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Municipales : le RN veut peser dans les urnes réunionnaises

Ecrit par S.I. – le vendredi 13 juin 2025 à 09H04

Fort des scores du RN aux élections nationales, Jean-Jacques Morel prend les rênes de l’antenne réunionnaise avec un objectif clair : s’implanter dans les communes. Il mise sur de nouveaux visages et des listes d’ouverture pour s’implanter dans un paysage politique dominé par la gauche et le centre-droit. 

À moins d’un an des élections municipales, le Rassemblement national (RN) à La Réunion accélère sa structuration pour renforcer son implantation locale. Jean-Jacques Morel, récemment nommé délégué départemental du parti, succédant à Johnny Payet, maire de La Plaine-des-Palmistes, livre sa vision et ses ambitions pour les échéances électorales à venir. Fort des scores encourageants du RN aux dernières présidentielles, européennes et législatives, le parti entend désormais peser dans le paysage politique réunionnais. 

Lire aussi : Jean Jacques Morel remplace Johnny Payet à la tête du RN 974

Une transition pour libérer Johnny Payet et structurer le parti

Jean-Jacques Morel, conseiller régional d’opposition, prend la tête de l’antenne locale du RN avec l’objectif de poursuivre le travail initié par ses prédécesseurs, Joseph Rivière et Johnny Payet. "Johnny Payet a été un grand délégué départemental et en tant que maire, il a transformé La Plaine-des-Palmistes grâce à des projets comme la piscine, les terrains de sport ou la rénovation du centre-ville, en s’appuyant sur des financements européens. Nous voulons le libérer pour qu’il se concentre sur sa réélection", explique-t-il. 

Soutenu par d'autres cadres du RN local comme Marie-Luce Brasier-Clain, eurodéputée, et Joseph Rivière, député de la 3e circonscription, Jean-Jacques Morel ambitionne une implantation municipale plus marquée. Pour ce faire, le RN a ouvert une permanence au Chaudron, à Saint-Denis, et un site internet "où tout citoyen, même non-membre", peut postuler pour les municipales. Des responsables communaux ont également été nommés dans plusieurs grandes villes pour intensifier le travail de terrain.

Une critique acerbe de "l'UMPS"

Jean-Jacques Morel dresse un constat sévère du contexte politique réunionnais, qu’il qualifie de verrouillé par une alliance "UMPS" entre des figures de la gauche (Huguette Bello, Ericka Bareigts) et du centre-droit (Cyrille Melchior, président du Département et leader de Nouvel’R). "Nous sommes les seuls à défendre le statut de département français, contrairement à ceux qui, à Paris, prônent des discours contraires à leurs déclarations locales", assène-t-il, pointant du doigt un "double discours" sur des sujets comme l’amendement Virapoullé, la départementalisation ou l'immigration. "Je prends l'exemple de Jean-Hugues Ratenon : il tient un discours anti-immigration clandestine à Saint-Benoît, où il est candidat, en prônant le renvoi des détenus originaires de Mayotte, tout en soutenant à Paris une ligne favorable à une France ouverte à l’immigration, alignée sur les positions de LFI", dénonce Jean-Jacques Morel.

Ce dernier fustige également "l’inaction" des élus en place face aux défis majeurs : "Les Réunionnais, des plus modestes aux classes moyennes, sont pauvres. Rien n’a été fait sur le pouvoir d’achat. Les mesures comme la baisse des taxes sur l’octroi de mer ou la gratuité des transports Car jaune restent inachevées. L’insécurité explose dans des villes comme Saint-Denis, Saint-André ou Saint-Benoît, sans renforcement des moyens de police municipale. Quant à l’immigration clandestine, elle empoisonne la vie des quartiers populaires". Pour lui, le RN incarne une alternative "crédible" face à cette "déficience totale" des responsables politiques actuels.

Une stratégie électorale pragmatique

Pour les municipales, le RN mise sur une double stratégie : des listes estampillées RN ou soutenues par le parti, mais aussi des listes d’ouverture avec des candidats divers-droite pour rassembler l’opposition dans les communes détenues par la gauche. "Je préfère gagner une commune avec un accord politique plutôt que tout perdre", affirme l'avocat dionysien. Si une dizaine de candidats potentiels ont déjà été identifiés, notamment à Saint-Pierre et Saint-Benoît, le parti reste prudent dans certaines communes où l’opposition est fragmentée, comme à Saint-Denis. Dans ce cas, le RN pourrait rejoindre une liste de rassemblement ou présenter ses propres couleurs. Des discussions ont même été engagées avec un certain nombre de maires, au moins trois selon nos informations. 

Le RN souhaite promouvoir des profils variés : "Des nouveaux visages, qu’ils aient été élus par le passé ou non, qui veulent préserver l’identité réunionnaise", précise son responsable local. L’objectif est de renouveler le personnel politique en attirant des figures de la société civile, tout en s’appuyant sur des cadres du mouvement comme Johnny Payet. Le parti ne se focalise pas sur des mairies prioritaires, mais vise à élargir son influence, tout en évitant de présenter des candidats fantoches dans des communes où les chances de succès sont faibles.

Si le RN s’aligne sur ses thématiques nationales – sécurité, immigration, pouvoir d’achat –, Jean-Jacques Morel insiste sur des spécificités ultramarines. Il appelle à un retour des grandes lois de défiscalisation de 1986 pour relancer l’économie, soutenir les PME et créer des emplois. Sur le pouvoir d’achat, il propose un contrôle accru des marges des grands groupes et des sanctions contre les monopoles. Sur la sécurité, il déplore l’insuffisance des moyens municipaux, comme à Saint-Denis, où "les rues sont plongées dans le noir et la vidéosurveillance n’a pas évolué depuis 20 ans".

"Les choses évoluent"

Interrogé sur les scores contrastés du RN – plus forts au niveau des élections nationales, mais plus faibles lors des échéances locales –, le délégué départemental du RN relativise : "Les maires réunionnais, avec seulement 24 communes pour un département, exercent un pouvoir important, notamment via les CCAS. Mais les choses évoluent. Aux dernières législatives, nous étions présents dans toutes les circonscriptions au second tour et avons remporté une circonscription". 

Il note également un accueil de plus en plus favorable des électeurs : "Les gens sont contents de voir des figures comme moi au RN. Ils perçoivent le double discours de la gauche et la déception de la vieille droite". 

Ouvrir le dialogue... mais avec "cohérence"

Enfin, Jean-Jacques Morel se dit ouvert à des alliances avec d’autres forces politiques sur des projets structurants, mais à condition qu’elles partagent une vision commune. "Nous ne ferons pas d’alliances avec l’UMPS de Cyrille Melchior, qui mélange droite et gauche sans cohérence", prévient-il. Il tend en revanche la main aux électeurs et militants de droite déçus, notamment ceux de LR, pour rejoindre un RN qu’il décrit comme "normalisé, respectable et ancré dans l’identité réunionnaise".

À l’approche des municipales, le RN, sous l’impulsion de Jean-Jacques Morel, affiche ses ambitions : s’implanter durablement, proposer une alternative crédible et répondre aux attentes des Réunionnais sur le pouvoir d’achat, la sécurité et l’identité. Reste à voir si le parti saura transformer ses scores nationaux en succès locaux face à des maires solidement installés.

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