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Odeurs nauséabondes près des champs de canne: L'épandage montré du doigt

D'un coin à l'autre de l'île, même constat "olfactif". Plus souvent pendant la nuit ou encore au petit matin, des milliers d'habitants subissent chaque année à pareille période des odeurs pestilentielles semblant provenir des champs de canne. La pratique de l'épandage de lisiers de porcs est montrée du doigt. Mais l'accusation n'est pas si évidente.
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 26 janvier 2012 à 15H42

 

Quartier de Savanna jusqu'à la Plaine Saint-Paul en passant par le Grand Pourpier, quand ce n'est pas du côté de la quatre voies des Tamarins au niveau de l'Eperon, tous ces lieux sont synonymes depuis quelques jours d'émanation bien dérangeantes.

Les premières remontées se font sur les ondes d'une célèbre radio locale. Un appel, puis 10, puis 20, tous confirment le phénomène. A vrai dire, la technique utilisée n'est pas systématique, nous confirme un fermier (l'anonymat reste de mise) exerçant sur les terres d'un célèbre ex-groupe sucrier local. "Cela dépend du nombre d'années pendant lesquelles nous n'avons pas utilisé de lisier", reconnaît-il, adepte de cette méthode qui enrichit le sol en azote mais est aussi appréciée pour son coût "zéro".

Sans être régulière donc, la technique de l'épandage de matières organiques (lisier de porc ou fumier de poulet) est donc répandue bien que beaucoup plus encadrée qu'avant.

Un son de cloche confirmé sans surprise par la Chambre d'agriculture. Au lieu d'avoir à acheter de l'engrais dont le prix constant n'a cessé d'augmenter ces dernières années, des agriculteurs indélicats peuvent être amenés à sauter le pas. "Une tonne d'engrais coûte 750 euros (ndlr: un prix multiplié par 5 en 20 ans selon l'expert de la Chambre). Pour un champ de canne de 10.000m2 par exemple, il faut de 7 à 800 tonnes", estime à vue Didier Tourret, responsable de secteur Ouest à la Chambre d'Agriculture. "La recherche d'économie est la raison évidente, poursuit-il. Il y a l'éleveur qui veut se débarrasser de ces matières, et il y a l'agriculteur qui peut le prendre et gratuitement". Le dilemme est vite plié.

"Les gens se rapprochent des terres agricoles"

Mais que l'on ne s'y trompe pas, l'épandage de matières organiques peut être autorisée, seulement contre la tenue d'un cahier des charges strictes de la part du cultivateur. Les contrôles de la Direction de l'Alimentation de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF) se chargent du reste. Pour Didier Tourret, un agriculteur n'aurait aucun intérêt à céder à la tentation car le risque de se faire prendre serait trop gros. La perte des aides financières en est la plus grande conséquence selon lui. Le phénomène est également exacerbé du fait du mitage des terres agricoles qui fait se construire des zones habitées en bordure de lieux jusque-là réservés au travail de la terre. "Les gens se rapprochent des terres agricoles", affirme-t-il. Avec la démographie que connaît la Réunion, la poussée des habitations vers les zones agricoles n'est en effet pas prête de s'essouffler.

Le technicien de la Chambre d'Agriculture concède tout de même que l'utilisation de ces matières organiques serait plus probable sur les petites parcelles, moins exposées à la découverte du pot aux roses. Sur de grandes terres d'un seul tenant comme pour le cas du champ de canne allant de la Plaine Saint-Paul à Savanna, il ne croit pas forcément à cette explication pour justifier ces mauvaises odeurs qui ont la particularité de se propager la nuit. Il évoquera la piste d'un élevage important dans le coin, mais seul celui de Cambaie pourrait expliquer ces désagréments. Autre argument pour écarter la piste d'un épandage sauvage, il affirme que les mauvaises odeurs du lisier se dissipent en principe sous quelques jours seulement, et sous l'effet de la photosensibilité et de la thermosensibilité. Sur les zones concernées pourtant, les habitants sont affirmatifs : "les mauvaises odeurs durent depuis deux semaines déjà".

 

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