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À Bois Rouge, le chemin de l’école oublié depuis des décennies

Ecrit par Maxime Bonnet – le vendredi 27 mars 2026 à 05H48
Si elles veulent rester anonyme, Yolande et sa mère Gisèle se désespèrent d'attendre que le chemin soit refait.

Entre galets, ravines et boue, le chemin de l’école à Bois Rouge complique chaque jour la vie d’une dizaine de familles. Accès aux soins, scolarité, déplacements : ici, le quotidien se fait au prix d’efforts constants, dans l’attente d’un aménagement promis depuis des années.

À Bois Rouge, dans les hauteurs de Saint-Paul, le chemin de l’école est au cœur d’une situation qui perdure depuis des décennies. Sur environ 400 mètres, cet accès reste difficilement praticable, voire impraticable après de fortes pluies. Une dizaine de maisons sont directement concernées, avec des habitants qui dénoncent un sentiment d’abandon.

« Rien ne bouge depuis des années »

Syndicaliste à la mairie de Saint-Paul et engagé dans la vie politique locale, c'est surtout en enfant du quartier qu'Alix Mera suit ce dossier depuis des années. Sa mobilisation est intimement liée à son histoire personnelle. « J’ai grandi ici. Je connais ces familles depuis toujours », confie-t-il. « Pour faire ces 400 mètres, des études estiment un coût de 400.000 euros. À l’échelle d’une commune comme Saint-Paul, ce n’est pas un projet démesuré », poursuit-il.

Pour lui, la situation dépasse les clivages politiques. « Ce n’est pas une question de gauche ou de droite. J’ai alerté tous les maires depuis Sinimalé. À chaque mandature, je transmets la demande aux élus de quartier, mais rien n’avance ».

Il évoque aussi des démarches concrètes. « J’ai même emmené des candidats sur place pour qu’ils voient dans quelles conditions vivent les habitants. Le dernier, c’était Didier Robert. Mais après les visites, il ne se passe rien ». Une partie du chemin a pourtant été aménagée par la SAFER. « Ils ont bétonné une portion pour les agriculteurs, et c’est très bien. Mais ça s’arrête là. On fait un chemin… et on s’arrête », regrette-t-il.

Alix Mera ne sait plus à quel saint se vouer pour que le chemin de l'école soit enfin goudronné

« À chaque pluie, tout disparaît »

« Depuis la fin des années 1990, avec les premières opérations de résorption de l’habitat insalubre, ces familles ont été exclues des dispositifs. On leur a dit qu’il n’y avait plus d’argent. Sur une opération à plus de 30 millions de francs… », rappelle-t-il. Depuis, le quartier de Tan Rouge s’est globalement amélioré, mais pas pour tous. « Ces familles ont le sentiment d’avoir été mises à l’écart. Et aujourd’hui encore, rien ne change ».

Sur le terrain, les habitants décrivent un quotidien difficile.

Yolande, 65 ans, vit dans la maison familiale. « J’ai grandi ici. Le chemin a toujours été comme ça », confie-t-elle. « Mon frère met des galets de temps en temps pour essayer d’arranger, mais dès qu’il pleut, tout disparaît ».

Lors du passage du cyclone Garance, la situation s’est aggravée. « C’était une vraie ravine. L’eau descendait avec les cailloux, on ne pouvait plus passer ». L’accès aux soins est l’une des principales préoccupations. « Les ambulances refusent souvent de venir. Je les comprends, ils peuvent abîmer leur véhicule », explique-t-elle.

Elle se souvient d’un épisode marquant : « Le 4 février, ma mère avait un rendez-vous important au CHOR. Deux jours avant, il avait beaucoup plu. L’ambulance m’a demandé de reporter. C’était impossible ». Finalement, une solution improvisée est trouvée. « Un ambulancier a accepté de monter à pied. Il a poussé ma mère jusqu’en haut, sur les galets, jusqu’au véhicule garé plus loin ».

À 86 ans, Gisèle partage le même sentiment, avec des mots simples : « Mi habite ici depuis 58 ans… Mi espère juste que le chemin sera fait avant que mi ferme mon zieu ».

Un quotidien sous contrainte

Au-delà des situations d’urgence, les gestes du quotidien deviennent eux aussi compliqués.

« Même sortir les poubelles, c’est difficile. Il faut les tirer dans les trous, dans les cailloux », raconte Yolande. « Pour le courrier, c’est pareil. Les boîtes aux lettres sont en haut, sur la partie goudronnée. Il faut monter à chaque fois ».

Les enfants avec leurs activités scolaires ne sont pas épargnés. « Les élèves descendent parfois vers la Kazkabar pour des sorties. On voit bien que les enseignants sont stressés rien que pour faire le trajet ».

« On est prêt à céder la partie du chemin qui nous appartient »

Face à cette situation, certains habitants se disent prêts à faciliter un éventuel projet.

« Nous, on est prêt à donner la partie du chemin qui nous appartient pour que le chemin soit refait correctement », explique une riveraine. « On est d’accord, il n’y a aucun problème ».

Mais les contraintes techniques s’accumulent. « On a des fuites d’eau, mais on nous dit qu’ils ne peuvent pas intervenir tant que le chemin n’est pas refait. Les engins ne peuvent pas passer ».

Dans certains cas, les compteurs d’eau sont éloignés des habitations. « Pour beaucoup, ils sont en haut, parfois très loin. On doit tirer des tuyaux, et forcément, ça fuit ».

« Personne ne veut venir jusqu’ici »

Pour les personnes âgées, la situation devient particulièrement préoccupante. Une habitante de 78 ans témoigne : « Les infirmiers, les médecins, les kinés… personne ne veut venir jusqu’ici ». Elle évoque son mari, âgé de 91 ans : « Comment on fait ? On ne peut pas le déplacer facilement ».

Présente dans le quartier depuis plus de 50 ans, elle ne cache pas son découragement. « On a vu passer presque tous les candidats. À chaque fois, ils disent qu’ils vont faire quelque chose. Mais rien ».

Une attente qui s’éternise

Pour Alix Mera, la solution existe. « En refaisant le chemin, on pourrait aussi reprendre les réseaux. Ce serait bénéfique pour tout le monde ». Mais sans décision politique, le dossier reste au point mort. « C’est une question de volonté. Quand il a fallu aider les agriculteurs, le projet s’est fait. Pourquoi pas pour les habitants ? ».

Aujourd’hui, pour ces familles du chemin de l’école à Tan Rouge, la demande reste la même depuis des années : pouvoir vivre dignement et accéder à leur domicile dans des conditions normales. « On n’est pas des animaux », répètent plusieurs habitants.

Interrogée, la mairie n’a pas été en mesure de répondre à temps pour la parution de cet article.

Etiquettes : Saint-Paul | urbanisme

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