Budget 2025 : Les députés réunionnais en alerte face aux coupes budgétaires

Frédéric Maillot, député de La Réunion et membre de la NUPES-GDR, n'hésite pas à dénoncer les conséquences que pourrait avoir ce Budget 2025 et ses implications dans les Outre-Mer, en particulier à La Réunion. "Alors même que la structure économique (NDLR : de La Réunion) repose sur nos 45.000 entreprises qui font vivre presque autant voire plus de salariés, ce gouvernement fait le choix de baisses drastiques et mortifères pour notre territoire", dénonce le député de la 6e circonscription.
L'une des principales préoccupations soulevées par Philippe Naillet, député PS de la 1ère circonscription, concerne le programme 123, dédié aux "Conditions de vie outre-mer", dont les crédits ont fortement chuté, passant de 920 millions d'euros à 606 millions d'euros. Une baisse qui risque d'affecter des secteurs clés "comme la continuité territoriale, le logement social et le financement des collectivités territoriales", déplore-t-il. Selon Philippe Naillet, cette réduction constitue une "double peine" pour La Réunion, où les salaires sont plus bas, la pauvreté plus marquée, et le coût de la vie plus élevé qu'en métropole. Il appelle à revoir cette baisse qu'il juge "inacceptable" pour le quotidien des Réunionnais.
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Joseph Rivière, député du Rassemblement national, partage cette préoccupation et appelle le gouvernement à une prise de conscience des enjeux. Il souligne que le budget de l'État pour l'Outre-mer va passer de 3,18 milliards d'euros en 2024 à 2,78 milliards d'euros en 2025. Pour le député de la 3e circonscription, cette réduction montre une fois de plus que l'Outre-mer est systématiquement sacrifié. "Je ne peux pas faire d'amendement pour déshabiller Pierre et habiller Paul, ce n'est pas ma conception de la politique. L'Outre-mer est déjà en situation de sous-développement, je ne vais pas rajouter de la pauvreté à nos territoires ultramarins", clame le député RN.
Karine Lebon, députée (NUPES-GDR) de la 2e circonscription, attire l'attention sur l'impact direct de ces coupes budgétaires, qui risquent de mettre à mal "le développement économique et sociale de notre île", et ce, " de manière brutale". Elle cite pèle-mêle la baisse des dotations aux collectivités territoriales, l'augmentation de la taxe sur les billets d'avion ou encore "le refus d'investir massivement dans la politique du logement".
Lutte contre la vie chère : une priorité absolue
Face à ces coupes budgétaires, les députés réunionnais avancent des solutions. Frédéric Maillot rappelle son soutien aux amendements visant à élargir le crédit d’impôt pour le logement et à créer un revenu étudiant pour les jeunes précaires. Il milite également pour une revalorisation de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) en fonction du coût de la vie à La Réunion.
En commission des Finances, la gauche a réussi à faire adopter des mesures d’économie de 50 milliards d’euros, notamment via une contribution exceptionnelle des entreprises et la suppression de niches fiscales. "Mais les groupes appartenant à la majorité ont rejeté ces propositions au lieu de demander l’effort de solidarité là où l’argent se trouve", regrette Frédéric Maillot.
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De son côté, Philippe Naillet met avant les petites retraites. "À La Réunion, un retraité sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Il est donc incohérent de ne pas indexer ces petites retraites sur l'inflation dès janvier 2025", argue-t-il, avant de mentionner un amendement qu'il a déposé pour exclure de cette mesure les retraités dont la pension est inférieure ou égale au SMIC. Le député socialiste plaide également pour le développement de filières d'excellence à La Réunion, notamment dans les secteurs de l'audiovisuel et du cinéma. Il propose de renforcer le crédit d'impôt dans ces domaines en le faisant passer de 20-30% à 50%, afin de stimuler le rayonnement culturel et le développement économique de l'île.
Philippe Naillet s'inquiète aussi des effets du budget sur les collectivités locales. Il souligne que les économies prévues par l'État, notamment une réduction de 3 milliards d'euros via un "Fonds de précaution", risquent de freiner les investissements locaux. "Plusieurs communes réunionnaises, qui sont pourtant les premiers donneurs d'ordres, devront limiter leurs actions sociales et réduire leurs investissements", prévient-il. D'autres mesures, comme la réduction du Fonds Vert de 60% et la baisse du Fonds de Compensation de TVA (FCTVA), pourraient également limiter les capacités d'investissement des collectivités dans des projets d'entretien public ou de transition écologique, ajoute Philippe Naillet. Ce dernier exprime par ailleurs son opposition à l'augmentation des cotisations des collectivités à la Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales (CNRACL), une mesure qui pourrait "dégrader leur situation financière".
Pour Karine Lebon, députée NUPES-GDR de la 2e circonscription, la priorité est de soulager les familles réunionnaises face à l'augmentation du coût de la vie. Elle propose un amendement pour instaurer une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité et espère que cette mesure pourra être étendue aux produits du Bouclier-Qualité-Prix (BQP). Concernant la hausse de la taxe sur les billets d'avion, Karine Lebon a déposé plusieurs sous-amendements pour que cette augmentation ne s’applique pas aux habitants des Outre-mer. En cas de rejet, elle propose que les fonds générés soient attribués à LADOM, l'agence qui facilite la mobilité des ultramarins. La députée dénonce également la double taxation sur les produits importés depuis la métropole (une TVA de 20% en métropole, suivie d'une seconde TVA de 8,5% à l'arrivée des produits sur l'île), une "aberration" qui accroît encore la cherté de la vie à La Réunion.
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Le secteur du logement est une autre priorité pour Karine Lebon, qui a déposé plusieurs amendements afin de faciliter le financement des constructions à La Réunion. Elle propose une réduction de la TVA et l’abolition de la réduction de loyer de solidarité, jugeant ces mesures essentielles pour répondre à la crise du logement sur l'île. "Nous serons très vigilants quant à la mise en œuvre du Plan Logement Outre-mer 3 (PLOM)", prévient-elle, déplorant l’échec des précédents plans.
Joseph Rivière : "sabrer dans les dépenses de l'État qui sont inutiles"
Joseph Rivière plaide pour une gestion plus rigoureuse des finances publiques. Il appelle à revoir les engagements financiers de l’État en matière d’aide publique au développement, qu’il juge trop généreux. "On déverse plus de 6 milliards d’euros dans l’aide publique au développement, un engagement moral datant de 1975, mais aujourd'hui, nous n’en avons plus les moyens", estime-t-il. Pour le député RN, cet argent pourrait être réorienté vers les Outre-mer, "afin de financer la continuité territoriale, les aides aux entreprises ou encore la revalorisation des retraites".
Le député sudiste milite aussi pour la suppression de l’octroi de mer sur les produits de consommation courante. Il propose que le produit de cet impôt soit affecté uniquement au budget d'investissement des collectivités locales et non à leur fonctionnement, afin de mieux utiliser les fonds publics.
Joseph Rivière souhaite également une évaluation de l’efficacité des politiques mises en œuvre par les collectivités. "Je défendrai auprès de mes collègues de la commission des finances le "contre-budget" du Rassemblement national." Il appelle à "sabrer dans les dépenses de l'État qui sont inutiles" comme "les agences d'État qui font doublons".
Joseph Rivière voit néanmoins dans cette rationalisation de la dépense publique au niveau des collectivités un moyen de contrôler, voire de mettre fin, à la "politique du chéquier" dont il accuse certaines collectivités, "comme la Région Réunion depuis 2021". "On arrivera à une situation où le principe des "financements croisés" (financements de plusieurs collectivités sur un projet d'intérêt général) prendra tout son sens, et qu'il ne sera plus possible de faire du chantage au chéquier, car la manne budgétaire ne sera plus aussi abondante qu'avant".
Des perspectives incertaines pour La Réunion
Dans l'ensemble, les députés réunionnais anticipent un budget qui pourrait aggraver les difficultés économiques et sociales déjà présentes sur l'île. Les propositions d'ajustement visent à pallier les faiblesses du projet de loi, mais la crainte d'une mise en œuvre inefficace demeure omniprésente. Les discussions autour de ce budget s'annoncent donc tendues, dans un contexte où le gouvernement pourrait être tenté de recourir à des mesures exceptionnelles pour le faire adopter, comme l'utilisation du très controversé article 49.3 de la Constitution.
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Un scénario qu'envisage très sérieusement Karine Lebon, pour qui "aucune des mesures de justice sociale et d'investissement prioritaire pour notre pays ne sera maintenue dans le budget validé par ce gouvernement". "Cette séquence budgétaire ne sera qu'un spectacle d'improvisation, un défilé de ministres nous expliquant comment les Français peuvent se passer de ce dont ils ont besoin", conclut-elle.


