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UFR : La nécessité de voter la loi cadre pour les violences faites aux femmes

Ecrit par zinfos974 – le samedi 11 août 2012 à 17H38

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1) Les violences faites aux femmes : la situation à La Réunion

Les violences faites aux femmes ont encore défrayé la chronique cette semaine. Lundi matin une femme de Saint-André est sortie de l’hôpital avec un bras dans le plâtre. Elle a été rouée de coup par son compagnon, récidiviste.

Nous le savons toutes et tous, le cas de cette femme n’est pas un cas isolé. L’indice de violence est à La Réunion de 14%.

Les violences faites aux femmes sont un phénomène de société de grande ampleur. Plus loin qu’un problème de société, les violences envers les femmes doivent être considérées comme une affaire d’état, un problème d’ordre politique. Selon les chiffres du ministère de l’intérieur datant de 2004, 6 femmes meurent chaque mois des suites des actes violents de leur compagnon. Plus récemment, une enquête nationale révèle qu’une femme décède tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. Le rapport de la délinquance datant de 2006 va plus loin et annonce que tous les 2 jours, une femme meurt suite à des violences. En 2011, les violences conjugales ont fait 146 victimes en France. A La Réunion 6 femmes ont été tuées en 2011.

Les violences faites aux femmes sont la première cause de mortalité des femmes, avant même les accidents de la route et le cancer. Les violences à l’égard des femmes ne sont pas un problème d’ordre privé, c’est un problème sociétal.

Ces violences demeurent un problème à éradiquer à sa source même : ce sont tous les stéréotypes qui enferment la femme dans une position d’infériorité qu’il faut combattre pour que ces violences spécifiques ne soient plus caractérisées et rendues possibles parce que les femmes sont des femmes. Ce sont encore et toujours les représentations sexistes et les préjugés machistes qui rendent possible l’objectivation et l’instrumentalisation du corps de la femme dans nos sociétés.

Il y a toute une image à réhabiliter par la déconstruction des préjugés liés à la considération du sexe féminin. Quoiqu’étant de simples représentations, ces préjugés conditionnent les rapports femmes/hommes et déterminent le quotidien des femmes.

Certes, depuis quelques années, on note des avancées en matière législative. On retiendra la loi du 26 mai2004, du 4 avril 2006, puis la mesure phare de la loi du 9 juillet 2010 avec l’ordonnance de protection des victimes. La loi de 2010 reconnaît entre autres le harcèlement comme délit au sein du couple et améliore la protection des victimes.

Cependant les mesures mises en place restent insuffisantes. La volonté de répression des actes de violence envers les femmes est nécessaire mais ce fléau exige que la législation se préoccupe à éradiquer le problème à sa racine.

La politique de lutte contre les violences faites aux femmes, dans l’état actuel des choses est multiforme mais seule sa partie répressive est prévue par la loi. L’adoption d’une loi-cadre permettrait de prendre en compte tous les aspects : la prévention, l’information, la formation de professionnels, le soutien et la protection des victimes, le fonctionnement judiciaire, et la modification du code de procédure pénale.

2) La nécessité de voter la loi cadre

Certes, les femmes disposent davantage de moyens pour faire face aux violences, mais la difficulté des démarches et la multiplicité des interlocuteurs renforcent le nombre d’obstacles pour les femmes qui souhaitent porter plainte.

La loi cadre permettrait une véritable approche globale du phénomène des violences faites aux femmes avec l’accès à l’information concernant les droits
des femmes, les mesures d’accompagnement professionnel, de soutien matériel, de sécurité des victimes, d’hébergement.

La loi cadre donne les moyens aux associations, aux collectivités territoriales, à la police, à la gendarmerie, aux professionnels de santé et à l’éducation nationale.
Cette loi est une nécessité car elle mutualise les moyens existants et répond aux lacunes et aux carences du service public pour que les résultats soit à la hauteur des efforts déployés.

Nous le répétons, malgré l’importance d’une attention juridique plus soutenue, les violences faites aux femmes doivent être considérées comme un phénomène à éradiquer à la racine. Pour ce faire, La loi cadre s’attaque à la source même des représentations : celles qui sont véhiculées par l’apprentissage scolaire.
La loi cadre permet de mutualiser les discours, les avis et de confronter des points de vue divers pour s’attaquer à une modification historique des matériaux et supports scolaires, principaux véhicules des préjugés sexistes dès l’enfance et les premiers apprentissages.

Il s’agit d’une véritable réforme de l’approche du système éducatif quant aux questions de genre. Cette loi vise à réformer, voire renverser le statut de la femme dans les mentalités/ Cette réforme passe par la restructuration des outils de l’apprentissage, mais également par la formation spécifique des professeurs.
Cette loi prend également en compte l’enfant, victime collatérale des violences conjugales et sollicite la mise en commun des services de l’état pour une mise en application plus rapide et plus efficace des réponses aux problèmes de réintégration de l’enfant à l’école.

La loi cadre donne également les moyens pour traquer les images dévalorisantes et négatives qui enferment la femme dans une position d’infériorité dans les médias et la publicité. Les médias et les publicités ont une forte influence dans nos sociétés contemporaines. Elles véhiculent, le plus souvent à torts, des représentations et des images de normes, qui confondent l’idéal véhiculé et les critères normatifs dans l’esprit des jeunes et des moins

jeunes. L’image de la femme idéale, la dévalorisation du corps féminin, l’instrumentalisation et l’objectivation, les critères de féminité idéale et le modèle de perfection qui sont véhiculés par les médias doivent faire l’objet d’une révision. La loi cadre donne les moyens de repenser ces imperfections et s’attaque ainsi de façon directe aux représentations et constructions sociales par la mise en place du code de consommation.

Aux côtés de ces mesures à caractère pédagogique et à la portée répressive, ce sont les formations des professionnels de santé que la loi cadre rend possible (prévention, dépistage précoce, assistance, aide à la reconstruction...).

3) Le rôle de l’UFR

La loi cadre précise que « dès l’entrée en vigueur de la loi relative à la lutte contre les violences à l’encontre des femmes, avec la dotation financière adéquate, sera mis en œuvre un plan national de sensibilisation et de prévention contre les violences à l’encontre des femmes ».

« Ce plan introduira sur la scène sociale de nouvelles échelles de valeurs fondées sur le respect des droits et des libertés fondamentales, de l’égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que sur l’exercice de la tolérance et de la liberté dans le cadre des principes démocratiques de cohabitation et de mixité, tout ceci dans la perspective des rapports sociaux de sexe ».

Ce plan national est un combat que l’UFR prend à bras le corps au niveau régional. La prise en compte des caractéristiques et des spécificités régionales est nécessaire pour adapter ce plan national de prévention et de sensibilisation au niveau local.

La prévention et la sensibilisation se font dès le plus jeune âge, dans les collèges, dans les lycées. Les jeunes filles doivent prendre conscience de la liberté qu’elles possèdent à disposer d’elles mêmes de leur corps. La contraception, la prévention des grossesses non désirées et la possibilité de faire une IVG sont des moyens à disposition des jeunes filles et des femmes. La sensibilisation doit également être informative. L’information doit être apportée a ces jeunes filles et aces femmes: concernant les droits dont elles disposent : les lois contre les violences à leur encontre, contre leur harcèlement sexuel, les possibilités de porter plainte, de sortir du silence, d’être accompagnée dans leur démarche. Il relève de la responsabilité des associations, par le biais d’actions militantes sur le terrain, d’informer les jeunes filles des moyens dont elles disposent pour se faire respecter. Pour ce faire, elles doivent prendre conscience que le respect est un droit fondamental.

Aux côtés des actes préventifs et informatifs, la sensibilisation doit aussi prendre la forme d’éveil des consciences. Certes, l’état a un rôle essentiel à jouer et les actions du milieu associatif ne sont pas moindres. Aux côtés du long travail de conscientisation et de changement des mœurs qui doivent passer par l’éducation familiale et scolaire, la déconstruction des représentations et des préjugés sexistes envers et contre les femmes passent par la sensibilisation et le dialogue.

Aujourd’hui encore, Les nombreux stéréotypes et les constructions qui enferment la femme dans une position d’infériorité caractérisent les violences envers les femmes et les justifient parce que ce sont justement des femmes. Ces discriminations fondées sur la distinction sexuelle et renforcées par l’histoire d’une domination masculine sont à éradiquer de toute urgence.
Prendre conscience de la domination du modèle patriarcal et retravailler l’image de la femme dans les mentalités s’inscrivent dans ce plan de prévention. Le combat mené par l’arsenal juridique doit être accompagné et complété d’un travail de prise de conscience, nécessaire si l’on veut évoluer vers un changement des mentalités.

Prévenir les violences, c’est également les définir, les cibler, mettre des mots sur elles et les détecter comme n’appartenant pas à une situation normale. Le travail des professionnels de santé, qui doivent être formés pour détecter et gérer le cas des femmes victimes de violence participent à un travail de changement des mœurs que le travail militant doit accompagner et renforcer.

 

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