"Pendant que les Réunionnais paient plus, les collectivités encaissent davantage" prévient Julien Hoarau, l'auteur de la pétition contre la hausse des carburants

Depuis ce mercredi 1er avril, la hausse des prix des carburants pèse lourdement sur le portefeuille des Réunionnais. Face à cette situation, une pétition lancée par Julien Hoarau a déjà recueilli 1.691 signatures. Derrière cette initiative, un cri d’alerte sur les conséquences économiques et sociales d’une flambée jugée insoutenable.
En ce 1er avril, les prix affichés à la pompe n'ont rien d'une blague pour les Réunionnais. Depuis quelques jours, la pétition lancée par Julien Hoarau, agriculteur et citoyen engagé, s’est rapidement diffusée, traduisant un malaise largement partagé au sein de la population.
Pour lui, l’impulsion a été immédiate. “Quand j'ai vu l'annonce qui a été faite par le préfet, je me suis dit tout de suite, waouh, qu'est-ce que ça va avoir comme impact sur ma nouvelle activité”. Une inquiétude personnelle, rapidement élargie à l’ensemble de la population. “Mais tout de suite, en fait, j'ai pensé à ceux qui travaillent, à ceux qui se lèvent tôt le matin et qui se couchent tard le soir”, explique-t-il.
Lire aussi : “Faire le plein devient un luxe” : une pétition lancée face à la hausse des prix du carburants
Un impact direct sur l’économie et le quotidien
Au-delà de son exploitation agricole, Julien Hoarau alerte sur un effet domino. “Le vrai sujet, c'est qu'aujourd'hui, l'essence, c'est quelque chose qui permet de vivre, qui permet d'aller travailler”. Une hausse qui, selon lui, dépasse largement la question du transport. “Et si les gens vont travailler et s'appauvrissent, c'est tout le système qui s'effondre”, prévient-il.
Dans le secteur agricole, les conséquences sont immédiates. “Ça va avoir de graves conséquences, parce que nos engins ont besoin de fuel pour pouvoir se déplacer”. À cela s’ajoute la difficulté pour les salariés de se rendre sur leur lieu de travail. “C'est tout un effet de chaîne qui va être généré”.
Mais pour lui, l’impact dépasse son seul métier. “C'est vrai sur mon exploitation, mais c'est vrai sur toute l'économie de l'île”.
Une fiscalité au cœur du débat
La pétition pointe également le rôle de la fiscalité locale dans la formation des prix. Elle rappelle que “la Région Réunion fixe une taxe sur les carburants (TSCC)” et dénonce un mécanisme jugé injuste.
Selon Julien Hoarau, “plus les prix augmentent, plus les recettes augmentent”, tandis que “pendant que les Réunionnais paient plus, les collectivités encaissent davantage”.
Une situation qu’il estime intenable. “Cet argent ne doit pas servir à remplir les caisses, au détriment du pouvoir d’achat et de la capacité à se déplacer et circuler des Réunionnais”, insiste la pétition.
Des solutions immédiates plutôt que des discours
Face à cette crise, l’agriculteur appelle à des décisions rapides et concrètes. “Il n'y a pas besoin de grands discours, il n'y a pas besoin de mise en scène, il y a juste besoin d'agir”.
Sa proposition repose sur une adaptation de la fiscalité locale. Il évoque notamment la TSCC et l’octroi de mer, dont les taux pourraient être ajustés pour alléger le prix à la pompe.“Chaque million qui sera économisé au niveau des collectivités, ce sont des centimes qui seront gagnés par les gens”, explique-t-il.
L’objectif affiché dans la pétition est clair : que “le prix des carburants reste au niveau d’avant l’augmentation du 1er avril”, notamment “par une adaptation immédiate de la fiscalité régionale (TSCC)”.
Julien Hoarau insiste également sur la responsabilité des élus. “La clé pour qu'on arrive à diminuer cette crise, c'est que la région agisse”. Il appelle à des décisions “courageuses” de la part de la Région et du Département.
Une mobilisation qui monte en puissance
Avec 1.691 signatures à ce stade, la pétition commence à trouver un écho. L’initiateur de la démarche y voit un signal fort. “En moins d'une semaine, de façon naturelle, elle est arrivée à 1.600 signataires”, souligne-t-il.
Pour lui, cette mobilisation doit servir de levier. “Plus on sera nombreux, plus les pouvoirs politiques pourront s'en saisir”. Au-delà de la pétition, c’est une alerte plus large qu’il souhaite lancer. “Il faut défendre le pouvoir d'achat des Réunionnais”, martèle-t-il.
Car derrière la hausse des carburants, c’est toute l’économie qui pourrait vaciller. “Sans ça, les gens ne pourront plus travailler, les gens ne pourront plus manger, parce que tout va augmenter”.
Et de conclure, avec gravité : “Si une population n'est pas prospère, un territoire n'est pas prospère. Il faut qu'on sauve La Réunion”.


