A Madagascar, les petites mains d’or de l’industrie du luxe et du prêt-à-porter

Reprise en 2019 par le Réunionnais Arnaud Maisonobe, l’entreprise Axelle emploie 1.300 personnes et fournit vêtements et accessoires à l’industrie du prêt-à-porter et du luxe. Dans un secteur où la main d’œuvre qualifiée vaut de l’or, cette société de droit malgache, basée à 15 kilomètres du centre de Tananarive, offre de nombreux avantages pour attirer de jeunes salariés.
C’est un secteur qui ne connaît pas la crise. De Paco Rabanne à Patou (LVMH), de Jacadi à Tartine et Chocolat, les grandes marques de l’industrie du luxe et du prêt-à-porter sous-traitent la confection de leurs vêtements et accessoires chez Axelle, une entreprise installée à Madagascar. Un pays où la main d’œuvre, parfois fortement qualifiée, est accessible à moindre coût.
Selon Arnaud Maisonobe, le patron réunionnais d’Axelle, l’industrie du textile emploierait 100.000 personnes à Madagascar et les salariés, qualifiés de « très volatiles », peuvent quitter du jour au lendemain une entreprise pour une autre qui offrirait « quelques ariary [la monnaie nationale] de plus».
C’est l’une des raisons pour lesquelles l’actionnaire principal d’Axelle s’est lancé en 2022 dans une démarche de certification RSE (responsabilité sociétale de l’entreprise) : il s’agit d’offrir un cadre de travail et des avantages à des salariés sur lesquels l’entreprise a déjà investi en les formant aux différentes tâches (broderie à la main ou à la machine, crochet, smoking, dentelle, macramé...) effectuées sur un site de 1,5 hectare installé à une quinzaine de kilomètres du centre de la capitale Tananarive.
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« Les tisseuses sont entraînées pendant un an avant d'être jugées opérationnelles », explique ainsi Arnaud Maisonobe à Huguette Bello, la présidente de la Région Réunion, qui met à profit sa venue à Madagascar à l’occasion du CEO Ummite pour visiter la manufacture, présentée comme une entreprise modèle.
Dans son rapport de responsabilité sociétale et environnementale de 2023, Axelle détaille ses efforts en matière de « développement durable » : 40 % des collaborateurs sont issus de la commune Ansoy Avatara, où l’entreprise est installée, et le salaire moyen serait 2,69 fois plus élevé que le salaire minimum d’embauche à Madagascar. Lequel s’élève en moyenne à 50 euros, selon les catégories professionnelles.

Les salariés d’Axelle, essentiellement de très jeunes femmes, peuvent aussi profiter d’un transport collectif gratuit pour se rendre au travail, de repas à la cantine financés à 85 % par la société, et de la possibilité de passer un CAP ou une VAE pour préparer leur progression professionnelle. Les horaires de travail, de 7h30 à 16h avec une pause de 30 minutes, tout comme l’extrême précision exigée dans la confection des produits haut de gamme, peuvent rendre ce métier difficile à exercer à partir d’un certain âge.
« Nos brodeuses et nos smokeuses sont là depuis 20 ans, c'est un savoir-faire que nous voulons protéger. Nous avons même créé une école des savoir-faire », expose Véro Razanamparany, la directrice RSE.
« S’installer à Madagascar, c'est aussi une question de coûts de production »
L’entreprise, qui fabrique 500.000 pièces par an, est passée de 900 employés à l'époque de sa reprise en 2019 à 1.300 aujourd’hui. Et continue d’embaucher. « L’ancienneté moyenne chez Axelle est passée de 16 ans à 11 ans depuis le lancement de l'activité crochet, il y a 5 ans. Le recrutement constitue une vraie priorité. On utilise tous les moyens habituels disponibles, mais on passe aussi des annonces à la radio et on a des bus qui sillonnent la ville pour ramener du monde », détaille Jean-Noël Joly, le PDG d’Axelle et de Cadence, la société de broderie installée sur le même site.
« Avez-vous un médecin qui de temps en temps parle de contraception à ces femmes ? », interroge Huguette Bello, qui aime souligner que la population de la Grande Île devrait atteindre les 45 millions d’habitants en 2050.
La présidente de Région est emballée par la réponse de Véro Razanamparany, qui énumère les dispositifs mis en place dans le cadre de la certification RSE : antenne médicale avec sage-femme, médecin, pharmacie, planning familial, crèche et campagnes de dépistage annuelles des cancers du sein et de l’utérus. L’entreprise emploie des personnes en situation de handicap et forme ses salariés à la langue des signes pour pouvoir échanger avec leurs collègues sourds et muets.

« Les familles des collaborateurs ont le droit de venir chez Axelle pour se faire soigner », abonde Arnaud Maisonobe, qui admet que la campagne de tests ophtalmologiques, qui a permis à 280 personnes de bénéficier d’une subvention de 80 % pour l’achat de lunettes, était dictée par l'extrême précision de certaines tâches assignées au personnel, comme la réalisation des robes en métal de chez Paco Rabanne, uniquement fabriquées dans son atelier.
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« Nos concurrents sur le haut de gamme, ce sont principalement les pays de l'Est et la France, car les grandes marques ont encore leurs ateliers. La Chine, aujourd'hui, est devenue trop chère. Il faut être clair, s’installer à Madagascar, c'est aussi une question de coûts de production », admet Arnaud Maisonobe. « Le haut de gamme et le luxe, c'est parce qu'on aime faire de belles choses et ça permet de préserver les salariés », poursuit-il.
« Ce raphia que l'on ne trouve qu'ici est magnifié »
Une vidéo promotionnelle de l’entreprise projetée à l’attention d’Huguette Bello montre le périple de dirigeants sur le lieu reculé, inaccessible en voiture, où Axelle se fournit en raphia, cette plante endémique dont les grandes marques raffolent pour la confection d’accessoires de mode. La société s'engage à acheter au moins 90 % de ses tissus à Madagascar, mais doit parfois accepter d’utiliser les étoffes fournies par ses clients.
« Ce raphia que l'on ne trouve qu'ici est magnifié », s’enthousiasme Huguette Bello. « L'inclusion des personnes sourdes et muettes ou handicapées, on ne peut que saluer cette volonté que vous avez. Je vois que vous faites des parasols en macramé : les gens riches pourront en mettre dans leur jardin et ça fera vivre des familles ici. »
La présidente de la Région est conquise par les efforts déployés pour améliorer les conditions de vie des employés d’Axelle dans un pays, Madagascar, qui ne cesse de s’enfoncer dans le classement des pays les plus pauvres du monde.
« LVMH et d'autres marques font travailler des artisans et artisanes malgaches. Il y a du coton, du lin, une matière première qui est vraiment très importante. Tout ce qui est fait ici peut être pris comme modèle par notre Chambre artisanale à La Réunion. Tout ce qui est luxueux dans les pays du nord, ce sont les pays du sud qui le produisent », assène Huguette Bello.



