Correctionnelle Sud: Depuis 16 ans, la jeune Malgache tente d’obtenir sa naturalisation

Sûre de son bon droit
Mily est une très jolie Malgache de 43 ans se croyant française parce que son père l’était. Là où ça se gâte, c’’est quand on apprend que ce père ne l’a jamais reconnue. Chose qu’elle sera une des dernières à apprendre. Autant dire que son état-civil, tant malgache que français, est boiteux à tout le moins.
Si cette jeune femme se retrouvait ce jeudi à la barre du tribunal, c’est parce qu’elle a donné de faux renseignements afin d’obtenir des prestations familiales. En se croyant dans son droit, ce que le tribunal n’a pas mis en doute la moindre seconde.
"Je suis née à Madagascar et à la mort de mon père, j’ai considéré que sa nationalité française me revenait de droit". Etonnant ? Oui… mais personne ne lui a jamais dit que ce n’était pas aussi simple.
Des incohérences n’étonnant personne !
Encore plus surprenant, Mily arrive chez nous en 2000, obtient un titre de séjour non-permanent et va rester sur le territoire français durant 16 années sans que cela inquiète JAMAIS les autorités.
Elle trouve du travail, obtient quelques allocations qu’elle a sollicitées "en qualité de française" sans que cela soulève jamais de problème.
Son lieu de naissance est variable, comme son patronyme. Même le nom de son supposé géniteur est variable selon les documents, variable en écriture et concernant ses propres lieux de naissance. Tout le monde s’en fout, ce qui ne manquera pas de susciter l’étonnement du tribunal: malgré toutes ces incohérences, personne n’y a trouvé à redire. Courteline pas mort.
Jusqu’à ce que la jeune femme soit poursuivie (comment ? par qui ?) par 4 fois : usage de faux ; conduite sans permis ; usage de monnaie illégale (l’argent malgache n’a cours nulle part dans le monde !) ; usage de papiers d’identité malgaches à inscriptions variables ( ?!?!...)
Mais personne, en ces diverses occasions, n’a remis en cause le fait qu’elle se croyait française. On ne lui a rien expliqué. Normal alors qu’elle se crût dans son bon droit.
Une administration en-dessous de tout !
Même en 2012, lorsque Mily a sollicité la validation de sa nationalité française par l’octroi d’une CNI en bonne et due forme, personne là encore, à la sous-préfecture, n’a cru bon de lui dire ce qu’était la loi. Elle demande ? Elle ne remplit pas les conditions ? CNI refusée, point, circulez, au suivant !
"Il y a quinze ans que je suis à La Réunion, je pensais donc être de nationalité française. On ne m’a rien dit". Et surtout pas qu’un titre de séjour non-permanent n’a jamais remplacé une carte d’identité. S’il fallait gaspiller les précieuses minutes à ne rien foutre d’un fonctionnaire fatigué, rien que pour expliquer la loi à un "client", où irait-on, je vous le demande un peu ! D’autant que nul, en territoire français, n’est censé ignorer la loi (il y en a plus de 40.000, me dit-on).
Des réquisitions très humaines
Mily est actuellement aide ménagère logée nourrie, avec un salaire (?) de 400 euros. Le Pérou !
Le substitut Saunier n’a pas l’habitude de tirer sur les ambulances. Il a juste rappelé à la contrevenante qu’elle n’avait pas le droit de s’octroyer elle-même une nationalité (humour) : "C’est le privilège de l’Etat et je souhaite que vous vous teniez désormais à l’écart des enceintes de justice. Je ne serai pas sévère car vous avez désormais des enfants mineurs et vous ne troublez pas vraiment l’ordre public". Je traduis ; M. Saunier ne l’a pas dit exactement de cette façon mais je ne pense pas trahir sa pensée.
"Avec 400 euros par mois…"
Me Panurge, pour la défense, a suivi le substitut avec empressement, mettant en avant les efforts accomplis par la jeune femme pour régulariser sa situation en toute bonne foi.
"Elle travaille, elle va apurer son compte auprès de la CAF mais donnez-lui du temps. Avec 400 euros de salaire… "
L’argument du cœur, avec les réquisitions empathiques de M. Saunier, a fait mouche.
Mily s’en sort avec 3 mois avec sursis mais devra quand même dédommager la CAF à hauteur de 8.353,23 euros. Et une recommandation simple, poursuivre ses réels efforts pour régulariser sa situation.


