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Le bassin de baignade de Grande Anse continue à faire des vagues

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 17 décembre 2025 à 06H13

Lundi, le tribunal administratif de Saint-Denis a examiné la requête de plusieurs associations environnementales qui font barrage au projet d’extension du bassin de baignade de Grande Anse porté par le maire de Petite-Ile, Serge Hoareau.

Le bras de fer opposant la commune de Petite-Ile à plusieurs associations comme Vague, Attac, la société Bio-Océan ou encore l’Agence de recherche pour la biodiversité de La Réunion n’en finit pas de faire des vagues. Déjà, en début d’année 2025, elles ont obtenu la suspension de l’autorisation environnementale du projet d’extension du bassin de baignade de Grande Anse, délivrée au terme de l’arrêté du 9 décembre 2024.

Le juge des référés a estimé que le projet, qui vise à doubler la capacité du bassin en le faisant passer de 3.500 à 6.400 m2, ne présentait de mesures compensatrices suffisantes pour garantir la régénération du récif coralien. Précisément, le magistrat notait que les travaux d’enrochement conduiraient à la destruction pure et simple de 114 m2 de coraux sur les 451 m2 existants. Sans assurance de leur redonner vie un jour. Un énorme gâchis dans la mesure où 47 espèces différentes nichent dans le bassin actuel dont l’origine remonte à l’année 1985.

"Les travaux n’auront pas d’effet négatif sur le milieu"

Après cette première manche remportée par le tissu associatif, impliqué dans la protection du littoral et de sa biodiversité, il restait au tribunal administratif à examiner le fond du dossier. Autrement dit la requête des associations désireuses d’empêcher le projet de se réaliser par le retrait de l’arrêté ou, à tout le moins, de faire en sorte que les garanties de sauvegarde des espèces de coraux et de poissons soient absolument préservées.

C’est justement cette requête que les juges ont examiné ce lundi. Sans surprise, le rapporteur public leur a demandé de la rejeter afin d’entériner le projet si cher à Serge Hoareau. Sur les atteintes présumées au récif corallien, il a estimé que "les travaux n’auront pas d’effet négatif sur le milieu". Il a rappelé aussi que les travaux d’extension se limiteront "à un prolongement du bassin existant".

"Une recolonisation importante du bassin sans perte nette pour la biodiversité"

Sur les risques que les travaux feraient courir au Gecko de Manapany, il a précisé que l’impact est peu significatif puisque l’emblématique petit lézard niche à l’écart du futur chantier. Concernant la protection à hauteur de 75% dont bénéficient les côtes réunionnaises, il a fait remarquer que "la frange littorale de Petite-Ile n’y figure pas".

Pour autant, il n’envisage pas qu’il faille hypothéquer l’avenir des quelques 72 variétés de poissons et des 47 espèces de coraux qui s’épanouissent dans le bassin de baignade actuel. Il rappelle à ce propos que le projet envisage "une recolonisation importante du bassin sans perte net pour la biodiversité". Par contre, il écarte d’un revers de manche "tout risque caractéristique pour la baleine à bosse, la tortue verte et le grand dauphin".

114 m2 de récif corallien menacés de disparition

Pour sa part, l’avocat des associations soutient qu’aucune garantie n’a été apportée quant à la reconstitution des 114 m2 de récifs coralliens que l’extension du bassin de baignade menace d’anéantir. Il est même persuadé du contraire. Aussi, il attend de la commune qu’elle "puisse justifier de mesures compensatoires". Selon lui, la pression humaine dans un espace fermé comme le nouveau bassin de baignade est définitivement préjudiciable au récif corallien.

C’est d’autant plus vrai qu’il ne sera plus en contact avec la plage de sable blanc comme c’est le cas actuellement grâce aux brèches offertes par l’enrochement partiel de l’ancien bassin. L’avocat est même persuadé que le récif corallien disparaîtra à terme. Raison pour laquelle la commune qualifie d’expérimentales les mesures qui visent à réduire les effets nocifs sur les coraux.

"Un espace favorable à la biodiversité avec un habitat naturel multiplié par 15"

L’avocat de la commune de Petite-Ile ne partage évidemment pas les craintes des associations. Il précise que le premier arrêté d’interdiction de la baignade remonte à l’année 2014. Sachant que la biodiversité avait déjà prospéré lors d’une étude réalisée en 2005, il en déduit que la fréquentation humaine n’est pas vraiment un obstacle au développement corallien.

Il relativise l’impact global de l’extension du bassin de baignade par la superficie limitée à seulement 114 m2 de colonie détruite. Soit 3,4% du site concerné. L’avocat est même convaincu que le mur de protection édifié dans le cadre du projet d’extension "permettra de créer un espace favorable à la biodiversité avec un habitat naturel multiplié par 15".

"La turbidité de l’eau sera contrôlée avec un seuil d’alerte extrêmement bas"

La robe noire assure enfin qu’il y aura "un suivi de population pour s’assurer que ce qui a été promis va être mis en œuvre". Il précise notamment que "la turbidité de l’eau sera contrôlée avec un seuil d’alerte extrêmement bas". Le moindre panache turbide devrait donc "déclencher un système d’alerte précoce et immédiat". Ceci afin de fermer les vannes. C’est-à-dire d’interdire la baignade jusqu’à nouvel ordre, doit-on comprendre.

L’affaire a été mise en délibéré avec une décision probable en début d’année prochaine.

Etiquettes : Grande Anse | Petite-Île

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