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Vers les États généraux : Pourquoi la canne s'effondre-t-elle ?

Ecrit par Philippe Madubost – le mercredi 18 juin 2025 à 05H50

VOLET 3.  Manque de main-d’œuvre, dérèglement climatique, manque d’irrigation et de mécanisation, faiblesse des revenus, perte du foncier… Les causes sont nombreuses pour expliquer la chute des tonnages. À l’occasion des États généraux qui auront lieu vendredi et des travaux qui suivront encore plusieurs mois, la canne va devoir trouver des solutions à ses nombreux maux.

 La filière canne est dans le rouge et elle continue de plonger. Les prévisions de récolte du CTICS confirment que la prochaine campagne risque de s’inscrire comme la nouvelle pire campagne de l’Histoire avec moins d’un million de tonnes récoltées dans l’île. Un record battu quasiment chaque année depuis 2020, désormais.

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Les chiffres sont alarmants, en commençant par le tonnage. En 10 ans, entre 2013 et 2023, il a chuté de près de 700 000 tonnes. C’est aux trois quarts l’équivalent de la capacité de production d’une seule sucrerie en une saison, mettant en péril l’équilibre économique industriel. Le déclin s’accélère depuis 2020. La première année où le volume est passé sous la barre des 1,6 million de tonnes.
Qui s’en souvient ? Il y a 40 ans, La Réunion produisait près de 2,5 millions de tonnes de cannes (1982). La filière a depuis passé un palier à la baisse et est à la recherche d’un nouveau point d’équilibre.

Toujours moins de planteurs

Une autre époque. Au début des années 80, la surface cultivée en canne dépassait les 33 000 hectares et on comptait plus de 9 000 planteurs. Aujourd’hui, la filière tourne avec deux fois moins de surface et quatre fois moins de planteurs. En 2023, seuls 18 449 hectares étaient encore plantés en canne, pour 2 371 livreurs enregistrés par le CTICS.

Entre 2014 et 2023, le nombre de livreurs a baissé de près de 800 en dix ans. Dans le même temps, la taille moyenne des exploitations n’a que très légèrement progressé (de 7 à 7,8 hectares). La conséquence notamment du vieillissement de la population, pointe la CGPER, et du renouvellement des générations « qui peine à se renouveler par des installations de jeunes agriculteurs (...) Le constat, c’est que de nombreuses exploitations sont en sous-production, voire à l’abandon, des terres qui deviennent des friches ». En réponse, le syndicat appelle entre autres à lancer une réflexion sur la mise en place d’une préretraite.

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Moins 4 000 ha en 10 ans

Le déclin est aussi foncier : de 2010 à 2020, la filière a perdu plus de 4 000 hectares, soit une baisse d’environ 400 ha par an. En 2020, elle représentait encore 55 % des surfaces agricoles utilisées (21 350 ha), contre environ 24 000 ha en 2010. Double peine, la baisse des surfaces s’accompagne d’une chute des rendements, tombés à 62 T/ha (une perte de 10 tonnes/ha en 10 ans). Dans une tribune, le MPSR de Jean-François Sababady chiffre à plus de 7 000 ha les friches dans l’île.

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Dans le même temps, si la diversification progresse vers les cultures fruitières (agrumes, ananas…), elle ne peut expliquer à elle seule une telle chute. Selon le dernier recensement agricole de 2020, la hausse a été de 125 hectares pour les agrumes et 130 hectares pour les ananas depuis 2010.


Les cyclones n’expliquent pas tout

 Comment en est-on arrivé là ? Si les cyclones et la sécheresse ont mis les cultures à genoux depuis deux ans, le mal est plus ancien et structurel. Les cyclones n’expliquent pas tout. Entre 1985 et 2004, malgré cinq cyclones et quatre épisodes de sécheresse, les récoltes annuelles s’étaient alors maintenues autour de 1,9 million de tonnes.
« Il y a un vrai problème structurel dans la filière et depuis plusieurs années, les vraies questions ne sont pas abordées et, au fur et à mesure, la filière ne dégage plus suffisamment de revenus pour motiver les agriculteurs, pour faire vivre les familles et investir, et ce sont toujours les planteurs qui paient la perte de la compétitivité », juge à ce sujet la CGPER.

Vers un livre vert

Les sujets sont connus et rebattus en brèche par les syndicats depuis des années et les acteurs de la filière : pénurie de main-d’œuvre, disparition de certains herbicides sans solutions de remplacement, dérèglement climatique, manque d’irrigation et de mécanisation, baisse des revenus en partie du fait des chutes de rendements, diversification encore trop faible…

Les difficultés administratives, la refonte du fonds de secours et du système d’indemnisation après les catastrophes, les difficultés liées aux travaux d’amélioration foncière ou encore la formule d’achat de la canne avec une meilleure prise en compte demandée de la fibre (l’UPNA demande un prix plancher) sont d’autres sujets mis sur la table par les planteurs.

Autant de problématiques qui feront l’objet de tables rondes ce vendredi au musée Stella Matutina à l’occasion des États généraux de la canne organisés par la Région, l’État et la chambre d’agriculture. Des travaux déjà débutés en amont et qui devraient ensuite se poursuivre en vue de la rédaction d’un « livre vert » censé dégager une nouvelle feuille de route pour la filière pivot de l’agriculture réunionnaise.
À suivre.


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