Revenir à la rubrique : Société

Anne Mousse, la première créole, a enfin sa statue

Ecrit par Manon Lassal – le samedi 12 avril 2025 à 06H00

La première créole de La Réunion, surnommée “la grand-mère des Réunionnais”, est désormais représentée en statue. Une première pour l’île.

Inaugurée ce jeudi 9 avril, la statue d’Anne Mousse fait désormais partie du paysage réunionnais. L'œuvre est installée au milieu du rond-point de la Salette à hauteur de la ravine Charpentier, sur le front de mer de Sainte-Marie.

Un hommage nécessaire

Longtemps gardée dans l’oubli, Anne Mousse est pourtant une figure emblématique de La Réunion. Aujourd’hui, seuls quelques établissements et rues portent son nom sur l’île.

Tournée vers la Grande île d’où est originaire la grand-mère de tous les Réunionnais, la statue d’Anne Mousse est la première œuvre sous cette forme à lui rendre hommage sur l’île. Réalisée dans un atelier à la Plaine-des-Palmistes, faite de bronze et haute de 80 centimètres, la statue représente Anne, enceinte, accompagnée de ses trois premiers enfants. Dans sa main, la Sainte-Marienne tient un ravenala en guise de sceptre. Autrement dit, un arbre du Voyageur, emblème de Madagascar.

25.000 euros ont été nécessaires pour ce projet financé par la ville de Sainte-Marie, la Région, le Département et réalisé grâce à l’intervention de l’association CLAP en collaboration avec l’historien Prosper Ève. 

Mais selon Prosper Ève, professeur émérite d’histoire, “l’important n’est pas de mettre à tel ou tel endroit une statue, l’important est de vivre le message qu’elle délivre”. Un message qui appelle au respect, à la transcendance et à la combativité : “Anne a été observatrice et capable de définir un projet. Elle l’a réalisé coûte que coûte, même après sa mort, avec le soutien de ses enfants, car elle a su fonder une famille soudée et unie".

Retour sur l’histoire d’Anne Mousse

C’est en 1668 que naît Anne Mousse. Ses parents, Jean Mousse et Marie Case, originaires de la Grande île, faisaient partie des dix malgaches qui accompagnaient les premiers colons en 1663. Cinq ans plus tard, ils donnent naissance à leur fille Anne. Sa naissance, au Tour des Roches, à Saint-Paul, marque le début du peuplement de l’île. Elle devient ainsi la première femme à naître sur l’île Bourbon.

Plus tard, à l’âge de 19 ans, Anne épouse Noël Tessier, un colon français de 34 ans son aîné, originaire de Bretagne, bravant ainsi la loi qui interdit les mariages inter-ethniques. Le couple quitte l’Ouest et s’installe à Sainte-Marie. De leur union, naissent alors les premiers métis réunionnais, huit enfants dont six filles.

En raison de ses 65 petits-enfants, Anne Mousse est surnommée “La grand-mère des Réunionnais”. De ses premiers enfants descendent ainsi les noms connus de La Réunion comme les Boyer, Bègue, Damour, Descottes, Esparon, Guichard, Hoareau, Maillot, Robert ou encore Vidot.

Voir aussi : L'histoire d'Anne Mousse, première femme créole de La Réunion

Sainte-Marie, lieu d’hommage

À la fin du 17e siècle, il n’existait que trois quartiers sur l’île : Saint-Paul, fondé en 1665, Sainte-Suzanne (1667) et Saint-Denis (1669). Durant toute sa vie, Anne Mousse a contribué à structurer le peuplement de Sainte-Marie ainsi que son administration locale. Les résidents de Sainte-Marie, alors éloignés des différents lieux d’administration, sont contraints de se déplacer jusqu’aux autres quartiers de l’île. Problèmes : de nombreux cours d'eau empêchent aux habitants de se rendre dans ces différents quartiers, notamment pendant les périodes de pluies et les saisons cycloniques. Les Sainte-Mariens sont alors coupés du reste de l’île.

Anne définit le problème essentiel des déplacements et trouve une solution : il faut que ce quartier de Sainte-Marie se transforme en paroisse, soit doté d’une église, d’un presbytère et d’un cimetière”, explique Prosper Eve. L’historien ajoute que la première créole va inscrire ce souhait dans son testament : “Au moment où elle meurt, ses enfants, unis et soudés, ne vont pas hésiter à appliquer ses vœux”. La compagnie des Indes s’oppose durant de longues années à la création de cette nouvelle paroisse et cède finalement en 1745 soit 12 ans après la mort d'Anne. Le lieu de culte ainsi que son presbytère sont construits et le quartier devient la Paroisse de Sainte-Marie.

C'est ainsi qu'Anne Mousse a laissé son empreinte sur l'Histoire de La Réunion.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :