Biodiversité en danger à La Réunion : l’ARB veut passer à la vitesse supérieure

Réunie ce mercredi 8 avril au siège de l’Office national des forêts (ONF) à Saint-Denis, l’Agence régionale de la biodiversité (ARB) de La Réunion a tenu son premier conseil d’administration de l’année dans un cadre symbolique. L’occasion pour sa présidente, Ericka Bareigts, de revenir sur trois années d’actions et de tracer les perspectives à venir pour la préservation des écosystèmes de l’île.
Présidé par Ericka Bareigts, en présence de la directrice générale Karine Pothin, ce conseil d’administration a permis de dresser un premier bilan depuis la création de l’ARB. Dans un contexte marqué par la fragilité des milieux naturels — près de 40 % de la biodiversité réunionnaise étant aujourd’hui menacée — l’agence s’est progressivement imposée comme un acteur central de coordination.
Sa mission principale : fédérer des acteurs déjà nombreux, issus du monde institutionnel, associatif et économique, afin de renforcer la cohérence des actions engagées sur le territoire. "Faire le collectif" s’est ainsi imposé comme un fil conducteur, dans un paysage jusque-là fragmenté.
Limiter l’introduction d’espèces invasives
Au-delà de son rôle de coordination, l’ARB a engagé plusieurs actions opérationnelles au cours de ces dernières années. L’agence accompagne ainsi le développement des aires protégées et a mis en place des outils pédagogiques, dont un livret destiné aux scolaires afin de sensibiliser à la biodiversité locale. Elle a également renforcé les dispositifs de contrôle aux frontières pour limiter l’introduction d’espèces invasives, tout en menant des actions de sensibilisation en faveur d’une meilleure régulation des espèces végétales commercialisées.
Ces initiatives traduisent une volonté d’inscrire la biodiversité dans le quotidien des Réunionnais, tout en agissant sur des leviers plus structurels. "Aujourd’hui, le collectif est ancré et fonctionne, alors même que nous sommes arrivés dans un environnement déjà très structuré", souligne Ericka Bareigts.
Une mobilisation appelée à s’élargir
L’agence entend désormais franchir une nouvelle étape, en élargissant encore la mobilisation. Cela passe notamment par des actions de sensibilisation à grande échelle, comme les opérations "Gayar Piknik", mais aussi par un accompagnement renforcé des entreprises, des collectivités et des associations.
L’ARB joue également un rôle d’appui en matière de financement, en identifiant et en centralisant les différentes sources disponibles, et en accompagnant les porteurs de projets dans leurs démarches. Autre enjeu : renforcer les liens entre les acteurs. La mise en place d’outils de mise en réseau, comme un annuaire dédié, vise à faciliter les collaborations et à faire émerger de nouvelles initiatives.
Un temps fort est d’ores et déjà annoncé le 20 mai prochain, avec un rassemblement de l’ensemble des partenaires pour partager un bilan collectif et définir les priorités futures.
Un arboretum pour illustrer les enjeux
En marge de la réunion, les administrateurs ont visité l’arboretum de l’ONF, créé il y a une vingtaine d’années. Ce site constitue une vitrine concrète des enjeux de préservation et de restauration des écosystèmes réunionnais, notamment en forêt sèche.
On y trouve plusieurs espèces endémiques rares ou menacées, telles que le bois de senteur, le bois d’éponge ou encore le latanier rouge, ainsi que des espèces emblématiques comme le bois de fer ou le bois d’olive. L’arboretum joue également un rôle clé dans la production de semences, avec près de 500.000 graines produites, contribuant notamment aux programmes de reboisement et aux projets de plantation d’arbres endémiques.
Les observations de terrain confirment par ailleurs une meilleure résilience des espèces locales face aux aléas climatiques, notamment cycloniques, comparativement aux espèces exotiques.
Une ambition collective face à l’urgence écologique
À travers ce conseil d’administration, l’ARB réaffirme son ambition : amplifier la dynamique collective en faveur de la biodiversité réunionnaise. Dans un contexte de pressions croissantes sur les écosystèmes insulaires, la mobilisation de l’ensemble des acteurs apparaît plus que jamais indispensable.
"Il faut aujourd’hui mobiliser les citoyens autant que les institutions pour agir efficacement", rappelle Karine Pothin.
Un défi de long terme, à la hauteur des enjeux écologiques du territoire.


