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Homicide involontaire : un procès chargé en émotions après une collision mortelle à Saint-Gilles

Ecrit par Lucas Candessoussens – le jeudi 18 juin 2026 à 07H05

En mai 2025, un motard a perdu la vie à la suite d'un choc avec une voiture. Le conducteur de cette dernière, un infirmier, était jugé ce mardi 16 juin pour homicide involontaire.

Rares sont les audiences correctionnelles qui laissent paraître autant de vives émotions. Pourtant, celles pour homicide involontaire sont souvent très difficiles. C'est le cas pour la mort d'un motard, survenue l'année dernière à Saint-Gilles.

Lire aussi : Saint-Gilles : un motard décède lors d'une collision

Suite au passage du cyclone Garance et aux dégâts infligés dans la commune, une déviation est mise en place sur la RN1A. Il est 6 heures. John*, infirmier de profession, se rend au CHOR pour prendre son service pour la journée. Sur la chaussée, il entame un demi-tour pour filer en direction du Nord et éviter de perdre du temps à faire un tour du rond-point, situé plus loin.

Cependant, au même moment, un conducteur de deux-roues arrive au détour d'un virage et percute le véhicule de plein fouet. Le motard est projeté et, malgré plusieurs massages cardiaques et l'intervention des secours, ne survit pas à ses blessures.

La fatigue, l'élément déclencheur

John, trentenaire, est présent à la barre. C'est lui le conducteur qui a entamé une manœuvre de demi-tour. Le dos voûté, la voix emplie d'émotion, il laisse ses premiers mots à l'égard de la famille de la victime : "Les conséquences sont immenses. Pardon." Ce père de famille explique qu'il se rendait au travail. Après plusieurs semaines de gardes à son travail, il devait reprendre le service de jour.

Le récit se porte au moment où il a effectué le demi-tour et sur ce qui l'a poussé à entamer cette manœuvre malgré la ligne blanche continue : "La fatigue... c'était un demi-tour pour gagner deux minutes", déclare l'homme, non pas pour se justifier, mais pour apporter des réponses aux proches de la victime. "Quand j'ai commencé la manœuvre, j'ai regardé mon angle mort. Je n'ai pas vu de phare. En l'amorçant, j'ai jeté un nouveau coup d'œil : il n'y avait rien." Et puis le choc.

Il détaille être sorti de sa voiture par la porte passager, avant de prévenir les secours : John a ensuite commencé le massage cardiaque sur le motard, qui gisait au sol.

"J'ai fait l'inverse de ce que doit faire un infirmier"

Malgré le massage prodigué et l'intervention des secours, la victime ne peut pas être secourue. On parle ici d'un choc frontal d'une rare violence telle que le véhicule à deux-roues est soufflé. La voiture est elle aussi bonne pour la casse. Placé en garde à vue, John reconnaît être à l'origine de l'accident et avoir manœuvré malgré la ligne blanche continue.

"J'ai fait l'inverse de ce que doit faire un infirmier", déplore le conducteur à la barre. Depuis ces événements, il consulte régulièrement un psychologue et n'a toujours pas repris le travail. Des analyses toxicologiques vont être pratiquées sur lui, révélant que John n'était pas alcoolisé ni sous l'emprise de stupéfiants au moment des faits.

Un vide pour la famille

La victime était un père de famille, vivant et travaillant à La Réunion depuis plusieurs années. À l'audience, nombre de ses proches, amis et collègues ont fait le déplacement pour assister à l'audience. Ses parents, vivant en Bretagne, ont eux aussi tenu à assister à l'audience.

L'audience, ponctuée de larmes, s'est élargie à un portrait de ce motard, dont nombre d'éloges ont été dressés à l'audience. Une audience qui s'est passée dans une certaine sérénité au vu de sa sensibilité : comme l'a rappelé le président, "certains homicides involontaires sont criminels, tant les chauffards sont dangereux à cause de la vitesse, de l'alcool ou des stupéfiants. Ce n'est pas le cas pour vous", déclare-t-il, avant de saluer "la pudeur" dont a fait preuve John à la barre.

Une "connerie pure"

Plusieurs avocats sont intervenus à la barre du côté des parties civiles : d'abord, celui représentant les sociétés détenues par la victime. Dans une plaidoirie plus technique, il a fait des demandes de provisions, notamment à l'assurance. Pour la femme du motard, son avocat déplore : "La vie est fragile. En quelques secondes, les choses peuvent basculer" [...] "Qu'est-ce qu'il lui est passé par la tête ?". Il assure que sa cliente "ne veut pas de haine" à l'égard de John.

Celui représentant le père, la mère et le frère de la victime renchérit : "Bien sûr que sa vie est brisée [à John], mais il n'y a pas que la sienne." Le procureur embraye : dans son réquisitoire, il parle d'une manœuvre effectuée "en connaissance de cause", "délibérée". Il demande une peine d'avertissement : deux ans de prison avec sursis et la suspension de son permis de conduire, avec interdiction de le repasser pendant trois mois.

L'avocat de la défense parle, lui, "d'une connerie pure" faite par son client. Il rappelle que son client a assumé de A à Z, ne tentant jamais de se soustraire à ses responsabilités. S'il ne s'oppose pas à la peine de prison avec sursis, il demande au tribunal de ne pas suspendre son permis de conduire, pour qu'il puisse reprendre son travail.

La décision est mise en délibéré et sera rendue le 10 août.

Etiquettes : Accident | PU1 | Saint-Gilles

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