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Coups de feu et course-poursuite à Bras-Fusil : le trio vengeur lourdement condamné

Ecrit par S.G. – le vendredi 6 février 2026 à 17H08
La nuit du 23 au 24 mars 2024, des affrontements entre bandes rivales avaient éclatés à Bras-Fusil.

La venue de bandes de Cité Fayard lors d’un moringué à Saint-Benoît avait dégénéré la nuit du 23 au 24 mars 2024, des jeunes de Bras-Fusil faisant feu sur leurs rivaux et se lançant dans une course-poursuite en voiture, conclue par un grave accident.

Ils sont trois à comparaître devant le tribunal correctionnel vendredi 6 février, presque deux ans après des événements qui ont bien failli tourner au drame dans le quartier sensible de Bras-Fusil à Saint-Benoît, et qui avaient justifié un nouvel appel à l'aide du gouvernement de la part du maire Patrice Selly.

Le 23 mars 2024, les alentours de l’avenue Jean-Monet s’embrasaient une fois encore, alors que des jeunes de la Cité Fayard de Saint-André avaient cru bon de s’inviter à un tournoi de moringué organisé par leurs rivaux de Bras-Fusil. C’était moins de deux mois avant que ne soit installée une brigade de proximité de la gendarmerie dans ce quartier, alors en proie à des violences urbaines récurrentes.

Une Polo noire exfiltre le tireur...

Sabres exhibés, jets de galets, voitures caillassées… Apprenant que le véhicule de ses parents a subi des dégradations, un jeune de Bras-Fusil se présente face au groupe d’une trentaine de Saint-Andréens, fusil à pompe en main. Il fait feu à deux reprises dans leur direction, touchant un jeune à la jambe d’une gerbe de plombs.

Comme le montrent les images de vidéosurveillance ou des réseaux sociaux, une reconnaissable Polo VW noire aux jantes alu arrive alors sur place. Son passager adresse un signe au tireur, comme pour l’inviter à monter à bord. Celui-ci s’exécute, et le véhicule repart.

... et prend en chasse des jeunes de Fayard

Il réapparaît à peine trente minutes plus tard sur la RN2, où, croisant une Peugeot 206 à l’intérieur de laquelle se trouvent des jeunes de Fayard, il fait demi-tour et la prend en chasse. Une course-poursuite à haute vitesse s’engage, un nouveau coup de feu est tiré par les Bénédictins, jusqu’à ce que la Polo, percutant la 206, parte en tonneaux.

Le tireur, passager arrière âgé de 26 ans, est éjecté du véhicule. Grièvement blessé, il passera un certain temps dans le coma avant d’être tiré d’affaire. Si le conducteur, un jeune Bénédictin de 19 ans, est rapidement identifié, il faudra encore attendre plusieurs mois et l'ouverture d'une information judiciaire pour que les gendarmes découvrent qui était ce mystérieux passager avant, qui a disparu après l’accident.

"Médiateur" ou "instigateur" ?

Il s’avère qu’il s’agit de quelqu’un très connu de leurs services. Un certain Stéphane Aboukir, 44 ans, dont "le long casier judiciaire et l’ancrage dans la délinquance sont valorisés dans son CV" ironise la procureure, puisqu’il travaille depuis dix ans comme "médiateur" pour la Ville de Saint-Benoît.

Niant d’abord sa présence sur les lieux, il finit par reconnaître être sorti ce soir-là, mais seulement "pour faire baisser la tension" assure le prévenu. "Quand j’ai vu les dégâts et la colère, j’ai voulu voir les jeunes pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi", explique-t-il encore au tribunal.

Mais pour les enquêteurs, il est clair que cet homme "plus âgé, qui a un ascendant moral de grand frère dans le quartier, a donné l’ordre de pourchasser la 206."

Guerre de territoires

"Des scènes inacceptables", reprend le parquet, fustigeant "cette délinquance organisée qui veut s’attribuer tel ou tel territoire et y faire sa loi." De lourdes peines sont requises, jusqu’à cinq ans de prison ferme contre Stéphane Aboukir.

La défense plaide pourtant la relaxe de celui que la justice voit comme "l’instigateur." "C’est faux ! il ne savait pas que le tireur avait un fusil, et il a bénéficié d’un non-lieu pour la course-poursuite car rien ne démontre qu’il y a joué un rôle", conteste Me Fabian Gorce.

Malgré les regrets exprimés à la barre, le trio vengeur est lourdement condamné. Stéphane Aboukir écope de quatre ans de prison ferme avec maintien en détention. Lahadji Bacar, le tireur, prend quatre ans dont un avec sursis, et est également maintenu en détention. Quant au chauffeur de la Polo, il devrait bénéficier d’un aménagement de sa peine de quatre ans de prison, dont trois avec sursis. Tous ont désormais l’interdiction de porter une arme.

Lire aussi : Entre sécurité et prévention, Bras-Fusil érigé en “modèle du genre” par Naïma Moutchou

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