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Soupçons de harcèlement sexuel : l’ex-numéro 2 de la Police a fait de la résistance pour rester à La Réunion

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 14 octobre 2026 à 06H20

L’éphémère directeur adjoint de la Police Nationale de La Réunion, qui fait toujours l’objet d’une enquête interne pour harcèlement sexuel conduite par l’IGPN, a fait de la résistance pour rester dans le département. Ainsi, le commissaire divisionnaire Jean-Pierre Frédéric n’a pas hésité à saisir le Conseil d’Etat pour s’opposer à « la mutation dans l’intérêt du service » dont il a fait l’objet en juillet dernier de la part du ministre de l’Intérieur.

L’affaire a fait grand bruit à l’hôtel de police de Malartic quand elle a éclaté dans les médias en mars 2026. Celui qui occupait le très convoité poste de numéro 2 de la Police Nationale de La Réunion était soupçonné de harcèlement sexuel à l’issue de sa mise en cause par une attachée administrative placée sous ses ordres.

Les faits dénoncés auraient débuté dans la foulée de sa prise de fonction en juillet 2025 pour s’égrener jusqu’en septembre 2025. C’est à cette période que la plaignante a alerté le directeur territorial de la Police Nationale (DTPN). Lequel a immédiatement saisi l’IGPN, la police des polices. La subordonnée du commissaire divisionnaire Jean-Pierre Frédéric s’est retrouvée en arrêt de travail pour de longs mois à partir d’octobre 2025. Quant à l’intéressé, il est resté en poste tout au long de l’enquête administrative qui a débouché sur son audition par les bœufs-carottes en février 2026.

« Regards insistants », « remarques déplacées » et « commentaires sur son physique »

Il a dû répondre aux accusations de la quadragénaire qui a fait état de « regards insistants », de « remarques déplacées », de « commentaires sur son physique » mais aussi de SMS équivoques sur la période incriminée. Un comportement qui s’est répercuté sur sa santé, entraînant un état de stress important puisqu’elle était en permanence sur le qui-vive. Le Monde avait révélé à ce propos que le comité médical chargé d’examiner le dossier avait conclu à un « accident imputable au service ».

S’il n’a jamais fait l’objet de mesures conservatoires, le divisionnaire a fini par être exfiltré hors du département à la faveur d’une « mutation dans l’intérêt du service » au poste de chef de division du contrôle transfrontière de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle-Le Bourget. Mais cette décision, entérinée par un arrêté du ministre de l’intérieur en date du 9 juillet 2026 et effective au 1er septembre suivant, n’a pas été du goût de Jean-Pierre Frédéric.

Le juge des référés ne suspend pas sa « mutation dans l’intérêt du service »

Aussi, ce dernier a-t-il saisi le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil pour faire suspendre l’exécution dudit arrêté dans l’objectif d’être réaffecté à son poste de directeur territorial adjoint de la Police Nationale de La Réunion. Las, le 10 août 2026, le juge des référés a purement et simplement rejeté sa demande. Tenace, le commissaire divisionnaire n’a pas lâché l’affaire. Il s’est ensuite tourné vers le Conseil d’Etat au terme d’un mémoire déposé le 9 septembre dernier.

Jean-Pierre Frédéric espérait ainsi faire annuler l’ordonnance de première instance, obtenir gain de cause dans sa demande de réhabilitation et faire mettre à la charge de l’Etat une somme de 3.500 euros au titre des frais de justice qu’il avait engagés. Pour convaincre le Conseil d’Etat que son pourvoi était légitime à être examiné, il a développé deux arguments.

Le divisionnaire contre-attaque devant le Conseil d’Etat

Le commissaire divisionnaire a d’abord soutenu que l’ordonnance était « entachée d’une insuffisance de motivation en ce qu’elle ne répond pas au moyen tiré de l’atteinte à sa réputation ». Ce qui sous-entend que la décision initiale de procéder à sa mutation portait préjudice à sa réputation ou « à [son] honneur », comme il l’avait confié au Monde en avril dernier. L’autre argument a consisté à prétendre que l’ordonnance souffrait « d’erreur de droit et de dénaturation des pièces du dossier en ce qu’elle estime que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie ».

L’examen de son pourvoi rejeté

Estimant qu’aucun de ces moyens n’est de nature à permettre l’admission du pourvoi, le Conseil d’Etat l’a tout bonnement rejeté le 12 octobre 2026. Ce qui tombe plutôt bien puisque son remplaçant au poste de Directeur Territorial adjoint de la Police Nationale de La Réunion s’est assis dans son fauteuil dès le mois de septembre.

Quid désormais des conclusions de l’enquête de l’IGPN et leurs éventuelles conséquences sur la carrière du commissaire divisionnaire ? Constatons tout de même que sa nomination au poste de chef de la Division du Contrôle Transfrontalière (DCT) au sein de la Direction de la Police aux Frontières (DPAF) est loin de constituer une voie de garage.

Il a en effet près d’un millier de fonctionnaires sous ses ordres et il est aux manettes d’un service hautement stratégique qui requiert des compétences opérationnelles, managériales et relationnelles tout en étant doué d’expertise et d’une résistance au stress hors du commun.

Etiquettes : GU | Harcèlement | Police nationale

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