Procès en appel de la Cité des dirigeants : Christophe Di Donato risque la prison

Hier, la procureure générale a requis deux ans de prison ferme et l'interdiction de gérer une société pendant cinq ans à l'encontre de Christophe Di Donato, ex-dirigeant de la Cité des dirigeants. Elle a aussi demandé la condamnation de Gérald Maillot à une peine de prison avec sursis allant d'un an à dix-huit mois et à une peine d'inéligibilité de cinq ans. Délibéré le 25 septembre prochain.
Hier, le procès en appel de la Cité des dirigeants s'est focalisé sur le montage juridique et financier qui a permis à la Cinor et à la Civis de contourner les règles pour pouvoir investir près de 1,4 million d'euros de fonds publics dans une formation de haut vol à La Réunion. L'aventure commence en 2016 au hasard d'une rencontre le jour de la fête des pères entre deux hommes ambitieux, Gérald Maillot, président de la Cinor, et Christophe Di Donato, passé par le cabinet de Nassimah Dindar au Département.
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Le président de la Cinor a sous le coude une taxe professionnelle de 700 000 euros et “le projet de mettre en relation les chefs d'entreprise, les cadres administratifs et les politiques”. “Je recherchais un gars qui allait me convaincre pour piloter un tel projet”, poursuit Gérald Maillot à la barre. Christophe Di Donato ne se le fait pas dire deux fois. Il met sur pied la SAS Cité des dirigeants en mai 2017. Elle intègre une formation reconnue de niveau bac + 7 qui passe par un partenariat entre GBO Holding, une autre société de Christophe Di Donato, et une société lilloise.
Gérald Maillot est super emballé par un projet qui parle aussi “de démocratie, d'équité, de solidarité et de croissance durable, y compris au plan international”. Mais il doit vite déchanter. Car les services de la Cinor pointent de bien embarrassantes difficultés. D'abord, la formation n'entre pas dans le champ de compétence de la Cinor. Ensuite, il est impossible d'injecter 700 000 euros dans la Cité des dirigeants sous la forme d'une SAS. “J'ai demandé à mes services de se mettre au travail pour trouver une solution”, explique Gérald Maillot.
“Le projet était réalisable, mais je ne suis pas un expert...”
Le président Pierre Kuentz tente en vain de lui faire dire qu'il n'y avait pas de solution. “Le projet était réalisable mais je ne suis pas un expert...”, persiste Gérald Maillot en dépit des notes d'alerte administratives. “Vous êtes tout de même président de la Cinor, donc à la tête d'un gros avion, avec la possibilité d'engager de fortes sommes d'argent”, insiste le magistrat.
Joël Périgaud, le directeur de cabinet de la Cinor, a l'idée lumineuse de passer par une Société collective d'intérêt collectif (Scic) dont la formation devient au passage une raison sociale parmi d'autres pour braver l'interdit. Les administratifs de la collectivité renouvellent les mises en garde et pointent les risques. Mais rien n'y fait. Gérald Maillot démarche même d'autres collectivités. Elles ne mordent pas à l'hameçon. Sauf la Civis, alors présidée par Michel Fontaine qui n'est plus là pour répondre à ses juges.
Pour le montage financier, Christophe Di Donato fait appel à “un technicien” de ses connaissances, Arnaud Cottereau. L'idée est que la Cinor entre au capital de la Scic Cité des dirigeants sans prendre plus de 50% des parts, comme le stipule la loi. Pour cela, “le technicien” prévoit une entrée au capital au moyen de 363 parts sociales à 10 euros. Comme la Cinor a convenu de donner 699 864 euros, le complément est versé sous la forme d'une prime d'émission fixée à 1 918 euros la part.
Un habillage à risque
La collectivité verse donc un gros paquet d'argent tout en étant minoritaire avec 26% des parts. Un tel habillage suppose que le montant de la prime d'émission soit fiable. Or, les enquêteurs estiment que leur valorisation future à 2,6 millions d'euros repose sur du vent. “La méthode a consisté à mesurer ce que le projet allait pouvoir générer comme cash-flow sur cinq ans”, se défend Arnaud Cottereau.
De quelles variables disposait-il pour son étude prospective ? “Cela dépend des éléments que l'on donne”, poursuit-il. Mais il est sûr d'avoir eu les bonnes données de la part de Christophe Di Donato. “Pour le premier exercice, j'avais estimé une perte de 400 000 euros et une trésorerie excédentaire sur les suivants avec des formations qui allaient générer du cash”, complète Arnaud Cottereau. Quand le conseil communautaire valide, il semble bien que des zones d'ombre demeurent qui masquent les détails de l'opération.
C'est beau sur le papier et sur les courbes à condition que la société prospère. Mais fin 2018, la seconde promotion débute à peine que le business plan se révèle chaotique, pour ne pas dire catastrophique. L'Agefos réduit drastiquement sa prise en charge. Elle n'accepte plus ou presque de financer les formations de la Cité des dirigeants, programmées sur 18 mois pour un montant de 48 000 euros par candidat. “Trop cher”, estime son directeur.
“Un laboratoire pour la pollinisation entrepreneuriale”
En parallèle, Christophe Di Donato tente de développer “un laboratoire pour la pollinisation entreprenariale afin de nourrir une politique économique de développement et de construire un espace territorial qui fasse émerger un hub international”. Sauf le projet ne dépasse pas le stade des mots. L'année suivante, il a donc rendu les clés d'une Cité des dirigeants en déconfiture.
En 2019, le signalement du commissaire aux comptes débouche sur une enquête qui révèle des dépenses et des mouvements de fonds suspects. La rémunération de Christophe Di Donato à 10 000 euros par mois pour un total sur la période de 231 000 euros est montrée du doigt. Les factures et les flux financiers, qui circulent entre la Scic Cité des dirigeants et GBO Holding et ses filiales au nom de Christophe Di Donato, nourrissent des soupçons d'abus de biens sociaux. Sans compter l'emploi d'une assistante au bénéfice de ce dernier. Le tout pour un montant d'un peu plus de 300 000 euros.
“Je me suis senti trahi par le président Di Donato”
“N'avez-vous pas été victime d'une certaine duperie ?”, demande le président Kuentz à l'ex-président de la Cinor. “Je considère que l'argent n'a pas été utilisé comme il le fallait. Je me suis senti trahi par le président Di Donato”, estime Gérald Maillot. Lui, par contre, soutient n'avoir “jamais eu la volonté de tromper qui que ce soit”.
Pour sa part, Christophe Di Donato s'offusque d'être traité “avec acharnement comme le cerveau d'une escroquerie de grande envergure depuis 6 ans”. Alors que la procureure générale envisage une requalification des faits en détournement de fonds publics ou complicité. D'autant qu'il considère toujours son projet comme “une belle réalisation, pas farfelu du tout”. Il préfère parlé d'un “échec commercial” ou encore d'un “accident économique”.
“Mégalomanie” et profit d'un côté, “prestige” et incompétence de l'autre
“Vous avez dit que la Cité des dirigeants était l'affaire du siècle mais elle s'est cassée la figure au bout de deux ans”, pointe Me Olivier Tamil, en partie civile pour la Cinor. Il estime le préjudice financier de la collectivité à 692 604 euros et réclame 5 000 euros au plan moral. La procureure générale ne manque pas de regretter les lacunes de l'enquête et de critiquer le périmètre de l'appel fixé par le parquet de Saint-Denis. Fabien Atzori souligne “la mégalomanie” de Christophe Di Donato et estime que Gérald Maillot a pu agir par goût “du prestige” au moment où il briguait la mairie de Sainte-Marie. Mais elle n'exclut pas qu'il se soit montré “incompétent” et que Christophe Di Donato en ait “profité”.
La représentante du ministère public conclut que la Cité des dirigeants n'était “que de la poudre aux yeux”. Finalement, elle requiert deux ans de prison ferme et cinq ans d'interdiction de gérer à l'encontre de Christophe Di Donato et de un an à dix-huit mois de prison avec sursis pour Gérald Maillot, assortis d'une peine d'inéligibilité de cinq ans. Pas de peine requise contre les collaborateurs, Joël Périgaud et Arnaud Cottereau. En défense, les avocats ont tous plaidé la relaxe pure et simple de leurs clients.
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