Revenir à la rubrique : Faits divers

Turin, Addis-Abeba, Tana, Réunion… l’incroyable périple du Nigérian au kilo de cocaïne dans le ventre

Ecrit par Gignoux Sébastien – le vendredi 6 février 2026 à 06H09

Arrêté à Gillot le 26 décembre avec 1,1 kg de cocaïne dans l’estomac, ce voyageur nigérian arrivé d’Antananarivo a fait un récit étonnant du périple l’ayant conduit à La Réunion. La marchandise, dit-il, était destinée à l’Italie.

Dans une économie du narcotrafic mondialisé, La Réunion est devenue une destination qui intéresse aussi les trafiquants internationaux. Si la plupart des affaires d’importation de drogue traitées dans l’île prennent racine dans l’Hexagone, les douaniers constatent depuis plusieurs mois que de nouveaux circuits commencent à se développer, en provenance d’autres pays et impliquant de plus en plus de ressortissants étrangers.

En témoigne l’affaire de ce voyageur nigérian de 40 ans, appréhendé le  26 décembre dernier à l’aéroport Roland-Garros à son arrivée du vol Air Austral en provenance d’Antanarivo. Si l’homme ne transporte rien d’illicite dans ses bagages, les agents de la douane flairent le bon coup au vu de la nervosité du passager. Un examen radiologique va confirmer leurs soupçons : dans l’estomac du voyageur, pas moins de 56 ovules de cocaïne, pour un total de 1120 g.

"Du jamais vu"

"Du jamais vu, même en Guyane" affirme ce fonctionnaire des douanes. "Habituellement, les mules ingèrent des ovules de 8 à 10 g maximum. Là, ils faisaient 20 g chacun, pour une quantité totale très importante. Ce qui laisse penser qu'on a affaire à un habitué", ajoute-t-il.

Allant plus loin dans les investigations, fouillant notamment le système "passenger name record" (PNR), les policiers du STPJ vont retracer le long voyage de Micheal N. jusqu’à La Réunion. Parti de Turin, où il réside, une dizaine de jours plus tôt, l’homme est passé par Paris, puis Addis-Abeba en Ethiopie, avant de faire escale à Madagascar et embarquer à La Réunion, où il avait prévu de rester cinq jours.

Aux enquêteurs, il explique avec l’aide d’un interprète qu’il a été recruté lors d’une fête à Turin contre la promesse d'empocher 7.000 euros. Il l’assure, "la drogue n’étais qu’en transit à La Réunion, je devais la ramener à Turin." Il explique avoir récupéré la cocaïne auprès d’un compatriote en Ethiopie, de l’avoir ingérée pour le voyage jusqu’à Tana, où il l’a expulsée et cachée dans le coffre de son hôtel pendant trois jours, avant de la réavaler et d’embarquer pour La Réunion, où il comptait réitérer la manœuvre.

Plusieurs voyages aux Antilles

"Des explications sans queue ni tête" pour les douaniers, persuadés que la destination finale de la marchandise était bien La Réunion et que celle-ci a été remise au passeur à Madagascar. "Un tel trajet coûte cher, avec la possibilité de perdre la drogue ou la mule en cours de route. La destination finale ne pouvait être l’Italie", ajoute la procureure Tiphaine Gastineau, alors que le prévenu a comparu mercredi 5 février devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis.

Autre élément qui fait douter de la version du suspect : les quatre aller-retours effectués entre septembre 2024 et juin 2025 par ce dernier entre Paris, Fort-de-France et Pointe-à-Pitre, pour des séjours de quelques jours seulement. "J’allais voir de la famille mais je n’avais pas assez d’argent pour payer l’hôtel", assure-t-il, quand la justice soupçonne plutôt d’autres transports de drogue entre les Antilles et l’Hexagone, et d'avoir affaire à une véritable mule professionnelle.

D'espoir du foot à passeur de drogue

Mais Micheal N. n’en démord pas. C’est la première fois qu’il se livre à un tel trafic, "pour pouvoir payer les obsèques de mon père au Nigéria." Marié et père de trois enfants, il dit s’être installé en Italie en 2011 dans l’espoir d’y réaliser une carrière de footballeur professionnel. Mais victime d’un kidnapping lors d'un séjour au Nigéria en 2017, il a été blessé grièvement à la jambe. Depuis, il travaille au ramassage des déchets à Turin.

"Tous ces éléments sont démontrés par des documents. Quel intérêt aurait-il à mentir sur le but de son voyage ? Il ne faisait que transiter par La Réunion. C’est un homme désespéré" a plaidé Me Caroline Varignon pour sa défense.

Mais son invraisemblable récit n’a pas convaincu le tribunal, qui l’a condamné à trois ans de prison ferme, une interdiction de séjour à La Réunion pour cinq ans et une amende douanière de 168.000 euros, la valeur estimée de la marchandise.

Lire aussi : Deux Colombiennes jugées pour avoir transporté plus de 5 kilos de cocaïne

Dans la même rubrique

0💬
Tri :