Incendie meurtrier du Tampon : aux assises, les amants d’un soir continuent d’opposer leurs versions

Jugés aux assises pour le meurtre par incendie d’Assani Inzoudine en 2022 au Tampon, le cousin et la compagne de la victime, qui avaient reconnu une liaison cette nuit-là, continuent de livrer des versions contradictoires et se renvoient la responsabilité du crime.
Que s’est-il passé dans ce petit appartement en duplex du Tampon la nuit du 22 au 23 septembre 2022 ? Entre les quantités d’alcool ingurgitées, les versions évolutives des protagonistes et la destruction de la scène de crime, les jurés de la cour d’assises vont avoir besoin de beaucoup de clairvoyance pour s’accorder sur un verdict à même de rendre justice à Assani Inzoudine, l’homme de 37 ans retrouvé au petit matin carbonisé dans l’appartement.
"Elle a sauté sur moi"
En détention provisoire depuis le 6 octobre 2022, son cousin Ibrahim Bourouhani, 35 ans, est le premier des deux accusés à être interrogé mardi 1er septembre. Il l’affirme : « Je n’ai jamais levé la main sur Assani. Il a toujours été bon pour moi, j’ai du respect pour lui et je n’ai toujours pas fait mon deuil. »
L’homme est particulièrement gêné de reconnaître avoir eu un rapport sexuel avec la compagne de ce cousin qui l’hébergeait cette nuit-là. « Elle a sauté sur moi » tente-t-il de se justifier, quand l’avocat général lui demande s’il a été « forcé » par cette femme de petit gabarit.
"D'en bas, j'entendais leurs cris"
Dans cette nouvelle version des faits, Ibrahim Bourouhani affirme qu’une fois la relation consommée, c’est lui qui est allé réveiller son cousin cuvant du Bourbognac pour lui avouer la scène. « Il a attrapé Adeline par les cheveux. Je me suis mis entre eux. Puis elle a ouvert la porte. Je ne voulais pas assister à une scène de ménage et je suis parti. D’en bas, j’entendais leurs cris » déclare l’accusé, « en colère d’être en prison alors qu’elle est libre. »
S’il nie formellement être à l’origine de l’incendie, il a bien du mal à justifier pourquoi il a quitté l'appartement en emportant les téléphones de ses hôtes, ni pourquoi il a fait demi-tour lorsque, de retour sur les lieux, il aperçoit les pompiers. « J’ai eu peur », dit-il seulement.
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"Je me suis réveillée seule et nue, il y avait le feu"
Passée du statut de victime à celui de meurtrière présumée, Adeline Racaye, 31 ans, est questionnée à son tour. La jeune femme au visage partiellement brûlé va surprendre l’auditoire par une version largement édulcorée de son rôle durant cette nuit tragique. « On avait bu. Je me suis réveillée en sursaut, seule et nue dans ma chambre. Il y avait le feu. J’étais en panique, je suis sortie sans pouvoir m’habiller en traversant la fumée », déclare-t-elle.
Une version bien éloignée du récit circonstancié qu’elle avait confié à ses sœurs deux mois après le drame, et encore répété aux gendarmes puis à la juge d’instruction. Dans ces déclarations retranscrites en procédure, elle était la première à faire état d’une relation sexuelle avec le cousin de son compagnon, racontant que ce dernier les avait pris sur le fait et s'était mis en colère. « Vous aviez donné des détails précis », rappelle la présidente Doriane Trombi. « La dispute, la chute d’Assani dans la cuisine, vous allant chercher le charbon et le pétrole sur les instructions d’Ibrahim… C’était une invention ? »
"Peut-être qu'il a abusé de moi"
-« Oui », répond la frêle jeune femme, qui évacue la question : « Je n’étais pas bien, je n’ai pas pensé aux conséquences. »
- « L’histoire de la relation sexuelle dont vous avez parlé la première est corroborée par l’autre accusé, il invente lui aussi ? » reprend la présidente. « Peut-être qu’il a abusé de moi, mais avec l’alcool, je ne me souviens plus. Peut-être que j’ai crié. »
-« Vous savez ce que vous risquez aujourd’hui ? », lui demande alors la présidente, un brin agacée par ce nouveau revirement de l’accusée. -« Oui, trente ans de réclusion », réplique la jeune femme sans se démonter.
Ce pourrait être beaucoup plus si la cour requalifiait les faits, comme l’a requis l’avocat général : s’agissant de faits de meurtre sur conjoint, Adeline Racaye encourrait alors la réclusion à perpétuité si cette circonstance aggravante devait être retenue. L'interrogatoire se poursuit ce mercredi matin.


