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Le Tampon : il soutire 50.000 euros à une personne vulnérable

Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 30 août 2026 à 16H12
Photo d'illustration

Un Tamponnais a été condamné ce jeudi par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour abus frauduleux de l’ignorance ou de la faiblesse d’une personne vulnérable. La victime était handicapée à 90% et sortait d’une curatelle lorsqu’elle a commencé à lui remettre de l’argent.

Le dossier est simple dans ses chiffres, beaucoup plus lourd dans ce qu’il raconte. Pendant près de deux ans, entre décembre 2021 et décembre 2023, Laurent D. a profité de la vulnérabilité d’un homme handicapé à 90%, souffrant de troubles psychologiques, pour obtenir de lui des chèques, des virements et de l’argent liquide.

Mathieu*, la victime, était auparavant placé sous curatelle. En 2022, il retrouve une autonomie dans la gestion de ses affaires. C’est à cette période que Laurent se rapproche de lui. Peu à peu, les demandes d’argent se multiplient, jusqu’à vider le compte bancaire de Mathieu. Celui-ci se retrouve finalement interdit bancaire.

Au total, le préjudice matériel est évalué à environ 50.000 euros. Dans le dossier figurent notamment plusieurs chèques établis au nom de Laurent D., pour un montant d’environ 11.600 euros, ainsi qu’un versement de 2.000 euros à son épouse. Le prévenu a reconnu une partie de ces encaissements, expliquant notamment avoir utilisé l’argent pour payer son crédit automobile.

“J’avais peur de lui”

À la barre, Mathieu a voulu prendre la parole. Il a évoqué ses difficultés de santé, ses problèmes pour se déplacer, mais aussi ses efforts pour reprendre une activité, notamment par le sport et le bénévolat au Tampon. Surtout, il a décrit l’emprise sous laquelle il dit s’être retrouvé.

“J’ai été manipulé. Il m’envoyait des textos, ça m’a beaucoup perturbé. J’avais peur de lui physiquement, il pouvait être violent, il criait beaucoup”, a-t-il expliqué devant le tribunal.

Lors de son audition, la victime avait également évoqué des coups et des menaces. Elle avait même indiqué avoir volé 3.000 euros à sa mère pour les remettre à Laurent D., par peur de sa réaction.

Le silence s’est rompu après un grave accident de santé. Mathieu a fait un arrêt cardiaque et est resté six mois dans le coma. C’est pendant son hospitalisation, entouré de soignants et éloigné de Laurent, qu’il a trouvé la force de raconter ce qu’il subissait.

Pour la partie civile, “il connaissait sa vulnérabilité”

Me Delphine Savigny, avocate de la partie civile, a insisté sur la vulnérabilité connue de la victime. “C’est un dossier simple. Il connaissait la vulnérabilité de Mathieu et il savait qu’il était seul”, a-t-elle plaidé.

L’avocate a également rappelé que la plainte initiale faisait état de violences, dont un étranglement. Selon elle, Mathieu craignait que Laurent “aille loin”. Elle a demandé la réparation intégrale du préjudice matériel, soit 50.000 euros, ainsi que 3.000 euros au titre du préjudice moral.

La procureure a, elle aussi, souligné la gravité des faits, commis sur une longue période à l’encontre d’une personne très vulnérable. “On est sur quelque chose de particulièrement odieux”, a-t-elle déclaré, avant de requérir un an de prison aménageable sous bracelet électronique et une interdiction définitive de travailler auprès de personnes vulnérables.

“Au début, c’était une entraide entre amis”

Laurent a contesté avoir frappé la victime. Il assure ne pas être quelqu’un de violent, tout en reconnaissant pouvoir devenir agressif sous l’effet de l’alcool. Il a présenté des regrets et des excuses, affirmant ne pas avoir utilisé l’argent uniquement pour ses besoins personnels.

Son avocate, Me Florence Boyer, a reconnu que “les faits sont peu reluisants”, mais a tenté de replacer le dossier dans une relation qui aurait d’abord été amicale. “Au début, c’était une entraide entre amis, puis ça a dérapé”, a-t-elle soutenu.

Elle a également expliqué que son client connaissait Mathieu depuis très longtemps, qu’il l’aurait soutenu après la mort de son père, et qu’il avait mal vécu la procédure. Selon elle, Laurent aurait tenté de mettre fin à ses jours en voulant enjamber le pont de l’Entre-Deux, en évoquant auprès des secours ses difficultés judiciaires et financières.

Le tribunal est finalement allé au-delà des réquisitions du parquet sur la peine. Laurent a été condamné à 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans. Il devra respecter une obligation de travailler et une obligation de soins. Il devra également rembourser 50.000 euros de préjudice matériel à la victime, ainsi que 3.000 euros pour le préjudice moral.

*Prénom d'emprunt

Etiquettes : Handicap | Le Tampon | Tribunal

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