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Assises : Il agresse un chasseur de tangues et provoque involontairement son décès

Mardi et mercredi, Henri Bressure comparaissait libre devant un jury populaire pour avoir involontairement donné la mort à un chasseur de tangues qu'il avait pourchassé armé d'un sabre croyant qu'il se trouvait sur ses terres au cœur de la forêt de Salazie. 12 ans ont été requis contre le quadragénaire qui encourait la perpétuité du fait d'une récidive.
Ecrit par Isabelle Serre – le mercredi 10 mai 2023 à 19H41

Le samedi 16 mars 2019, en milieu de journée, le peloton de gendarmerie de haute montagne était requis pour intervenir dans la forêt au niveau du piton d'Anchaing à Salazie. Jean-Grégory, un chasseur de tangues, confus et paniqué, déclarait que son ami venait d’être agressé et gisait au sol inconscient. A leur arrivée, Jean Grégory indiquait aux gendarmes qu'il était en train de chasser le tangue avec son ami Jean-Jacques Boyer lorsque tous deux avaient été poursuivis par un homme armé d’un sabre afin qu’ils sortent de son terrain sans délai. Alors qu’ils s'enfuyaient, Jean-Jacques avait fait un malaise et était décédé sur place.

Les deux amis avaient, depuis trois saisons, l’habitude de chasser ensemble et, ce jour-là, après avoir attrapé 12 tangues, ils avaient décidé de rentrer. Mais soudain, un homme torse-nu, sabre en main, était apparu, vociférant que les deux hommes se trouvaient sur son terrain et qu’ils n’avaient "rien à y faire". Le duo avait tenté d'expliquer qu'ils avaient eu l'accord du propriétaire dudit terrain pour calmer l’homme au sabre.

Mais Henri Bressure, 44 ans, n’avait rien voulu entendre. Les deux chasseurs avaient pris le chemin du retour, ce dernier sur leurs talons, ne cessant de les menacer. Puis soudain, alors que Jean-Jacques s’était assis pour boire un peu d’eau, Henri Bressure l'avait empoigné par le col de sa veste en hurlant. Terrorisé, Jean-Jacques, qui ne s’était pas défendu, s’était écroulé au sol sans pouvoir dire un mot. Son ami paniqué avait demandé à l’agresseur de l’aider à porter secours mais celui-ci avait tourné le dos et était rentré dans sa case où il vivait seul en marge de la société.

Un arrêt cardiaque irréversible

Jean-Jacques Boyer n’avait pas de problèmes de santé. Il pratiquait régulièrement une activité physique et n’avait jamais fait de malaise auparavant. Le jour des faits, il était en forme, les deux hommes ayant fait cinq ou six pauses au cours de la matinée. Le parcours ne semblait pas difficile puisque les dalons n'avaient fait que descendre. Selon les premières constations, Jean-Jacques Boyer, un homme calme qui n’aimait pas les conflits, avait eu une peur bleue qui l'avait fait succomber suite à un arrêt cardiaque.

Rapidement, Henri Bressure, sommé de s'expliquer devant les gendarmes, avait servi une version différente de la funeste histoire. Selon le quadragénaire, c'est lui qui avait été attaqué par deux hommes à proximité de son parc à animaux. Pour se défendre, il les avait poursuivis avec un sabre parce que les autres étaient armés. Il avait cependant admis les avoir pourchassés avant de rentrer chez lui. Il n’avait pas remarqué que l’un d’entre eux avait fait un malaise et avait contesté l'avoir saisi par le col. Aucune responsabilité donc dans la mort de Jean-Jacques Boyer.

Une atmosphère de stress majeur

Cependant, les antécédents judiciaires de l'agresseur, connu pour son tempérament impulsif et des épisodes de violences, n'avaient pas échappé aux enquêteurs. Des éléments qu'avait corroborés l'expertise psychologique et psychiatrique du suspect présenté comme un homme paranoïaque, méfiant et susceptible, dont le sentiment de persécution doublé d'une forte consommation de cannabis avait pu générer un passage à l'acte. 

Quant aux conclusions des expertises médicales poussées réalisées sur le défunt, elles avaient indiqué que le malheureux avait été victime du syndrome Tako Tsubo (ou du cœur brisé) à l'issue d'un effort physique et d'une terrible peur. "Les violences exercées sur la victime peuvent être à l'origine du décès", rapportent les experts. L'existence d'un lien de causalité entre le comportement violent d'Henri Bressure et le décès de Jean-Jacques Boyer apparaît donc établie pour le magistrat instructeur.

Ce mardi et mercredi, Henri Bressure, qui comparaissait libre, était jugé pour violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner et non-assistance à personne en danger. En récidive, le quadragénaire encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Dans son réquisitoire, l'avocat général a requis 12 ans de réclusion.

A l'issue de l'audience criminelle, l'accusé a été condamné à 6 ans de réclusion criminelle dont 4 et demi avec sursis probatoire. L'accusé particulièrement bien inséré pendant sa période de contrôle judiciaire scrupuleusement respectée pourra faire aménager cette peine sous bracelet electronique.
 

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