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Tereos : un changement d’actionnaires se profile à La Réunion et pourrait rebattre les cartes de la filière canne

Ecrit par P.M. et J.D. – le lundi 20 avril 2026 à 20H39

Selon nos informations, Tereos France étudie plusieurs scénarios d’évolution du capital de Tereos Océan Indien, notamment de sa société les Sucreries de La Réunion, dont l’entrée de nouveaux actionnaires majoritaires, tout en conservant une participation minoritaire. Un dossier sensible qui pourrait rebattre les cartes de la filière canne à La Réunion. Une information Zinfos974.

« C'est un tournant pour La Réunion », confie, sous le sceau de l'anonymat, un chef d'entreprise local, qui n'hésite pas à évoquer un véritable tremblement de terre dans le monde économique réunionnais.

Un secret bien gardé, connu seulement des hautes sphères économiques locales et probablement des autorités, la préfecture en tête. Un comité restreint autour duquel se joue, ni plus ni moins, l'avenir de la filière canne à La Réunion.

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Selon nos informations, une bonne partie de l'actionnariat de Tereos Océan Indien, via sa société les Sucreries de La Réunion, serait en train d'être recomposée, il faut dire que Tereos France est confronté à des difficultés économiques. Le groupe ne disparaîtrait toutefois pas totalement du capital et resterait actionnaire minoritaire. Certaines sources évoquent une participation autour de 20 %.

Des résultats en forte dégradation au niveau national

Les comptes de Tereos Océan Indien sont pourtant dans le vert. La filiale réunionnaise, à la différence de sa maison mère, a mieux résisté à la chute des prix du sucre. En 2025, plus de 41 millions d’euros de dividendes sont ainsi remontés de La Réunion vers la structure nationale.

On ne peut pas en dire autant au niveau national. Les comptes sociaux 2025 du groupe coopératif traduisent un exercice en fort repli. Le chiffre d’affaires a reculé de 11 %, à 1,846 milliard d’euros. Une baisse largement liée au recul des prix du sucre en Europe, dans un contexte géopolitique instable.

Le groupe coopératif, propriétaire des marques Béghin Say et La Perruche, avait anticipé cette baisse dès le premier semestre de son exercice décalé, avec un repli des ventes proche de 20 %. À l’échelle consolidée, cette situation l’a conduit à enregistrer une perte de 572 millions d’euros.

Dans les comptes sociaux, la rentabilité se dégrade fortement : le résultat net chute à 28,6 millions d’euros contre 114,4 millions un an plus tôt, tandis que le résultat d’exploitation est divisé par plus de deux, à 77,2 millions d’euros. Le bénéfice est en partie soutenu par des éléments exceptionnels, notamment des reprises de provisions liées aux restructurations.

La trésorerie se contracte nettement, à 4,9 millions d’euros, malgré une réduction de la dette, qui reste élevée à 1,309 milliard d’euros.

Des cessions d’actifs à l’international, mais aussi dans la zone océan Indien

En conséquence, Tereos a procédé ces derniers mois à plusieurs ventes d’actifs à travers le monde. En janvier, le géant sucrier français a annoncé la cession à l’entreprise brésilienne Viralcool d’une de ses usines au Brésil, « afin de renforcer sa compétitivité », réorganisant ses activités autour de cinq autres sites.

Plus proche de nous, dans le temps comme géographiquement, Tereos a annoncé le 26 mars dernier « poursuivre sa transformation structurelle », engagée depuis 2021, avec la vente de ses parts dans Sucrières des Mascareignes Ltd (SML), dont Tereos détenait 40 %, à Miwa Sugar Ltd, actionnaire majoritaire historique de cette société. SML est spécialisée dans la culture et la transformation de la canne à sucre en Tanzanie et au Kenya.

La Réunion désormais au centre des attentions

Désormais, c’est vers La Réunion que les regards se tournent. Selon nos informations, c’est rien de moins qu’un changement d’acteur principal de la filière canne qui se joue, du moins au niveau de l’actionnariat.

Un bouleversement dans la lignée de 2010, année du rachat de la holding Quartier Français par Tereos.

Un tour de table autour du PDG de Tereos Océan Indien, Philippe Labro, aurait été engagé depuis plusieurs mois avec des investisseurs et entreprises locales, dont les rhumiers, incités à mettre la main à la poche pour sécuriser leur approvisionnement en mélasse, matière première essentielle.

Philippe Labro

En se renseignant, plusieurs autres groupes auraient été approchés et plusieurs noms circuleraient pour racheter, au moins partiellement, la filiale réunionnaise du géant du sucre. Contacté, Jérôme Isautier, nous a indiqué ne pas avoir fait d'offres.

Toujours selon nos informations, les 10 % du capital détenus par la SAB (Société Adrien Bellier) ne seraient, eux, pas à vendre.

Une filière sous tension

Qui pour intégrer le capital des Sucreries de La Réunion, in fine Tereos Océan Indien, sur fond de crise structurelle de l’industrie sucrière ? Elle a été marquée par une chute des tonnages, tout juste passés au-dessus du million de tonnes de cannes livrées l’an dernier, ce qui pose la question de la rentabilité industrielle ?

Reste la volonté affichée des collectivités, Région Réunion, Département de La Réunion, ainsi que de l’État, réaffirmée lors des États généraux de la canne en 2025, de soutenir la filière canne réunionnaise.

Lire aussi : Vers les États généraux : Pourquoi la canne s'effondre-t-elle ?

D’après nos informations, un groupe majeur de la distribution et Albioma auraient décliné l’offre. Le salut viendra-t-il du côté de nos voisins de l'île Maurice ?

« Nous ferons tout pour éviter que les Mauriciens prennent la main sur la filière canne de La Réunion. L’actionnariat local ne se laissera pas faire », assure un capitaine d’industrie local sous couvert d’anonymat.

Tereos dément un « désengagement », mais confirme l’ouverture du capital

Contacté, Tereos Océan Indien nous a répondu. La société affirme d’abord que « Tereos n’envisage pas de se désengager de La Réunion ».

Elle met en avant de « nouveaux défis » qui s’imposent à la filière canne-sucre à La Réunion, « en particulier avec l’évolution du cadre organisationnel et financier de l’Union européenne (...) L’ancrage local de la filière canne-sucre de La Réunion est essentiel à son avenir ».

Mais Tereos confirme bien une ouverture du capital : « L’enjeu serait de renforcer le rôle des actionnaires locaux via la diversification de la détention du capital des Sucreries de La Réunion, ceci en l’ouvrant à des acteurs économiques locaux ou nationaux, pour en conforter la pérennité à terme ». Tereos indique étudier cette « possibilité », ce qui explique « de premiers échanges avec des acteurs ».

Le salut ne viendra donc pas de Maurice, ni des Antilles, à ce stade.

Si elles ne va pas manquer de susciter des craintes, certaines sources estiment que cette recomposition pourrait, à terme, constituer un mal pour un bien, en permettant à la filière locale de gagner en autonomie stratégique (et financière) vis-à-vis du niveau national.

En tout cas, une nouvelle phase de turbulence s'ouvre pour la filière canne à La Réunion.

Etiquettes : Canne | Sucre | Téréos

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