L'arrêté de catastrophe naturelle est insuffisant pour Manuel Valls

Le gouvernement a publié au Journal officiel l'arrêté de catastrophe naturelle pour La Réunion suite au passage du cyclone Garance. Si toutes les communes sont concernées par l'arrêté, l'absence de la reconnaissance des « vents cycloniques » pour la quasi-totalité des communes de l'Est et du Nord, à l'exception de Sainte-Marie et Sainte-Rose, a crispé les élus locaux. Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, demande une saisine complémentaire de la commission pour en tenir compte.
Paru ce matin au Journal officiel, l'arrêté de catastrophe naturelle pour les 24 communes de La Réunion est un premier pas pour les sinistrés réunionnais. Mais l'absence de reconnaissance des « vents forts » pour la quasi-totalité des communes réunionnaises, à l'exception de Sainte-Rose et Sainte-Marie, pourrait être préjudiciable pour de nombreux assurés.
Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, bien conscient du problème, a décidé de communiquer sur le sujet. « L'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour La Réunion a été publié ce matin, sur la base des premiers éléments recueillis auprès de Météo France. Le ministre d'État, ministre des Outre-mer, Manuel Valls, considère cette reconnaissance comme insuffisante et n’est pas satisfait par le périmètre des sinistres couverts par l'arrêté car il ne reflète pas la réalité des dévastations causées par le cyclone Garance. Le ministre a souhaité la prise rapide de ce premier arrêté pour permettre le lancement des premières indemnisations et demande désormais une saisine complémentaire de la commission pour tenir compte de la violence du cyclone, avec des vents dépassant les 215 km/h selon Météo France. Pour le ministre, la réponse de l'Etat doit être à la hauteur de sa promesse de solidarité envers La Réunion, sans demi-mesure et sans délai », explique le ministère.
L'indignation de Serge Hoareau
Pourquoi cette réaction ? Les élus réunionnais sont vent debout contre l'arrêté qu'ils jugent bien insuffisant au regard des dommages causés par Garance. Le courrier que s'apprête à écrire le président de l'Association des maires du département de La Réunion (AMDR), Serge Hoareau, aux ministres concernés va dans ce sens. Dans un communiqué, il explique être « totalement stupéfait et déçu de constater que toutes les communes lourdement impactées » ne soient pas « logées à la même enseigne. »
Serge Hoareau, président de l'AMDR :
« En effet, sur les 24 communes que compte notre île, et qui ont toutes subi d'importants dégâts dus au passage de Garance, seules deux communes ont obtenu la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour « vents cycloniques ».
Parallèlement, 22 ont obtenu la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour « inondations et coulées de boue », laissant Saint-Pierre et Saint-Philippe sur le bord du chemin. En tant que président de l'Association des Maires du Département de La Réunion, et à ce titre représentant des intérêts des 24 communes de notre île, je ne peux décemment pas laisser passer une telle iniquité.
Comment peut-on justifier un tel arrêté alors que des communes, notamment dans l'Est de l'île, sont totalement sinistrées après avoir subi des vents cycloniques supérieurs à 200 km/h ? Comment peut-on expliquer à des familles qui ont déjà tout perdu qu'elles ne pourront pas se tourner vers l’État pour se faire indemniser et qu'elles vont devoir s'engager dans des procédures complexes et incertaines avec leurs assureurs et probablement leurs constructeurs ? »
Les dégâts couverts par la garantie tempête des assurés
Dans les faits, qu'est-ce que cette absence de reconnaissance change pour les assurés réunionnais victimes de sinistres après le passage du cyclone Garance ? Contacté, le président du comité des assureurs de La Réunion, James Huet, explique que les « dégâts » seront bien couverts par les assurances des sinistrés.
« Pour certaines communes, c'est leur garantie tempête qui va prendre en charge les dégâts », précise-t-il, tout en ajoutant que le premier jet de cet arrêté – une nouvelle commission se tiendra pour prendre en compte les remontées du terrain – est jugé « étonnant » au regard des dégâts, notamment dans l'Est, où de nombreuses maisons ont eu leur toit arraché par les vents cycloniques de Garance. Météo France avait publié une carte très intéressante à ce sujet, rappelant que les vents provoqués par le passage de Garance n'avaient jamais été enregistrés depuis 50 ans.

Un niveau d'indemnisation en fonction du contrat
En attendant une possible réévaluation de l'arrêté, les assurés vont devoir se tourner vers leur propre contrat. Si le dommage tempête existe, les franchises ou les exclusions peuvent varier d'un assureur à l'autre. « Il est important de rappeler que l’assuré sera indemnisé pour les dommages à son habitation, que l’arrêté de catastrophe naturelle soit pris ou non », rappelle James Huet. Sauf que la franchise de 380 euros ne sera pas applicable pour le moment. « Elle sera arrêtée en fonction du contrat de l'assuré. »
« L'assureur ne change pas de vision parce qu'il y a l'arrêté de catastrophe naturelle. Peut-être que certains contrats vont exclure des biens au titre de la garantie tempête, qui étaient couverts au titre de la garantie catastrophe naturelle. Mais l'assureur sera toujours là et prendra en charge », affirme James Huet.
On le rappelle, mais pour que les vents cycloniques soient retenus, il faut que les vents maximaux de surface enregistrés ou estimés sur la zone sinistrée aient atteint ou dépassé 145 km/h en moyenne sur 10 minutes ou 215 km/h en rafales. La même situation s'était produite lors du passage du cyclone Belal en janvier 2024, ce qui avait donné lieu à des expertises complémentaires nécessaires et à de nouvelles réunions de la commission interministérielle.
À la vue des réactions indignées, de la réalité du terrain et de la récente sortie du ministre, la composante vents forts devait être réintégrée rapidement dans l'arrêté de catastrophe naturelle.
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