Corsair : Bruxelles ravive les doutes sur les aides d'État

La Commission européenne a décidé d’étendre son enquête sur le plan de restructuration de Corsair. En cause : le dépassement du plafond de flotte, des aides publiques potentiellement illégales et des engagements insuffisants. Un nouveau coup dur pour la compagnie aérienne.
Le ciel s’assombrit de nouveau pour Corsair. Alors que la compagnie aérienne espérait voir son plan de restructuration validé sans encombre, la Commission européenne vient de prolonger son enquête approfondie sur l’aide d’État de près de 195 millions d’euros versée par la France depuis 2020. Dans une décision publiée ce 24 avril, Bruxelles appelle Paris à fournir des explications sur plusieurs points sensibles parmi lesquels figure le non-respect de la limitation de la flotte.
Au-delà de cette infraction, la Commission pointe également l’ajout de nouvelles aides d’État, notamment des abattements fiscaux et l’annulation de dettes publiques, sans démonstration suffisante de leur compatibilité avec le droit européen. Or, toute aide illégale peut être récupérée, rappelle l’institution, y compris en cas d’usage abusif d’un dispositif antérieurement validé.
Pour Bruxelles, les doutes sont multiples : viabilité économique incertaine, absence de réelle contribution propre de l’entreprise, mesures compensatoires insuffisantes et redéploiement stratégique vers l’Afrique qui affaiblit l’argument de continuité territoriale avec l’Outre-mer. Pire, certaines initiatives privées vantées par la France semblent être recyclées de plans antérieurs, ou simplement hypothétiques.
Nous avons contacté la compagnie aérienne qui explique sa position suite à cette demande de la Commission européenne :
La Commission européenne poursuit actuellement l’instruction du plan de restructuration de Corsair, dans le cadre d’un dialogue régulier et transparent avec les autorités françaises. Corsair accueille sereinement cette phase d’analyse approfondie d’une durée limitée, qui ne constitue ni une nouvelle procédure, ni une prise de position sur le fond du dossier et reste mobilisée pour fournir les éclairages attendus. Depuis l’ouverture de la procédure, Corsair a prouvé toute l’efficacité de son modèle économique grâce une transformation structurelle réussie. Ces dynamiques ont permis à Corsair d’enregistrer un retour à la rentabilité depuis 18 mois, confirmant la solidité de son repositionnement stratégique. Elle affirme ainsi son rôle clé de pont aérien entre l’Hexagone et les Outre-Mer, au service des passagers et des territoires. Notre ambition demeure inchangée : conforter Corsair comme compagnie aérienne française indépendante, compétitive, et résolument tournée vers l’avenir.
En toile de fond, une question de principe : s’agit-il encore d’une simple modification du plan initial approuvé en 2020, ou bien d’un tout nouveau plan de restructuration maquillé pour obtenir des aides supplémentaires ? Pour l’instant, la Commission n’a pas tranché, mais son ton laisse entrevoir un sérieux scepticisme. Et pour Corsair, une procédure rallongée, avec la menace d’un remboursement à la clé.
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