ses habitants votent en général à gauche. Le taux d'abstention au premier tour était de 63,09 %, soit 13 points au dessus de la moyenne nationale. Et au second tour, ce taux était même de 20 points supérieur à la moyenne nationale. Ce sont ces voix qui ont cruellement manqué à Claude Bartolone.
Ce résultat a fait basculer non seulement l’Île-de-France, mais également le résultat final de l'élection au niveau national, car les minorités ethniques sont un électorat pivot, a commenté Louis-Georges Tin. C'est donc une leçon pour le gouvernement. François Hollande a trahi ses promesses sur le droit de vote des étrangers, sur le délit de faciès. Il donne le sentiment d'avoir tourné le dos à cet électorat, et cet électorat, qui est indispensable à la victoire, lui a tourné le dos. C'est aussi simple que cela ».
Quatrième enjeu, l'Outre-mer. Le CRAN constate que, élection après élection, les médias comme les politiques n'évoquent absolument pas les résultats dans ces territoires. Certes, les résultats des Antilles et de la Guyane ne sont pas connus à 20h, mais ils le sont le lendemain, et ceux de la Réunion sont connus bien avant ceux de l'hexagone. Le CRAN exige donc que les médias nationaux intègrent les voix de l'Outre-mer dans le décompte, dans les graphiques et dans les analyses. Et cela d'autant plus que l'Outre-mer, où le Front National n'a pas fait pas plus de 1 % des voix au premier tour, a donné à toute la France une vraie leçon de démocratie.


