Associations d’éducation populaire : le CRAJEP Réunion alerte sur une mise à mort programmée

Le Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CRAJEP) Réunion tire la sonnette d’alarme. À l’approche du vote du budget 2026, l’organisation craint des coupes budgétaires drastiques qui mettraient en péril les structures d’éducation populaire sur l’île.
Dans un communiqué diffusé ce 13 août, le CRAJEP Réunion alerte sur les conséquences potentielles du prochain budget de l’État. « Le 1er janvier 2026, serons-nous contraints de prononcer l’avis de décès des associations et de l’éducation populaire », interroge l'organisation qui fédère plusieurs structures œuvrant auprès de la jeunesse.
Profonde inquiétude
Selon ses projections, le budget 2026 tel qu’annoncé entraînerait notamment une baisse de 5,3 milliards d’euros pour les collectivités territoriales, 900 millions pour la cohésion des territoires, 1,7 milliard pour la santé, l’insertion et l’égalité des chances et 300 millions pour la jeunesse, le sport et la vie associative. Des coupes jugées mortifères pour le monde associatif.
« De surcroit, ce budget s'attaque également au régime des dons et mécénat », déplore encore l'association qui souligne que « dans un contexte général particulièrement dégradé, guerres, actes de violence atroces, décisions politiques inhumaines, et plus proche de nous, les crises que nous traversons, qu’elles soient sociale, économique ou politique, plongent les familles, les travailleurs, les jeunes, dans une profonde inquiétude », peut-on encore lire dans le communiqué.
Des conséquences locales redoutées
Sur le territoire réunionnais, le secteur associatif représente 1770 organisations employeuses et 22.100 salariés, soit plus de 10 % de l’emploi privé, selon les chiffres avancés par le CRAJEP.
Le comité rappelle que les associations sont des acteurs essentiels pour répondre à des besoins sociaux et éducatifs croissants, notamment dans un contexte où la santé mentale des jeunes est fragilisée.
«En signant l'arrêt de mort des associations, ce sont des milliers de jeunes que l'on privera de tout ce que bénévolement nous entreprenons pour créer des espaces privilégiés d'éveil et d’exercice de l’esprit critique, de la citoyenneté, de dialogue entre pairs, de prise de conscience, d’élaboration d’une pensée vive et active. (...) D’ailleurs, mamie et tonton seront de plus en plus isolés car il n’y a plus d’activité dans le quartier », déplore l'association. Et d'ajouter : « Nos activités sont nécessaires et contribuent à construire une société démocratique. »
Un appel à l'action
Face à ces menaces, le CRAJEP appelle à unir les fores au sein du collectif « Lutter pour la survie des associations » en les contactant à l'adresse [email protected]. Une rencontre locale est prévue courant septembre.
La lettre ouverte du président du CRAJEP :
Aujourd’hui, nous sommes réunis pour pleurer une amie, une sœur, une bâtisseuse de liens : la Vie Associative.
Elle s’est éteinte cette nuit, à 00h00, usée par l’indifférence, épuisée par le manque de soutien. Et dès sa mort prononcée, les conséquences se sont abattues comme une lame. Voici le journal tragique des 24 heures qui ont suivi son décès.
00h00 — Silence dans les rues.
Les maraudes ont disparu.
Plus personne pour tendre une soupe chaude ou un regard humain à celles et ceux qui dorment dehors.
La nuit devient plus froide, plus longue, plus invisible.
01h00 — Le téléphone ne sonne plus.
La ligne d’écoute des femmes victimes de violences ne répond plus.
Le bénévole qui veillait avec douceur sur des détresses immenses a raccroché.
L’isolement gagne du terrain.
03h00 — Les veilleurs de nuit ont déserté.
Dans les centres d’hébergement, les associations qui géraient la rotation du personnel ne sont plus là.
Les portes restent fermées, les lits vides. Les sans-abris dorment dehors.
05h00 — Le camion de distribution alimentaire ne part pas.
Plus de collectes, plus de logistique, plus de petites mains pour charger, trier, livrer.
Les frigos des associations sont vides. Les ventres aussi.
07h00 — L’école ouvre sans soutien.
Les bénévoles du soutien scolaire ne viendront pas.
Les enfants décrocheurs resteront en arrière. Les parents isolés resteront seuls.
Les inégalités s’aggravent.
09h00 — Les personnes âgées n’ont plus de visite.
Les associations de lien social n’ont plus de forces vives.
La solitude gagne les maisons. Les visages se ferment. Les silences s’installent.
11h00 — Le centre de loisirs reste fermé.
Pas d’animateurs, pas de jeux, pas d’éveil.
Les enfants restent devant les écrans. Les familles seules doivent improviser.
La culture, le vivre-ensemble, l’imaginaire s’effacent.
13h00 — Les repas partagés n’ont plus lieu.
Plus de tables ouvertes pour les plus précaires, plus de cuisine solidaire, plus de chaleur humaine.
L’inflation isole, et plus personne ne tend la main.
Lettre ouverte – les associations et l’éducation populaire en phase terminale – août 202515h00 — Le planning familial baisse le rideau.
Éducation à la sexualité, prévention, accompagnement… tout s’éteint.
Les jeunes restent sans réponses, les femmes sans recours. La santé publique chancelle.17h00 — Les médiateurs de quartier ne viendront plus.
Les tensions montent, les conflits s’enveniment.
Personne pour dialoguer, apaiser, construire la paix.
La République perd pied là où elle avait encore un visage.19h00 — Les portes du club de sport sont closes.
Plus de hand, plus de foot, plus de danse.
Les jeunes traînent, errent, cherchent une échappatoire.
La violence gagne ce que le sport préservait.21h00 — Les salles de réunion sont vides.
Les débats citoyens, les comités de quartier, les assemblées générales n’existent plus.
Les idées ne circulent plus. La démocratie de proximité meurt à petit feu.23h00 — L’ultime lumière s’éteint.
Les bénévoles sont partis.
Les jeunes volontaires ne peuvent plus réaliser leurs missions
Les associations ne sont plus.
Le tissu social est effiloché.
La République est nue.Et demain ?
Demain, ce sera un pays plus dur, plus froid, plus violent.
Un pays où la solidarité ne sera plus un acte collectif mais un souvenir lointain.Alors oui, nous faisons le deuil aujourd’hui.
Mais nous appelons, solennellement, à un sursaut.Il est encore temps.
De sauver ce qui peut l’être.
De donner les moyens à ces femmes et ces hommes qui tiennent le pays debout.
De reconnaître, soutenir et défendre les associations avant qu’il ne soit trop tard.La Vie Associative n’est pas morte.
Pas encore.
Mais elle agonise.
Et nous n’avons plus le luxe d’attendre.ROBERT Guillaume
Président


