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La compagnie maritime régionale de Théophane Narayanin adoubée par la Région

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 5 décembre 2024 à 08H37
La présidente Huguette Bello devant la délégation réunionnaise du CEO Summit.

Le projet de compagnie de transport maritime porté par Théophane Narayanin suscite l’adhésion des acteurs économiques réunionnais, mais aussi de la Région, qui y voit notamment une réelle opportunité d’augmenter les échanges entre La Réunion et Madagascar.

Devant l’entrée du Carlton d’Antananarivo, Théophane Narayanin interrompt son entretien avec les médias pour saluer Huguette Bello, qui grimpe la volée d'escaliers et donne le signal de départ de l’échange que la Région a organisé avec les entrepreneurs réunionnais.

Le chef d’entreprise basé à Mayotte et la présidente de la Région Réunion échangeront ensuite quelques minutes en aparté, probablement sur le projet de compagnie maritime régionale sur lequel ils semblent trouver des points de convergence.

Ce mercredi 4 décembre, à la veille de l’ouverture dans la capitale malgache du CEO Summit auquel participent « 500 leaders visionnaires » issus de douze nations dont la France (représentée par une quarantaine d’entrepreneurs de La Réunion), Théophane Narayanin semble être venu pour faire passer un message.

Lire aussi : La Réunion se présente en rangs serrés au forum économique de Tananarive

« Historiquement, Madagascar était le grenier de l'océan Indien. Aujourd'hui, nous n'avons presque plus de relations économiques, alors que ça nous ferait du bien. Je me souviendrai toujours : quand les bœufs ou les cochons arrivaient au Port, ils venaient de Madagascar. Quand un malgache travaille, c'est 10 familles qui mangent », avance « Guito » Narayanin. 

Principalement actif dans le secteur des carrières de matériaux, il explique avoir des intérêts à Madagascar depuis 1984 et y employer environ 150 personnes. Depuis deux ans, son groupe planche « sur ses fonds propres » sur un projet de compagnie maritime régionale et Théophane Narayanin peut compter sur une alliée de poids en la personne d’Huguette Bello.

« Notre passé colonial a laissé des traces profondes »

« Nos échanges régionaux progressent difficilement. Je loue le travail qui commence à être fait pour une compagnie maritime régionale, on ne peut pas continuer à faire venir du Brésil notre alimentation pour le bétail. La compagnie maritime régionale est une nécessité absolue », martèle Huguette Bello devant la délégation d’entrepreneurs réunionnais du CEO Summit.

Avant d’enfoncer le clou : « On fait venir pour Albioma des pellets du Canada, mais on est capable de travailler avec les pays de la zone, il suffit de s’y mettre. Avant, on faisait venir le sounouk d’Afrique du Sud. Notre passé colonial a laissé des traces profondes, orientant notre économie vers des échanges sud-nord ».

Pour Théophane Narayanin, la nécessité fait loi : la baisse des ressources en granulats à La Réunion comme à Mayotte, lesquelles devraient même se tarir d'ici à une dizaine d’années selon lui, l’a notamment poussé à réfléchir à en importer depuis Madagascar. L'entrepreneur assure qu'il s'y prendra autrement que lors de la fameuse expérience des roches massives importées de l'île Rouge par des multinationales pour le chantier de la NRL.

Mais pour qu’une compagnie maritime régionale soit rentable, elle ne peut pas se contenter de remplir ses cales de galets. C’est bien pour cela que son projet intéresse de nombreux autres acteurs économiques réunionnais.

« Techniquement, ce n'est pas possible d'avoir un bateau chargé que pour nous. Un bateau qui part chargé, il faut qu'il revienne chargé », résume Théophane Narayanin, qui insiste sur la réelle dimension de développement partagée inscrite dans son projet.

« Avons-nous la réelle volonté d’aider les Malgaches ? »

« On crée une compagnie française, on prétend à la défiscalisation et aux fonds européens. Historiquement, nous sommes issus des peuples malgache et mozambicain, ce serait bien que ces gens se retrouvent. Quand on parle de circuits courts, c'est ce genre de choses qu'il faut développer. Le Covid nous a montré l'intérêt des circuits courts », poursuit « Guito » Narayanin.

Le chef d’entreprise se montre pourtant dubitatif lorsqu’on l’interroge sur les possibilités d’implantation de sociétés réunionnaises sur la Grande Île. « On ne peut pas se permettre d'avoir une double trésorerie pour gérer des réseaux parallèles. Il n'y a que ça qui bloque », raille-t-il, toujours provocateur.

Les opportunités d’implantation d’entreprises malgaches à La Réunion, elles, avorteraient pour la plupart dans l’œuf, faute de franchir les barrières de l’ambassade de France à Tananarive.

« Même des chercheurs n’obtiennent pas de visa pour venir à La Réunion. La France perd tout le bénéfice de son travail à Madagascar à cause de ces tracasseries de visa », déplore Wilfrid Bertile, l'élu en charge de la coopération régionale de la majorité d’Huguette Bello.

« Avons-nous la réelle volonté d’aider les Malgaches ? Je me pose la question », interroge pour sa part Kelly Giroud-Antimène, la présidente de Club Export, en abordant la question de fond soulevée par la présence de la délégation réunionnaise à Tananarive. « La pire des erreurs serait de considérer que Madagascar, c'est l’Eldorado, qu’on peut y faire n’importe quoi », insiste Huguette Bello.

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