Bellevue : Des riverains attendent la démolition de leurs maisons

Malgré la vue magnifique sur l'océan Indien, l'amertume domine chez certains habitants du chemin des Bénitiers. Les habitants du quatre maisons du chemin ne se remettent toujours pas de la décision du tribunal correctionnel du chef-lieu. Classé en U2c, le PLU précise bien qu’il s’agit d’une “zone résidentielle mixte dont la vocation touristique doit être confortée et le développement résidentiel freiné”.
“Comment on va faire, on a fait des crédits pour la construire. On ne pourra jamais racheter quelque chose, vu les prix de l'immobilier. Et nous avons des enfants, on ne peut pas juste retourner chez nos parents. D’autant qu’on paye la taxe d’habitation depuis 2017”, s'agace Aurélie.
Démolitions pour certains, amendes pour d’autres
Avec son compagnon, ils ont été jugés en octobre 2021 et se sont vu condamnés par le tribunal correctionnel de Saint-Denis en janvier dernier. Avec ses cousins, ils ont construit au cours des dernières années leurs maisons sur un vaste terrain familial. “Je reconnais que nous n'avons pas fait toutes les démarches pour avoir un permis de construire. On est à La Réunion, et ce n'est pas comme si personne ne faisait ça. Cela fait des années que la mairie nous promet de passer le terrain en constructible, mais rien n'est fait. Donc forcément, la DEAL a raison de venir nous demander de démolir”, poursuit Paco, son compagnon.
Si les membres de la famille reconnaissent certaines largeurs prises avec la législation, tous rappellent que presque toutes les autres maisons de la rue sont aussi classées de la même manière. “Notre hantise, c'est qu'on nous force à démolir, pour que les terrains soient déclassés un an plus tard. On est juste à côté de la nouvelle zone d'activité promise par la mairie et le TCO. Plutôt que d'encourager le développement d'un quartier résidentiel traditionnel, on encourage l'urbanisation d'une zone dense uniquement en bas”, rapporte Serge, un autre cousin, installé quelques mètres plus haut.
“Il n'est à ce jour pas envisagé de modification du zonage du PLU”
D'ailleurs, parmi les quatre maisons mises en cause, seules deux doivent être entièrement démolies, celles de Serge et d’Aurélie et de Paco. Pour Jacques et Brice, une amende a été prononcée. Les disparités des décisions laissent les propriétaires dans l'incompréhension. “Pourquoi tout démolir pour certains, et pas pour les autres ? On ne comprend pas”, rétorque Jacques.
Malgré des promesses, la ville de Saint-Paul reste bien silencieuse face aux sollicitations des requérants. “Il y a plusieurs années, lorsque la mairie a eu besoin de faire des travaux dans le cadre de la compétence GEMEPI [Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations, ndlr], ils avaient besoin de notre autorisation. Nous avons accepté en échange de la modification du PLU, mais rien depuis”, explique Jacques.
Ce surplace dans ce dossier laisse aussi Brice littéralement dans le noir. “Comme je n'ai pas d'adressage en bonne et due forme, je n'ai pas l'électricité, ni de boîte aux lettres.
Interrogés, les services de l’Etat confirment que "si les habitations ont été jugées illégales, et donc condamnées à être démolies, la décision de justice doit pleinement s'appliquer. Concernant l'aspect règlementaire et le plan local d'urbanisme, il n'est à ce jour pas envisagé de modification du zonage du PLU : c'est une zone qui est majoritairement classée en Zone A secteur Acu : zone agricole en coupure d'urbanisation), par ailleurs impactée par le périmètre de protection de forage AEP (Forage pour l'alimentation en eau potable)”. De son côté, la mairie n'a pas répondu à nos sollicitations.


