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Trafic de zamal Réunion-Maurice : fin de partie pour "le capitaine" de l’Abyss, pris dans la nasse avec 147 kilos d’or vert

Ecrit par Eric Lainé – le samedi 2 mai 2026 à 19H00
L’Abyss, le bateau de pêche de Bertrand De Boisvilliers, a été placé sous scellé après la saisie de 147 kilos de zamal à son bord, jeudi dernier.

A partir de novembre 2024, l’étau se resserre sérieusement sur le réseau d’exportation de zamal au départ de La Réunion que pilote depuis l’île Maurice un certain David, alias « Maraz » ou « Fantom ». Les gendarmes de l’Ofast ne lâchent plus d’une semelle le « capitaine » de l’Abyss. Au moindre faux pas, Bertrand De Boisvilliers, maillon central d’un trafic mirobolant, sera interpellé… (Volet 2/2)

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Depuis juillet 2023, les gendarmes de l’Ofast sont sur la piste d’un important trafic de zamal entre La Réunion et l’île Maurice à la faveur d’indices et de déclarations recueillis lors de l’arrestation de trois suspects en lien avec le naufrage du speed-boat « Le Legend » au large des côtes bénédictines.

Déjà, Bertrand De Boisvilliers, alias « le capitaine », et un lieutenant en charge de la logistique, Guito Louise, sont dans la ligne de mire des militaires.

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L’enquête en cours s’accélère brusquement le 4 novembre 2024. Ce jour-là, les policiers mauriciens livrent des renseignements de première main à leurs homologues réunionnais. Des gardes côtes viennent de procéder à l’arrestation de trois marins mauriciens au retour de La Réunion.

A bord de leur speed boat : 96 kilos d’herbe de cannabis en provenance du port de Sainte-Marie.

Des caméras et des balises pour épier ses faits et gestes

Les enquêteurs de l’Ofast épluchent aussitôt les images de vidéo-surveillance de la capitainerie. L’étau se resserre sur Bertrand De Boivilliers, directeur de cabinet le jour de Maurice Gironcel et trafiquant de drogue la nuit. Les gendarmes de l’Ofast, appuyés d’autres unités, sont sur ses talons.

Des caméras et des balises sont posées pour épier ses moindres faits et gestes.

Ses conversations téléphoniques sont écoutées même s’il semble que les trafiquants usent de moyens de communication discrets, portables « de guerre » pré-payés ou encore messageries cryptées.

Pas de pêche cavale pour "le capitaine", mais un joli coup de filet pour les gendarmes

Les efforts des enquêteurs, qui souhaitent à l’évidence faire un flag, finissent par être récompensés. Le 3 avril 2025, le directeur de cabinet est en goguette. Il multiplie les allers-retours entre son domicile et le port de Sainte-Marie où son bateau de pêche est à quai.

Bizarrement, il passe une bonne partie de la matinée à déambuler sur le ponton pour déposer des glacières à bord de l’Abyss.

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Au téléphone, Bertrand De Boisvillers indique qu’il s’apprête à partir en mer pour une partie de pêche cavale. Il n’en sera rien. Peu après 17 heures, les gendarmes passent à l’action.

« Le capitaine » et un certain Yann Hoarau sont arrêtés sur le bateau au moment où ils s’apprêtent à larguer les amarres. Bonne pêche pour les gendarmes : 15 sacs sont découverts dans les cabines avec un total de 147 kilos de zamal mais aussi 300 grammes de résine de cannabis.

Trois lieutenants aux ordres du baron de l’or vert

Le coup de filet se poursuit le lendemain avec l’interpellation de Guito Louise et de Laurent Mariaye, mis en cause par « le capitaine » de l’Abyss qui s’est vite mis à table. Bertrand De Boisvilliers ne fait guère mystère de son implication dans le trafic entre les deux îles.

Il avoue avoir pris part à cinq exportations et trois tentatives organisées sous la houlette de Gaëtan Petitdemange et de Guito Louise jusqu’à la fin de l’année 2024 puis de Laurent Mariaye à partir de janvier 2025.

Trois lieutenants agissant sous les ordres du baron de l’or vert mauricien « Maraz » mais aussi sous le contrôle de son bras droit à La Réunion, l’insaisissable « Gros Madras ».

5 millions d’euros de zamal saisis, mais plus du double passé à travers les mailles du filet

Bertrand De Boisvilliers a notamment permis l’exfiltration de trois Mauriciens en fuite après un second naufrage intervenu le 24 décembre 2024. Cette fois, l’embarcation, qui s’est fracassée contre un rocher, avait été incendiée.

Il avoue les avoir conduits en mer jusqu’à un speed boat à la mi-janvier 2025, transbordant par la même occasion une dizaine de sacs de zamal. Soit environ 50 kilos de marchandise.

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A raison d’une centaine de kilos d’herbe en moyenne par voyage, le trafic aurait permis de faire entrer au bas mot une demi-tonne de produit à Maurice. Ce qui en valeur marchande sur l’île sœur, où le cours de l’herbe de cannabis atteint 23.000 euros le kilo, représente un peu plus de 11,5 millions d’euros.

Sans compter les 96 kilos de zamal saisis à leur arrivée dans l’île sœur en novembre 2024 et les 147 kilos interceptés au départ du port de Sainte-Marie en avril 2025 qui représentent la bagatelle de 5 millions d’euros à la revente.

Des gains mirifiques dans le trafic pour éponger de grosses dettes au poker

Bertrand De Boisvilliers, en dépit de son confortable salaire de directeur de cabinet, raconte qu’il est criblé de dette en raison de son addiction au jeu et plus spécialement au poker.

De son propre aveu, son rôle dans le trafic lui aurait rapporté près de 62.000 euros. Ce qui paraît peu au regard des sommes figurant dans les messages de Gaëtan Petitdemange, pourtant arrêté en mai 2024, qui font état de 54.000 euros pour le « Kap ».

Mis en examen le 7 avril 2025, Bertrand De Boisvilliers est toujours en détention provisoire à ce jour.

Son bateau, l’Abyss, et son véhicule Peugeot Partner ont été saisis. Tout comme ses comptes bancaires, bloqués à hauteur de 60.000 euros. Il a aussi perdu son emploi, licencié par Maurice Gironcel peu après sa mise en examen.

"Gros Mal", l’agent technique qui menait grand train

Les deux lieutenants, successivement aux côtés du « capitaine », ont tenté de minimiser leur rôle.

Guito Louise, alias « Gros Mal », se présente comme un second couteau. Cet agent technique de 41 ans, employé au lycée du Butor, se décrit en tant que simple collecteur de zamal aux ordres de Bertrand De Boisvilliers.

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Il est pourtant mis en cause par d’autres comme un des principaux relais de « Maraz » en charge du suivi complet des opérations, y compris en ce qui concerne la redistribution de l’argent.

Avec six comptes courants, une Mercedes GLA et de nombreux voyages à Maurice, Madagascar, Paris et jusqu’en Italie, cet homme payé au Smic, mais qui a ses habitudes au casino de Saint-Gilles, vit manifestement au-dessus de ses moyens.

Les goûts de luxe de "Colombo", armé comme un petit porte-avion

Laurent Mariaye, alias « Colombo » ou « Sécurité », qui prend la suite de « Gros Mal » en janvier 2025, mène lui aussi grand train. Au moment de son arrestation, il détient près de 3.000 euros en liquide et son intérieur est meublé avec de l’électroménager de luxe.

Il n’a pas moins de neuf comptes bancaires sur lesquels il dépose jusqu’à 10.000 euros en espèces. Et puis il prend des paris en ligne sur la période pour un montant de 15.000 euros.

Cet agent de sécurité au GHER de Saint-Benoît, âgé de 38 ans, est aussi équipé comme un petit porte-avion. Il détient deux fusils à lunette, une carabine de chasse et deux pistolets avec une soixantaine de cartouches. Il a aussi des téléphones de « guerre » difficilement détectables, entretenant des conversations régulières avec les Mauriciens.

Du zamal chez les cannabiculteurs

Même s’il dit s’être limité à un rôle de simple exécutant, Laurent Mariaye, déjà condamné à 5 ans de prison en 2021 pour trafic de stupéfiants, apparaît comme un maillon essentiel de la chaîne.

De la collecte et de l’entreposage des sacs jusqu’à leur transport au bateau, en passant par la rétribution des véritables seconds couteaux.

Justement, les gendarmes procèdent à un nouveau coup de filet le 7 mai 2025 qui visent cette fois les petites mains du trafic. Il y a ceux qui ont été affiliés à Guito Louise comme Richard H. et Ronny R. Cannabiculteurs et parfois transporteurs, leur degré d’implication est conforté par les perquisitions.

Chez le premier, les enquêteurs découvrent 27 kilos d’herbe de cannabis et une salle de séchage.

"La nourrice" qui se dit agent double

Chez le second, ils saisissent 7,7 kilos de zamal et une chambre de cannabiculture. Trois autres personnes sont mises en examen dans ce dossier. Sam H., un Mauricien de 33 ans, aurait joué le rôle de « nourrice » et de transporteur de zamal pour les deux équipes à tiroir. Saïd M., dédié à la récupération et à l’acheminement des sacs, aurait seulement travaillé sous la direction de Laurent Mariaye.

Quant à Isabelle P., une Mauricienne de 41 ans, elle se défend d’avoir vraiment pris part au trafic.

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Certes, elle a hébergé les trois Mauriciens en fuite et servi de « nourrice » pour le zamal mais elle prétend avoir agi sous la menace des commanditaires du trafic qui la soupçonnaient de servir de taupe pour le compte des policiers de l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU).

Elle raconte même que les trafiquants avaient vu juste puisqu’elle était une sorte d’agent double à la solde de l’ADSU et elle aurait à ce titre secrètement posé des balises dans les sacs de zamal.

Quand Isabelle se fait des films

Isabelle P. se fait-elle des films ? En tout cas, les gendarmes de l’Ofast n’ont pas trouvé trace d’échanges téléphoniques avec la police mauricienne.

Pas plus que de balise d’ailleurs accréditant la thèse d’un agent infiltré. Par contre, de nombreuses photos collectées dans son portable témoignent de sa présence aux côtés des sacs de zamal à différentes dates.

Une petite main qui ne ménage pas sa peine en vérité.

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