Trafic de zamal Réunion-Maurice : le capitaine de l’Abyss à la barre du tribunal

Ce jeudi 11 juin, le tribunal judiciaire de Saint-Denis juge un vaste réseau de trafic de zamal entre La Réunion et l’Ile Maurice, démantelé par les gendarmes entre mai 2024 et avril 2025. Bertrand De Boivilliers, ex directeur de cabinet à la mairie Sainte-Suzanne, est l’une des quatre têtes d’affiche de ce procès pour exportation de stupéfiants en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs avec pas moins douze prévenus attendus à la barre.
Ce jeudi matin 11 juin, douze prévenus comparaissent devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour répondre des délits d’exportation de produits stupéfiants en bande organisée, d’association de malfaiteurs et/ou de blanchiment, entre janvier 2023 et avril 2025. Parmi eux, neuf sont toujours en détention provisoire et quatre sont soupçonnés d’avoir joué un rôle majeur dans ce réseau qui alimentait l’île sœur en zamal.
En l’espace d’un peu plus de deux ans, une demi tonne au moins d’herbe péi aurait été expédiée à Maurice. Sachant que le kilo se négocie autour de 23.000 euros, cela représente un peu plus de 11,5 millions d’euros. Cet or vert était cultivé, collecté, conditionné et transporté voire stocké par des nourrices avant d’être expédié vers l’île sœur.
De « Smoke » au « capitaine » en passant par « Gros Mal »
Pour briser le cercle infernal des speed-boat mauricien qui s’échouaient ou se fracassaient sur nos côtes, les têtes pensantes ont eu recours à un homme clé. Propriétaire de l’Abyss, Bertrand De Boisvillers a reconnu avoir effectué plusieurs rotations au large de la Réunion pour transborder des dizaines et des dizaines de kilos de zamal en mer. Directeur de cabinet de Maurice Gironcel le jour, il passait la drogue à la nuit tombée depuis le port de Sainte-Marie où son bateau mouillait.

Parmi les têtes de réseau présumés à La Réunion figurent chronologique Gaëtan Petitdemange, arrêté en mai 2024. « Smoke », comme il est nommé dans le milieu, a permis aux enquêteurs de remonter jusqu’au « capitaine », Bertrand De Boisvilliers, mais aussi Guito Louise, dit « Gros Mal », autre tête d’affiche présumé du trafic. Il est aussi suspecté par la police d’avoir pris part à un trafic de cocaïne depuis le centre détention de Domenjod où il se trouve actuellement.
L’énigme « Fantom »
De fil en aiguille, les gendarmes ont identifié à son tour Laurent Mariaye, alias « Columbo » ou encore « Sécurité », soupçonné d’avoir lui aussi été en contact avec le commanditaire mauricien.
L’homme en question, Maraz dit « Fantom », reste une énigme pour la justice réunionnaise. On sait peu de chose de lui si ce n’est qu’il pourrait se prénommer David, mais surtout qu’il est le digne successeur d’un jeune parrain mauricien, Jean-Hubert Célérine alias « Franklin ». Pour mémoire, ce dernier a été condamné en 2024 à six ans de prison ferme pour trafic de stupéfiants, entre La Réunion et Maurice. Dans son pays, il a la réputation d’avoir été proches de certains milieux politiques.
Les seconds couteaux
Aux côtés des têtes d’affiche de cette affaire tentaculaire figurent forcément une série de seconds couteaux. Des petites mains ou des intermédiaires chargés de tâches subalternes, mais indispensables à la bonne circulation des flux de drogue ou d’argent. Cannabiculteurs, transporteurs, nourrices ou lieutenant multitâches composent le plus gros de la troupe.
Parmi eux, trois sont sous contrôle judiciaire et huit en prison. Soit en raison de précédentes condamnations ou de saisies de produits stupéfiant à leur domicile par exemple. Dans ce procès, prévu sur deux jours, les prévenus risquent jusqu’à dix ans de prison.


