Entre sécurité et prévention, Bras-Fusil érigé en “modèle du genre” par Naïma Moutchou

En visite ce vendredi à Bras-Fusil, la ministre des Outre-mer a loué le maillage entre actions de prévention et de répression noué sur le quartier depuis l’installation d’une brigade mobile de gendarmerie. Un équilibre toujours fragile ont alerté les acteurs de terrain, plaidant pour toujours plus de moyens. Patrice Selly appelle lui à “aller plus loin”.
En posant les pieds à La Réunion, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, avait déclaré que la question de la sécurité serait au cœur de son déplacement. C’est sur ce thème que la ministre s’est rendue ce vendredi après-midi à Bras-Fusil, dernière étape de sa deuxième journée de visite dans l’île.
Un maillage “qui fonctionne”
Sur le terrain, associations, élus et gendarmes ont rapidement tissé le cadre d’un maillage qui dépasse le seul volet sécuritaire.
« Un maillage qui fonctionne, on s’est battu pour avoir une permanence de gendarmes ici à Bras-Fusil, je trouve que cela a apaisé le quartier grâce aussi au travail des associations. Les gendarmes ont permis de créer du lien, de faire que les gens se parlent », illustre la présidente de l’association AFECT, Rolande Cazal, en première ligne contre les violences faites aux femmes et au-delà contre toutes les formes de violence et les inégalités sociales.
Hébergement d’urgence, psychologues… Des besoins récurrents
Dans son local de Bras-Fusil ou de façon itinérante grâce à un minibus, l’association reçoit entre 300 et 350 femmes victimes de violences chaque année, plus de mille personnes en ajoutant les difficultés liées à la précarité grâce à une équipe de six personnes.
La présidente remercie le soutien de l’État, de la mairie aussi, du Département et des bailleurs sociaux, mais s’inquiète d’une baisse à venir des moyens alloués alors que beaucoup reste à faire et que l’équilibre trouvé reste toujours fragile. De violents faits divers survenus sur le secteur ces derniers mois viennent le rappeler.

Pour l’association, c’est par exemple le besoin d’un psychologue, mais aussi les carences en matière de logements d’urgence « pour des femmes qui se retrouvent à la rue avec leurs enfants et pour qui il n’y a pas de places d’urgence. Avec des moyens je pourrais louer des appartements, c’est aussi la question de l’aide alimentaire », commente Rolande Cazal.
« Je vais regarder ça de près », lui assure la ministre au moment d’entamer une déambulation dans le quartier jusqu’à la brigade mobile de gendarmerie, créée en mai 2024.
A la rencontre des habitants
Sur le chemin, la ministre va à la rencontre d’habitants qui lui dépeignent, dans la majorité, des améliorations depuis l’arrivée des gendarmes.
« Le quartier a changé en deux ans. Il y avait des caillassages tous les jours, ce n’est plus le cas grâce à la création d’un lien de proximité, dans l’esprit du aller-vers », détaille à la ministre le commandant de la compagnie de gendarmerie de Saint-Benoît, le chef d’escadron Nicolas Tomasini.

Selly appelle à “aller plus loin”
S’il met également en avant les bons résultats de ce maillage entre gendarmes, policiers municipaux, associations et médiateurs de rue, Patrice Selly, le maire de Saint-Benoît, appelle à « aller plus loin » :
« Un équilibre se manifeste et il faut continuer dans ce sens. C’est aussi le résultat de l’installation d’une dizaine de caméras de surveillance. La situation commence à s’améliorer même si ça reste toujours fragile ».
Il renouvelle sa demande pour l’instauration de dispositifs complémentaires « comme l’attribution de logements qui devrait être plus largement dévolue aux maires. C’est aussi la question des contrôles qu’il faut intensifier pour voir qui vit dans les logements et s’il y a des titulaires de l’autorité parentale présents ».
"Pas de sous-Réunionnais, de sous-territoire"
Après deux heures de visite, Naïma Moutchou rappelle que les « questions de sécurité sont prioritaires, il n’y a pas de sous-Réunionnais ou de sous-territoire, tout le monde a le droit à la sécurité ».
Elle se dit « très impressionnée par le partenariat, la coordination mise en place entre les gendarmes, les policiers, les élus locaux, les services de l’État, les associations. Un travail de fond et une réflexion ont été menés et qui permettent de dire que l’insécurité a reculé, c’est ce que m’ont dit les gens du quartier, qui sont unanimes ».
Un « modèle du genre » qui pourrait demain se dupliquer ailleurs, ici comme dans l’Hexagone.
Sur la question des moyens, « des dispositifs existent déjà parce que l’État est en soutien et des fonds sont disponibles comme le Pacte d’avenir, mais rien n’est figé. Chaque fois que ce sera utile, nous serons au rendez-vous, y compris dans la période de contrainte budgétaire, qui ne veut pas dire austérité. L’État investira parce que la sécurité, c’est un objectif majeur ».


