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Un gouvernement composé d'amateurs, bonjour la cacophonie

Comme je vous le disais hier, les premiers jours du gouvernement sont pour le moins chaotiques. Et cette atmosphère délétère risque de continuer jusqu’à la prochaine dissolution. Qui ne peut pas intervenir avant juillet 2025 en raison de la Constitution !
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 25 septembre 2024 à 20H24

 

Le feu a été mis aux poudres par le nouveau ministre de l’Économie, Antoine Armand, qui a déclaré mardi matin sur France Inter qu’il était prêt à discuter avec tous les députés, même ceux de LFI, mais pas avec ceux du RN, un parti qui, selon lui, n’appartient pas à “l’arc républicain”.

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Vous imaginez la réaction de Marine Le Pen, qui s’est empressée de rappeler au Premier ministre que sa survie dépendait de son bon vouloir et qu’il avait donc intérêt à calmer son bouillant ministre. "Je pense que le Premier ministre doit aller expliquer à l’ensemble de ses ministres quelle est la philosophie de son gouvernement, car il semblerait que certains n’aient pas totalement compris", a-t-elle balancé. Tandis que Laure Lavalette déclarait : "Il semblerait que certains n’aient pas encore totalement compris dans quel nouveau monde nous vivons. Nous allons vous l’enseigner".

Les choses auraient pu en rester là, mais Michel Barnier a été plus loin, beaucoup plus loin. Il a appelé Marine Le Pen pour s’excuser et lui promettre que cela ne se reproduirait plus. Et dans la foulée, il a passé une engueulade au pauvre Antoine Armand, qui a dû se fendre d’un communiqué officiel pour s’excuser à son tour.

“Tu ne fais pas un acte d’autorité quand tu n’as que 47 députés"

Il n’en fallait pas plus pour enflammer le landernau politique parisien. À commencer par les députés Ensemble Pour la République, les élus macronistes dont Antoine Armand est issu. “Tu ne fais pas un acte d’autorité quand tu n’as que 47 députés et que tous les autres ne sont pas de ta famille politique”, a déclaré très en colère un cadre EPR à Politico, rappelant au passage à Michel Barnier que son groupe ne pèse que 47 députés, contre 96 pour celui de Gabriel Attal.

Bien évidemment, les choses n’en sont pas restées là. Certains ont joué au pyromane tandis que d’autres tentaient de calmer le jeu. "J’ai toujours dit que je ne soutenais pas les idées du RN, j’ai d’ailleurs bénéficié du soutien du front républicain pour être élue [aux législatives anticipées, ndlr] et je ne l’oublie pas. Le RN porte des idées qui sont dangereuses pour le pacte républicain, je le redis, donc je n’adhère pas aux idées du RN. Les idées du RN sont dangereuses", a par exemple affirmé la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, qui représente l’aile gauche de la Macronie, malgré les consignes d’apaisement du Premier ministre. Tandis que son prédécesseur, à l’inverse, Christophe Béchu (Horizons), dans un registre opposé, considérait que traiter les députés LFI et RN "comme des députés de seconde zone [était] une erreur". Bonjour la cacophonie !

Même les chefs de partis s’en sont mêlés. Gérard Larcher, président LR du Sénat, a déclaré que "l’attitude du gouvernement" devait être "de parler à tout le monde". Tandis qu’Olivier Faure affirmait de son côté que "Michel Barnier gouvern[ait] sous la tutelle de l’extrême droite". Le premier secrétaire du Parti socialiste a dénoncé "une porosité idéologique manifeste entre la droite et l’extrême droite". Tandis que François Hollande considérait l’appel de Michel Barnier à Marine Le Pen comme "grave" et représentant un "aveu" de la "dépendance du gouvernement" au parti d’extrême droite.

Ajoutez à cela les piques que s’envoient déjà Bruno Retailleau, le nouveau ministre de l’Intérieur, situé à la droite de la droite, qui veut plus de répression et de prisons et moins d’immigration, et Didier Migaud, le ministre de la Justice, qui se dit socialiste, qui lui a rétorqué "que la justice est indépendante dans notre pays et que c’est une chose essentielle". Et qu’il entendait bien le rappeler à son collègue de l’Intérieur. Bonjour l’ambiance !

Ce qui m’inquiète, c’est que nous risquons de connaître cette atmosphère délétère jusqu’à la prochaine dissolution. Qui ne peut constitutionnellement pas intervenir avant juillet 2025. Ça promet !

Et pour finir de jeter de l’huile sur le feu, comme si cela ne suffisait pas, on a également appris hier que le meurtrier de la jeune étudiante prénommée Philippine, dont le corps a été retrouvé enterré dans le bois de Boulogne, était un immigré récidiviste, déjà condamné pour viol, et sous le coup d’une OQTF, c’est-à-dire d’une obligation de quitter le territoire français, qui n’avait pas pu être exécutée parce que son pays d’origine, le Maroc, avait usé de mesures dilatoires pour faire dépasser les délais légaux et ne pas avoir à l’accueillir sur son sol.

Lire aussi : Meurtre de Philippine : le suspect, déjà condamné pour viol, arrêté en Suisse

N'en jetez plus, la coupe est pleine.

J’en aurai fini avec l’amateurisme de ce gouvernement en vous révélant que Michel Barnier a également été obligé de passer un autre appel téléphonique, cette fois au maire de Cannes, par ailleurs président de l’Association des maires de France, pour s’excuser d’une autre bourde, cette fois de la part d’Agnès Pannier-Runacher, qui avait minimisé la veille sur France 5 les inondations qu’avait subies sa ville.

Les mois à venir s’annoncent mouvementés pour Michel Barnier

La Gauche aussi a aussi ses problèmes à régler. Lucie Castets, vous vous souvenez, celle qui se voyait déjà Premier ministre, a affirmé hier être "plutôt favorable" à la régularisation de "tous les sans-papiers". Ce qui a obligé Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, à la contredire immédiatement en estimant que seuls ceux qui travaillent doivent être régularisés.

"Notre position est de dire qu’il faut en finir avec une forme d’hypocrisie, avec ces femmes et ces hommes qui font tenir le pays debout, qui travaillent, qui sont dans des conditions souvent d’exploitation, et ceux-là doivent être régularisés. Et c’est à cela que je me tiens", a précisé le patron du PS.

Selon lui, "la logique" est de faire repartir les immigrés en situation irrégulière qui ne travaillent pas "vers leur pays d’origine".

Nous n’avons pas fini d’avoir ces dissensions internes aux deux grands blocs de Gauche et de Droite, tant ils sont tous deux partagés entre des modérés et des extrémistes. Les modérés étant représentés par les centristes du côté du gouvernement et par le PS dans le NFP. Tandis que parmi les extrémistes, on retrouve la droite de la Droite au sein du gouvernement, ceux qui ont voté contre le mariage pour tous et l’inscription du droit à l'avortement dans la Constitution, et les membres de LFI au sein du NFP.

Ça promet encore bien des polémiques des deux côtés de l’échiquier politique !

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