Le Port : soupçonnée du meurtre de sa mère, elle désigne "un individu cagoulé de la tête aux pieds"

Mardi 9 juin, une femme d’une quarantaine d’années, mise en examen pour meurtre sur ascendant, a demandé à être placée sous contrôle judiciaire. Mélanie a clamé son innocence, accusant un mystérieux agresseur d’avoir poignardé à mort sa mère, âgée de 71 ans.
Mélanie, petit bout de femme tout en rondeur avec son chignon ajusté et ses fines lunettes posées sur le nez, est invitée par le président de la chambre de l’instruction pour plaider sa cause. D’une voix douce et assurée, la quadragénaire confirme qu’elle veut « bien parler sur les faits ». Elle se lance d’un trait, gommant toute part de responsabilité dans le meurtre qui lui est reproché et dont le magistrat vient tout juste de rappeler les grandes lignes.
Ce crime effarant, qui remonte au 16 octobre 2025, s’est noué dans la très paisible résidence Sénioriale La Palmeraie, rue de Montpellier en plein cœur de la cité portoise. Ce jour-là, un proche de Marie-Madeleine passe à l’appartement que la septuagénaire occupe depuis 2021. Sitôt la porte d’entrée franchie, une vision d’horreur s’offre à lui. Il y a des traces de sang un peu partout, dans le couloir, la salle-de-bain et dans la chambre à coucher.
Coup de couteau fatal à la gorge
« Mado », que tout le monde apprécie dans la résidence, a succombé à ses blessures. Elle porte des traces de coups infligés par un objet contondant mais aussi coupant. Les plaies sur ses mains prouvent que la malheureuse a tenté de résister à son agresseur avant de recevoir un coup de couteau fatal à la gorge.

Le premier suspect envisagé par la police est le compagnon de Marie-Madeleine. Mais les enquêteurs comprennent assez vite que le couple de retraités est à la fois fusionnel et paisible comme l’indique l’entourage familial.
Des blessures confortent les soupçons qui pèsent sur la fille
Par contre, les proches sont beaucoup moins confiants quant au comportement de la propre fille de « Mado ». Ils décrivent Mélanie comme une femme « agressive et violente ». D’ailleurs, sa mère avait fini par couper les ponts après l’avoir longtemps entretenue. Ce n’est que huit jours avant le drame que la mère et la fille avaient renoué le contact.
Les enquêteurs se rendent à son domicile. Là, ils constatent que la quadragénaire est elle-même sérieusement blessée. Elle présente de récentes traces de coupures sur les membres supérieurs compatibles avec les plaies d’auto-défense de la victime.
Un placement à l’Epsmr suivi d’une fuite
Interpellée pour interrogatoire, Mélanie reste muette. Examinée par un médecin, son état est jugé incompatible avec une mesure de garde à vue. C’est ainsi qu’elle est placée sous contrainte à l’Epsmr de Saint-Paul en attendant de pouvoir être entendue. A-t-elle profité d’un défaut de surveillance ou bénéficié d’une écoute attentive ?
Toujours est-il que Mélanie parvient à obtenir une permission de sortie sans que personne à l’Epsrm ne semble en avoir été avisé. Une fois à l’extérieur, elle se réfugie chez elle. Alertés, les policiers s’y rendent à leur tour. Mais elle refuse d’ouvrir sa porte et se retranche dans l’appartement. Finalement, elle est reconduite à l’Epsmr.
Des aveux au bout du fil
Dans l’établissement de santé mentale, elle ne tarde pas à refaire parler d’elle. Elle parvient à se procurer un téléphone portable pour contacter son frère. Au bout du fil, l’homme n’en croit pas ses oreilles. Il est « bouleversé » en entendant le récit de sa sœur. Mélanie lui explique s’être disputée avec sa mère parce que celle-ci refusait de payer son loyer à sa place. Et de préciser qu’elle lui a porté « un coup au cou ». C’est la seule fois où elle a avoué les faits.
Le 7 avril 2026, Mélanie est autorisée à sortir de l’Epsmr. Elle est vite prise en charge par les enquêteurs avant d’être déférée au palais de justice de Champ Fleuri en vue de sa mise en examen. Face aux policiers comme au juge d’instruction, Mélanie est restée de marbre.
« La dangerosité psychiatrique et criminelle de madame n’a pas encore été évaluée »
Ce n’est que lors du débat contradictoire devant le juge des libertés et de la détention que la fille de Marie-Madeleine desserre les dents. Pas pour avouer le crime mais pour le démentir. Elle raconte qu’elle n’a rien à voir avec l’agression de sa mère. Elle désigne même le coupable comme étant un patient croisé à l’Epsmr.
Tout un contexte qui amène sans surprise l’avocate générale à requérir le maintien en détention de la mise en examen. Elle avance le risque de pression sur les témoins, de fuite ou encore de réitération de l’infraction. Sans compter que « la dangerosité psychiatrique et criminelle, tout comme les comportements asociaux de madame, n’ont pas encore été évalués ».
« Un individu cagoulé de la tête aux pieds »
Venue sans avocat, Mélanie prend donc la parole pour plaider sa cause. Faisant fi de tous les indices qui l’incriminent, elle déclare que la CAF lui a coupé les vivres. « Je suis allée chez ma maman pour avoir un peu de sous. On a pris le café, des gâteaux, on a laissé la porte ouverte... Et on a été agressé par un individu. »
Ainsi, elle justifie ses blessures : « Il a pris un couteau et il m’a coupée. » Après lui avoir fait face, elle est « partie », laissant derrière elle « un individu cagoulé de la tête aux pieds ».
« Ça expliquerait mes fugues de l’Epsmr pour rechercher celui qui a tué ma mère car ce n’est pas moi… »
Mélanie n’hésite pas à livrer l’identité d’un pensionnaire « rencontré à l’hôpital psychiatrique ». A l’entendre, il lui aurait tout avoué. Raison pour laquelle elle aurait pris la fuite. « Ça expliquerait mes fugues de l’Epsmr pour rechercher celui qui a tué ma mère car ce n’est pas moi… »
Coupant court à ses explications, elle conclut en regardant le président droit dans les yeux : « Est-il possible que j’aie une assignation à domicile avec un contrôle judiciaire ? » Pas sûr que la décision rendue mardi 16 juin prochain lui soit favorable.


