Budget 2025 : les députés réunionnais se préparent à un vote sous haute tension à l'Assemblée nationale

À l'approche du vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) ce lundi 2 décembre, les tensions sont à leur comble à l'Assemblée nationale. Le Premier ministre, Michel Barnier, a annoncé qu'il pourrait recourir à l'article 49-3 pour faire adopter le texte. Dans ce contexte, une motion de censure préparée par le Nouveau Front populaire (NFP) pourrait rapidement se transformer en un affrontement politique majeur. Les députés réunionnais, quant à eux, expriment des positions diverses sur la situation, notamment concernant l'usage du 49-3, le soutien du Rassemblement national à cette motion et la possibilité de renverser le gouvernement.
Jeudi dernier, un incident à l'Assemblée nationale a exacerbé une tension déjà palpable. Une altercation violente a eu lieu entre deux députés, Nicolas Turquois (LREM) et Mickaël Bouloux (PS), évitant de justesse l'escalade. Cette scène a profondément choqué les parlementaires, mais elle n'a pas échappé à l'analyse des députés réunionnais.
"La fin du mandat d'Emmanuel Macron est proche"
Pour Perceval Gaillard (NFP-LFI), cet acte traduit "la très grande nervosité et fébrilité du bloc macroniste-LR". "La fin du mandat d'Emmanuel Macron est proche, la démission du Président est sur toutes les lèvres et les députés macronistes savent qu'ils seront balayés lors des prochaines échéances électorales comme ils l'ont été lors des dernières européennes et législatives", assure le député insoumis de la 7e circonscription.
Son collègue Jean-Hugues Ratenon (NFP-LFI), témoin de l'incident, le décrit comme le symptôme d'un "chaos orchestré par la Macronie". Selon lui, la violence de l'altercation est le reflet d'un gouvernement "illégitime" qui peine "à accepter les résultats des urnes". Frédéric Maillot (NFP-GDR) condamne également l'attitude des députés concernés, soulignant que cet incident expose "le comportement intolérable" d'une partie de l'hémicycle.
De son côté, Joseph Rivière (Rassemblement national), voit dans la cristallisation de ces tensions les résultats de déclarations opérées aussi bien par le camp présidentiel que par La France insoumise (LFI). "Depuis le quinquennat Macron en 2017, le peuple est assommé de mépris et d'aigreur. En guise de proposition d'alternative politique, Mélenchon et LFI s'amusent à semer "le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas" et à crier que "la République, c'est moi", ce qui ajoute de l'arrogance là où on a besoin de sérénité", dénonce le député de la 3e circonscription.
Le 49-3 et la menace d'une motion de censure "légitime"
La décision imminente de recourir à l'article 49-3 pour faire adopter le PLFSS, comme l'a laissé entendre Michel Barnier agite une nouvelle fois les débats à l'Assemblée. Si ce recours se confirme, le NFP annonce qu'une motion de censure sera déposée dans la foulée. Frédéric Maillot estime cette motion "légitime", arguant que le gouvernement ne respecte pas les résultats des urnes. Pour lui, il est crucial de renverser ce gouvernement, qui, selon lui, "n'a pas d'autre recours que le passage en force".
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Jean-Hugues Ratenon, quant à lui, affirme que la motion de censure est presque une certitude, car il considère que le gouvernement, "n'ayant pas de majorité", est condamné à recourir à une pratique devenue "une habitude" sous les gouvernements d'Emmanuel Macron. Il juge cette situation comme le symptôme d'un gouvernement "qui a des grandes chances d'être renversé dès la semaine prochaine voire avant la fin de l’année", ajoutant que "les jours de Macron sont comptés".
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Joseph Rivière : "un vote ne vaut pas soutien et un soutien ne vaut pas vote"
Une autre interrogation concerne le soutien du Rassemblement national à la motion de censure, qui pourrait radicalement changer les dynamiques politiques à l'Assemblée. Joseph Rivière (RN) défend cette démarche, soulignant qu’il s’agit avant tout d’un droit constitutionnel. Selon lui, l'utilisation du 49-3 est parfaitement légale, et la motion de censure, bien que soutenue par son groupe, s'inscrit dans une logique de "défense des intérêts du peuple français". Il évoque notamment la pression qu'il a exercée pour éviter la hausse des taxes sur l'électricité, un "premier pas de victoire pour le peuple".
Il ajoute : "un soutien est politique. Un vote est législatif. Un vote ne vaut pas soutien et un soutien ne vaut pas vote. Nous ne soutenons pas tel ou tel parti. Nous ne soutenons absolument pas LFI. Nous votons un texte, ici la motion de censure, qui nous paraît aller dans un bon sens. C'est cette nuance que beaucoup d'observateurs politiques et notamment la mauvaise foi de l'extrême-gauche ne comprennent pas. LFI a refusé de voter la réforme des retraites que le RN a présenté le 31 octobre dernier, pour représenter le même texte, et se voir bloquer...par la Macronie. C'est absurde et en plus c'est le peuple français qui perd".
Soutien du RN à la motion de censure : une position qui interroge les députés NFP
Cependant, ce soutien du RN à cette possible motion de censure n'est pas sans susciter des critiques, notamment au sein du NFP. Perceval Gaillard estime que le RN "n'a pas d'autres choix que de censurer ce gouvernement à moins de rejoindre le bloc central dans une alliance officielle". "La seule solution à la crise créée par le président de la République est une présidentielle anticipée", assure-t-il.
"La légitimation de ce gouvernement par le RN pose question sur le fait de le légitimer hier et vouloir le censurer aujourd’hui quand nous savons l’actualité de ce parti actuellement", indique pour sa part Frédéric Maillot.
Jean-Hugues Ratenon, lui, n’hésite pas à rappeler que le RN a, dans le passé, "sauvé Macron" en refusant de voter une motion de censure similaire, ce qui soulève selon lui des questions sur la véritable position du Rassemblement national. "Pour la Réunion par exemple, le député RN Joseph Rivière n’a pas voté nos amendements et a approuvé le budget Outre-Mer en ne présentant aucun amendement de modification alors même que ce budget annonce près de 300 millions d’euros de baisse [...] Je laisse les Réunionnaises et les Réunionnais apprécier la situation et constater que le RN est un leurre et une imposture", déclare le député de la 5e circonscription.
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Karine Lebon (NFP-GDR) a également exprimé son scepticisme face à ce soutien du RN à la motion en préparation par le NFP, estimant qu'un "rapprochement progressif" s'est opéré depuis 2017 "entre la Macronie et le RN". Si le soutien du RN à la motion de censure pourrait effectivement modifier les rapports de force, la députée de la 2e circonscription n'oublie pas que, "sans le soutien du front républicain", les députés du camp présidentiel "n’auraient pas été élus".
Dans ce climat de tension entourant les vote du budget, l'adoption de la motion de censure pourrait devenir un véritable tournant. Un renversement du gouvernement Barnier marquerait un nouveau chapitre de l'instabilité politique qui secoue la France. Au sein du NFP comme du Rassemblement national, les positions sont claires : la crise actuelle révèle un gouvernement désormais privé de la confiance populaire.


