À Saint-Denis, les dons pour Mayotte s'entassent depuis une semaine

Depuis le passage du cyclone Chido, les anonymes affluent à la Maison départementale de Mayotte pour déposer leurs dons, lesquels s'empilent dans tous les recoins. Les bénévoles doivent faire le tri dans les paquets hétéroclites, tandis que les solutions gratuites de transport maritime manquent pour acheminer les palettes déjà prêtes.
Des boîtes de conserve, du thé, des vêtements ou des jouets. Parmi le fatras de cartons et sacs déposés par environ 500 donateurs à la Maison départementale de Mayotte à Saint-Denis, tout ne pourra pas être acheminé jusqu'à Mayotte, où une bonne partie de la population reste pourtant démunie et désemparée après le passage dévastateur du cyclone Chido, le 14 décembre dernier.
Les bénévoles ont beau tenté d'expliquer aux anonymes, qui défilent ce lundi matin à l'entrée des locaux de l'antenne réunionnaise du Département de Mayotte, qu'ils ne peuvent plus accepter certains dons en raison du manque de place, rien n'y fait : les cartons s'entassent au point d'empêcher la fermeture des portes et des fenêtres de la bâtisse.
« Il faut absolument enlever tout ça de là », réagit une employée de la Maison départementale à l'intention des bénévoles qui s'agitent pour trier les dons. Mais tous n'auront pas l'autorisation d'être convoyés à bord d'un bateau Mayotte.

Les services de l’État ont édicté une liste de produits de première nécessité et de denrées non périssables qui pourront être chargés dans des conteneurs et acheminés, exclusivement via la rotation effectuée entre La Réunion et Mayotte par la compagnie maritime française CMA CGM.
« La première difficulté c'est que les autorités trouvent le moyen d'envoyer tous ces dons vers Mayotte. Parce que là, on est obligé de dire stop », tranche l'agent de la Délégation mahoraise, en assurant n'avoir aucune visibilité sur les dates d'envoi des conteneurs. Dans la cour, une vingtaine de palettes contenant des packs d'eau et de la nourriture sont prêtes à l'envoi.
« On ne sait pas si le conteneur est sur un bateau ou pas »
Vingt palettes ont déjà été enlevées la semaine dernière par le Département de La Réunion, la collectivité ayant répondu à la demande d'aide de la Délégation mahoraise en prenant en charge, en plus de son propre conteneur de couches et lait infantile qu'elle avait déjà constitué, les taxes d'envoi du conteneur de dons.
« On ne sait même pas si le conteneur est sur un bateau à l'heure actuelle ou pas », déplore Ali El Fayad, chargé de mission cohésion sociale et dialogue interculturel. Sollicitée par Zinfos974, la préfecture assure que le premier conteneur de dons a bien été embarqué par CMA CGM le 18 décembre dernier. Un autre bateau de la compagnie était annoncé sur le départ de le Pointe-des-Galets en soirée ce lundi 23 décembre, pour rallier le port de Longoni.
Mais les services de l’État, comme ceux du Département du reste, insistent sur la nécessité de mieux communiquer envers le public sur les produits de première nécessité, en déplorant que les dons s'apparentent parfois à un vide-grenier.
A la Maison départementale de Mayotte, chaque donateur est inscrit sur un registre, avec la promesse d'être tenu informé de la bonne réception de son paquet à son arrivée à Longoni. Mais au sein de la communauté mahoraise de La Réunion, beaucoup s'interrogent sur les conditions de redistribution des dons, en craignant qu'ils ne profitent pas au plus grand nombre.
Quant aux modalités d'envoi par conteneurs, elles restent à la charge des organisations qui récoltent les dons, laisse-t-on entendre à la préfecture. La solution, un temps soufflée par l’État, de laisser les CCAS des communes centraliser les dons pour ensuite gérer leur acheminement à Mayotte, ne semble pas avoir suscité l'attention ou l'adhésion de tous les maires de l'île.
« Il y a un vrai élan de solidarité pour Mayotte, mais on n'a pas la main »
« On comprend que ce n'est pas simple de s'organiser sur le plan administratif à cette période de l'année. Certains CCAS nous disent qu'ils n'ont reçu aucune instruction, qu'ils ne savent pas faire. Il y a un vrai élan de solidarité pour Mayotte, mais nous, on n'a pas la main sur le transport », regrette cette employée de la Maison départementale.
« Mon téléphone sonne en permanence. Une pharmacie m'a contacté pour des dons de médicaments, mais je ne sais pas quoi leur dire : si je n'ai pas les infos moi-même, je ne peux pas m'engager. Dans le sud, c'est pareil : les associations mahoraises qui récoltent les dons sont full », avance Ali El Fayad, en expliquant que chacun se raccroche à l'espoir que tous les maillons de la chaîne humaine qui s'étire entre les deux îles finiront par s'accrocher.



