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Cour d’assises – François Chari : « Vérifie qu’il est bien mort »

Ce lundi 26 octobre s’est ouvert à la cour d‘assises de La Réunion le procès en appel de Marlène Oulédi et de François Chari. Les deux accusés avaient écopé respectivement de 30 et 25 ans de réclusion criminelle en première instance. Ils doivent répondre d‘empoisonnement avec préméditation et tentative d’assassinat pour elle, de complicité d’empoisonnement et tentative d’assassinat pour lui. Les faits remontent au 19 novembre 2013, jour du décès d’Éric Samy, marié à Marlène Oulédi.

Ecrit par – le jeudi 29 octobre 2020 à 16H58

Pas moins de cinq jours d’audience sont prévus pour ce procès en appel sur fond d’empoisonnement. Il est vrai que l’affaire avait défrayé la chronique lorsqu’en 2014, le corps d’Éric Samy avait été exhumé suite à une plainte déposée par ses filles pour des soupçons d’empoisonnement sur leur père. Ces soupçons étaient mis en avant suite à un appel anonyme. L’enquête montrera par la suite que c’est François Chari qui était à l’origine de l’appel.

À cette époque, le directeur d’enquête, en poste à la gendarmerie de Sainte-Marie, avait eu toutes les peines du monde à démarrer ses investigations en raison d’un parquet réticent. Il parvint néanmoins à convaincre les magistrats qui autorisèrent l’ouverture d’une information pour violences envers la fille d’Éric Samy. En effet, François Chari avait dit à la jeune fille que leur belle-mère avait tué leur père et qu’elle voulait s’en prendre à elles afin de récupérer la totalité des biens de son défunt mari. Cet appel survenait le jour où les filles Samy devaient se rendre chez le notaire pour la succession.

L’enquête débute par l’étude des relevés téléphoniques de Marlène Oulédi, puis par des écoutes et des filatures. Les investigations porteront leurs fruits et mettront en évidence les contacts entre les deux accusés. On apprendra par la suite qu’ils étaient amants. 

Elles mettront en évidence la présence de grayanatoxine dans le corps du défunt

Il s’avère que François Chari se prétend être tisaneur et pratique aussi des prières et des incantations permettant d’influencer, selon lui, le cours des choses. De fil en aiguille, le puzzle se met en place et la justice autorise l’exhumation du corps d’Éric Samy pour faire des analyses toxicologiques. Elles mettront en évidence la présence de grayanatoxine dans le corps du défunt, substance que l’on trouve dans le bois de rempart. Ces analyses sont effectuées par le docteur Ivan Gaillard, spécialiste mondial en toxicologie. Lors de cette audience, il explique que le cas d’Éric Samy serait le premier cas au monde de décès par grayanatoxine. 

« C’est vrai vous venez de métropole donc vous êtes forcément plus compétent »

Lors de ces trois premiers jours d’audience, de nombreux témoins se sont succédé à la barre. L’audience a toutefois été marquée, dès le début, par des joutes verbales entre les différents conseils. Marlène Ouledi a choisi trois avocats, dont deux de métropole, pour la défendre. Ils débutent en mettant en doute la qualité du travail de leurs confrères lors du premier procès. Débute alors un échange musclé sur le thème : « c’est vrai vous venez de métropole, donc vous êtes forcément plus compétents ». Bonjour l’ambiance.

Pour autant, la vraie surprise vient à la fin de la lecture des faits lorsque la présidente demande si les accusés sont d’accord avec ce qui est écrit dans l’ordre de mise en accusation. Si Marlène Ouledi réaffirme que non, à la surprise générale, François Chari, pour la première fois, reconnaît les faits. 

Tout porte à croire que la semaine va être longue et difficile pour la défense de Marlène Ouledi. François Chari a en effet reconnu avoir fourni le poison pour tuer Éric Samy à la demande de son amante. De ce fait, quelle va être la ligne de défense de Marlène Oulédi d’autant que les écoutes téléphoniques et les contenus des textos sont sans équivoque? Le jour de la mort de la victime, ils ont passé la journée à s’appeler et ce, depuis 6h30 du matin.

Elle l’appelle même à 0h01 et appelle les urgences à 0h02. « Elle m’a dit dans la journée qu’elle allait passer à l’acte. Je lui ai dit : arrête avec ça », explique François Chari à la cour lors de son audition qui fut aussi un grand moment à souligner. Le calendrier 2013 retrouvé chez lui est marqué d’une croix sur la case du 19 novembre. 

« On ne comprend pas ce que dit l’accusé ! »

François Chari a 67 ans et se déplace difficilement en raison de problèmes de santé. Il ne sait ni lire ni écrire. Il est bon de le souligner pour comprendre ce qui va suivre. Non pas parce qu’il parle uniquement en créole mais plutôt à cause de sa façon de s’exprimer. Alors qu’il est interrogé par la présidente, la défense de Marlène Ouledi, et plus précisément son avocat venu tout droit de métropole, soulève avec ardeur le fait qu’il faudrait un interprète car « on ne comprend pas » ce que dit l’accusé ! « Je sais, j’empoisonne tout le monde mais je demande à ce que soit notifié qu’on ne comprend pas ce que dit Monsieur Chari ». Je vous laisse imaginer la moue de la famille d’Eric Samy présente dans la salle… 

La présidente le reprend immédiatement et rectifie : « Que VOUS ne comprenez pas maître ! Nous sommes à La Réunion et la législation n’autorise pas d’avoir un interprète. De plus, votre confrère est de La Réunion et il comprend ce que dit l’accusé ». Sa consoeur, également venue de métropole ajoutera : « Il faut que l’on puisse comprendre une langue étrangère »… Sans commentaire ! « J’ai présidé de nombreuses audiences et c’est la première fois que je vois des avocats se comporter comme cela entre eux », s’agace alors la présidente.

Qu’importe, François Chari est on ne peut plus clair : « Je regrette ce que j’ai fait à Éric Samy et sa famille ne méritait pas ça. J’ai fait ça car j’avais peur de Marlène ». Lors des écoutes, le jour du décès à 23h45, il avait dit à Marlène Oulédi : « Vérifie qu’il est bien mort » avant de lui avoir dit « appelle le médecin, lève le bras pour voir s’il est bien mort »

« Quand j’allais chez lui, il faisait de la sorcellerie, il invoquait les esprits »

« Depuis lundi, ça me choque ce que j’entends, on n’avait aucun problème avec mon mari. Tout s’est dégradé quand j’ai rencontré Monsieur Chari », déclare Marlène Oulédi lors de son audition. « Il m’a dit que je devais me méfier de ma belle famille, il me faisait du chantage. Quand j’allais chez lui, il faisait de la sorcellerie, il invoquait les esprits, il entrait en transe, il avait une autre voix. Je lui ai dit que je voulais arrêter car j’étais une femme mariée », ajoute l’accusée. « Il m’en veut car je ne voulais pas de lui », ajoute t-elle en réponse à la version de François Chari sur les faits. 

Pour Yvan Gaillard, expert mondial en toxicologie, le résultat des examens toxicologiques est sans aucune équivoque : « Les grayanatoxiques sont des toxines fonctionnelles et non lésionnelles. Cette molécule n’est pas néoformée par l’organisme. Elles agissent entre 2 et 6 heures après l’ingestion. L’estimation de la quantité de toxine qui a été retrouvée dans l’organisme de M. Samy est très sous-estimée car les prélèvements ont été effectués 7 mois après son décès. Les grayanatoxines provoquent une bradycardie. Vous vous sentez vraiment très mal car c’est le coeur qui ralentit. Il y a une sensation d’étouffement, d’asphyxie. Cette personne devait sentir que ça n’allait pas le faire ». À la barre, le toxicologue est formel : « la cause de la mort est due à l’ingestion de cette substance toxique ».  

« Vous n’imaginez pas la douleur que nous avons, même 7 ans après »

Les filles d’Éric Samy ont également été entendues. Elles confirment toutes les deux que leur père les aidait financièrement en cachette de sa femme. « Il ne pouvait plus faire ce qu’il voulait avec son argent », dit l’aînée. « Elle m’avait dit, quand j’ai eu 18 ans, que je n’étais plus obligée de venir voir mon père. Vous n’imaginez pas la douleur que nous avons, même 7 ans après. Comment peut-on empoisonner quelqu’un pour de l’argent ? Le jour de ses obsèques, on n’a pas pu entrer dans la maison, il y avait des cadenas. On espère que justice sera rendue », ajoute la fille d’Éric Samy en pleurs à la barre.

Les réquisitions, les plaidoiries et le verdict sont attendus ce vendredi. Les enjeux pour les accusés sont de taille vu les premières condamnations. Si la défense de François Chari va sans doute plaider une réduction de peine en raison de ses aveux, les contours de la défense de Marlène Ouledi restent flous. Il apparaît clairement une intention non dissimulée de se pourvoir en cassation, en cas de condamnation. Pour cela, il faudrait une faille dans la procédure lors de ce procès. De facto, si tel était le cas, le troisième procès serait délocalisé en métropole.

Pour autant, la présidente fait montre d’une vigilance qu’il convient de souligner tant les enjeux sont, comme toujours, considérables. À noter que Marlène Ouledi avait écopé en première instance d’une peine de 30 ans sans mesure de sûreté. 

 

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