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Albert Ramassamy: Explication 2
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Ecrit par zinfos974 – le lundi 19 mai 2014 à 13H42

Des élus antillais et guyanais sont appelés à des fonctions ministérielles et ceux de la Réunion non. Il y a eu Raymond Barre, puis Margie Sudre, et depuis, plus rien. Pourquoi ?
Des arguments tirés d’une étude d’Yves Péron, publiée dans la revue « problèmes économiques » du 19/05/1966, permettent d’étayer une réponse. Tout part de la « grande ordonnance de la marine de 1681 » laquelle dit, je cite : « les îles doivent se cantonner dans la production des denrées agricoles tropicales, dont la transformation est assurée dans le sports métropolitains.. ». En conséquence de quoi, les Antilles sont affectées à la culture de la canne et la Réunion à celle du café.
Cette décision est d’une importance capitale dans notre étude car c’est d’elle que va dépendre l’importance numérique des colons blancs, dans les îles précitées. Comme celles-ci jouissent du suffrage universel, le pouvoir politique appartiendra au bloc majoritaire, c’est-à-dire, soit aux colons blancs, soit à la masse des colonisés.
Or d’après Yves Perron, que je cite : « vers 1850, les blancs étaient aussi nombreux à Bourbon, que dans les deux Antilles réunies ».
Pourquoi ? La canne, dit-il, étant grosse consommatrice d’espaces, les propriétés affectées à sa culture ont, entre 100 et 300 hectares. Tandis que le café est cultivé sur des petites concessions. Et une concession, égale à l’installation d’un colon blanc ;
C’est à ce détail de l’histoire, que les antillais doivent d’avoir très tôt, présidé aux destinées de leur île, et les colons blancs à celle de la Réunion. Leur vision de l’avenir était tout à fait différente et même opposée.
Dès 1876, les antillais s’emparent du conseil général et font de l’éducation leur priorité. Très vite, l’instruction est perçue par tous, comme un impératif social, un instrument de promotion. Le film « rue case nègre » en retrace l’histoire.
Dès 1877-78, les premiers universitaires noirs font leur retour au pays. Certains de leurs descendants vont s’illustrer dans les lettres (Césaire..), d’autres dans les plus hautes fonctions tels le guyanais Félix Eboué, gouverneur général ou le martiniquais Gaston Monerville, président du Sénat. Ces antillais qui ont fait honneur à leurs îles, ont inscrit leur réussite intellectuelle dans la mémoire collective des Français, dans l'histoire de la France. Cela ne suffit-il pas, pour qu’au sommet de l’état, on pense à eux, à l’heure des choix importants ?
De plus, assez homogène par l’origine, les antillais ont formé un bloc arc-bouté sur son identité, un lobby diront certains. Tandis que la population Réunionnaise, habitée par des préjugés de race et de classe, avaient du mal à trouver son unité. Alors qu’aux Antilles, le « pouvoir noir » suscitait et étanchait la soif d’instruction, par une politique généreuse d’éducation, que faisait le « pouvoir blanc » à la Réunion ?
Il s’employait à galvauder « l’humanisme colonial » prôné par Albert Saraut, Painlevé etc…, pour le mettre au service de l’obscurantisme colonial, afin de ne pas bousculer l’ordre établi. Le système éducatif devait intégrer, les lois sur « l’obligation scolaire » sans changer la place que l’histoire du peuplement avait assignée à chaque ethnie.
Ecoutez sur ce projet Yves Péron : « A la Réunion les cafres sont voués aux travaux des champs, tandis que les indiens moins nombreux sont appelés aux tâches domestiques et artisanales ». Ce malthusianisme éducatif durera et jusque vers 1950. En voici un témoignage extrait du journal le progrès du 10 mars 1936 : « …des classes dans presque toutes les écoles ont 80 et 120 élèves. La colonie de la Réunion ne distribue l’instruction gratuite et obligatoire que théoriquement… si les maires, tous les maires, voulaient sincèrement le développement des écoles et la diffusion de l’instruction dans le peuple. Voilà lâché le mot qui répugne. Nous entendons souvent et un journal très accepté dans tous les milieux l’écrivait tout récemment : à quoi bon fabriquer un grand nombre de lettrés ? Ces gens-là, entendez les petits noirs et aussi les petits pattes-jeunes, n’ont pas besoin de l’instruction qui fera d’eux des déclassés ».
Les dommages ainsi aux cerveaux sont immenses d’après un sociologue américain qui a analysé le même phénomène, dans son pays, un siècle n’a pas suffi à les réparer.
A la Réunion, il a fallu attende, les procès-verbaux des conseils de révision, pour que les autorités départementales prennent conscience de l’étendue de l’illettrisme et installent « les cours d’adultes ».
Point n’est besoin d’en dire d’avantage pour comprendre que nous avons dans la république une image de pays arriéré. Nous le devons à note histoire. L’histoire est ce qu’elle est, il nous faut l’assumer. Aucun procès n’est à faire à partir d’elle.
Ce courrier de lecteur n’a d’autre but, que de mettre en lumière cette « connaissance du passé qui éclaire la compréhension du présent ».
Albert Ramassamy – Ancien sénateur
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