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L’agame des colons menace d'envahir toute La Réunion d’ici 2070

Ecrit par Thierry Lauret – le dimanche 30 août 2026 à 18H13
Photo Pixabay.

Selon une étude scientifique, le lézard introduit à La Réunion en 1995 pourrait avoir envahi tout le territoire d'ici 2070, si aucune mesure efficace n’est mise en œuvre pour empêcher son expansion. L’agame des colons constitue une forte menace pour les deux espèces endémiques de gecko de notre île.

Il peut mesurer jusqu’à 40 centimètres et son allure alerte, remarquable de loin avec sa silhouette noire surmontée d’une tête orange, inspire souvent des sentiments oscillant entre la peur et l’admiration. L’agame des colons est arrivé à La Réunion sans crier gare, par bateau, en 1995 et ne cesse, depuis, d’étendre son territoire de chasse.

Cette espèce exotique envahissante dénommée scientifiquement Agama picticauda et venue d’Afrique de l’Ouest s’épanouit désormais sur presque tout le littoral de l’île et commence à coloniser l’intérieur des terres. La menace est prise très au sérieux, au point que l’association Nature océan Indien (NOI) mène depuis 2025 une étude financée par l’Union européenne, la Région et le Grand port maritime de La Réunion, dont les conclusions sont attendues à la toute fin d’année.

« L’agame des colons est une menace claire pour les deux geckos endémiques, le gecko vert de Bourbon et le gecko vert de Manapany. On est sur de la prédation en direct : c'est un lézard qui fait quatre fois la taille des deux geckos endémiques, qui est très territorial et surtout qui peut atteindre une densité de population assez élevée », prévient Joshua Favé, chargé de mission lutte faune exotique chez NOI.

Le lézard qui mange des œufs et dévore des abeilles

L’étude menée par l’association pourrait mettre en lumière d’autres problématiques, notamment en termes de santé publique, l’agame des colons étant potentiellement vecteur de maladies pour l’homme comme la salmonelle ou l’herpès. Sur un plan écologique, celui qu’on appelle aussi communément l’agame des roches peut consommer des œufs d’oiseaux endémiques, mais aussi s’attaquer aux ruches pour dévorer les abeilles.

Un article scientifique publié en 2025 par Scientific Reports (« Diverging effects of global change on future invasion risks of Agama picticauda between invaded regions : Same problem, different solutions »), auquel NOI a contribué, s’attache à modéliser le risque d’invasion de l’agame des colons à l’échelle mondiale à l’horizon 2070. En tenant compte de variables climatiques, environnementales (couverture forestière) et des facteurs anthropiques de propagation (distance par rapport aux ports et aéroports, densité routière, densité de population humaine), le scénario le plus pessimiste alerte sur une invasion totale de La Réunion dans les prochaines décennies.

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Parmi les régions classées à risque mais non encore colonisées figurent l’Asie de l’Est et du Sud-Est, Madagascar ou encore l’Australie. Aux Comores, où l’espèce a été introduite dans les matériaux de construction importés par bateaux, la colonisation totale de l'archipel semble inéluctable. L’exemple de la Floride (États-Unis) est significatif : les agames y ont déjà totalement saturé le territoire en raison d’une introduction massive, via des lâchers volontaires ou des évasions liées aux commerces d’animaux de compagnie.

À l'Anse des Cascades, une concurrence pour le gecko vert de Bourbon

Une conquête territoriale qui, si elle se confirme à La Réunion, signifierait la disparition totale des deux espèces de gecko endémique de l'île. L’association Nature océan Indien, qui tente de maintenir une enclave protégée pour le gecko de Manapany entre Petite-Île et Saint-Joseph, intervient sur de nombreux points chauds avec une habilitation de mise à mort de l’agame des colons validée par la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF).

L’éradication du lézard venu d’Afrique de l’Ouest constitue l’une des activités officielles de NOI et s‘appuie sur un protocole certifié par des vétérinaires dans l’objectif avoué de limiter la souffrance animale, y compris par l’utilisation de la carabine à air comprimé. Ces derniers jours, des personnels de NOI sont ainsi partie en chasse, comme ils le font régulièrement, à l’Anse des Cascades (Sainte-Rose), un hotspot de biodiversité où résident les dernières populations littorales du gecko vert de Bourbon.

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L’association est parfois sollicitée par des entreprises, alarmées par les cris de leurs clients à la vue d’agames déambulant sur leur parking, et travaillent avec les autorités aéroportuaires pour la sécurisation à l’embarcation du fret. Récemment, NOI est aussi intervenue à plusieurs reprises dans le quartier du Chaudron, à la demande de la ville de Saint-Denis, pour expliquer aux habitants comment piéger et éliminer les lézards.

Le régime alimentaire de l'agame des colons étudié

Sur cet aspect de promotion de l’action citoyenne de lutte contre l’agame, Nature océan Indien convient agir « hors du cadre de la loi », tout en remplissant une mission du plus haut intérêt public dont toutes les autorités seraient sans doute bien inspirées de prendre conscience. L’association se heurte à des difficultés quotidiennes, comme celle de ne pouvoir faire intervenir légalement les services d’équarrissage qu’à la condition de se prévaloir d’une quantité de 40 kg de lézards morts.

Dans une autre étude publiée en 2026 par Scientific Reports et portant celle-ci sur le régime alimentaire des agames des colons depuis leur introduction en 1995 à La Réunion, les analyses ont révélé que le lézard se nourrit essentiellement de fourmis, d’invertébrés (araignées, vers de terre) mais aussi de certaines plantes, ce qui en fait un possible agent de dispersion de graines d’espèces invasives.

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L’étude conclut que si l’agame des colons reste pour l’heure principalement cantonné aux zones anthropisées, celles où l’action de l’homme est perceptible, son expansion en cours vers les zones plus naturelles de l’île, dans les Hauts, rendra irréversible son expansion sur l’ensemble du territoire.

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