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Saint-Leu : Une maison de quartier qui inquiète

Un collectif de riverains de la future maison de quartier de la Zac Roche Café affiche son scepticisme devant le choix de la parcelle. Ses membres craignent un glissement de terrain en cas de cyclone ou de fortes pluies.
Ecrit par Maxime Bonnet – le samedi 16 décembre 2023 à 14H00

Si le projet date de 2007, avec la construction de la Zac Roche Café, la maison de quartier prévue n’a jamais convaincu les riverains. Longtemps repoussé, le chantier a pourtant débuté fin novembre avec le défrichement de la parcelle. “Il y a une maison de quartier à 600 mètres d’ici et qui est sous-utilisée”, souligne Jacqueline, membre du collectif de riverains. Car en plus des nuisances potentielles, les habitants sont vent debout contre la suppression de l’un des rares espaces boisés du quartier. “On peut voir des papangues, des tangues ou des pétrels. Partout à La Réunion, on cherche à protéger les endroits boisés, sauf à Saint-Leu", s’agace Jacqueline. "On a proposé à de multiples reprises de garder cet espace et d’en faire un parcours sportif mais personne ne nous écoute”.

Car si cette construction était bien prévue dès la construction du quartier, les membres du collectif notent que de nombreux aménagements ont déjà été amendés ou modifiés depuis. “Un EHPAD était prévu, mais sa construction a été annulée, alors que c’était l’une des raisons qui m’avait poussée à m’installer ici. Mais alors qu’on dit que ce n’est pas le bon endroit, notamment aussi pour des questions d’accès, ils refusent d’entendre raison”, pointe Valérie, une autre riveraine.

“J’ai peur pour ma maison”

Bien que la préservation d’un espace naturel et une préoccupation sur de futures nuisances sont des éléments non négligeables pour le collectif d’une cinquantaine de riverains, c’est bien la fragilité de la parcelle qui les inquiète. “Ils veulent faire une maison de quartier et un plateau sportif synthétique avec une promesse que seulement 15% de la parcelle seront artificialisés. Mais ils n’ont pas vu que cet endroit posait un problème sur l’écoulement des eaux de pluie”, poursuit Jacqueline.

Un rapport commandé par CBO Territoria précise bien que la parcelle est constructible, tout en nuançant qu’on “ne pourra néanmoins exclure la présence de résurgences à des profondeurs variables et dont les débits peuvent augmenter en fonction de la pluviométrie”. Et c’est justement cela qui inquiète les riverains. “On nous a promis un mur moellon, mais cela ne retient pas l’eau. Avec le changement climatique, nous allons avoir des pluies de plus en plus fortes, sans même parler des cyclones. J’ai peur pour ma maison. Et une dizaine d’autres sont, elles aussi, menacées en cas de glissement de terrain”, explique Valérie.

Malgré des réunions entre les riverains, la mairie et CBO Territoria, chacun campe sur ses positions, et les pelleteuses continuent leur travail. Interrogée, la mairie de Saint-Leu renvoie vers CBO, le maître d’œuvre, tout en précisant que “de nombreux échanges avec les riverains ont eu lieu, et le projet a déjà été revu à la baisse”.

“Ils ont choisi de s’installer là sachant que la Maison allait se faire”

De son côté, CBO Territoria nuance les remarques soulevées par le collectif de riverains tout en reconnaissant qu’un écoulement d’eau a été remarqué par ses équipes. “Suite à un phénomène météorologique en novembre, nous avons effectivement constaté une venue d’eau sur la parcelle qui n’était pas prévue”, affirme Olivier Payet, directeur des investissements et des aménagements de CBO.

Des études complémentaires doivent avoir lieu pendant les congés du bâtiment. “Nos hydrauliciens sont en train de prendre la mesure de ces écoulements, et nous avons pris des mesures conservatoires pour sécuriser la parcelle en attendant leurs conclusions. Elles sont attendues d’ici janvier ou février. Une fois que nous les aurons, il faudra également un temps d’échange avec la mairie”, poursuit Olivier Payet.

CBO précise que deux enrochements, l’un pour canaliser l’eau et un autre en bordure de parcelle pour retenir l’eau, ont été faits pour éviter tout incident durant la période cyclonique. “Il y a pour autant peu de chance que la construction de la Maison de quartier soit remise en cause, seule la partie voirie et plateau sportif semble pour l’instant impactée par cette découverte. Cette partie de l’aménagement peut donc être amenée à évoluer. D’après les premiers éléments dont nous disposons, un glissement de terrain paraît peu probable. Seuls des écoulements de boue paraissent être possibles”, tente de rassurer ce cadre de CBO.

Plus intéressant encore, l’aménageur tacle les riverains mécontents en rappelant que leurs parcelles ont aussi été défrichées de cette manière pour permettre leurs installations. “Ils n’étaient pas encore là, mais nous avons dû aussi ‘décaper’ leurs terrains pour qu’ils puissent construire. Remettre en cause cet équipement, c’est remettre en cause tout le projet. Elle est annoncée depuis le début de la Zac. Ils ont choisi de s’installer là sachant que la Maison allait se faire. Les nouveaux habitants attendent, eux aussi, des services et des aménagements, et la Ville juge ce projet nécessaire”, poursuit le maître d’œuvre.

D’ailleurs, CBO précise que sur les 11 000 m² que compte la parcelle, seuls 2500 m² seront “décapés”, 1350 m² seront imperméabilisés et 1100 m² seront replantés avec des espèces endémiques. “Nous avons proposé aux habitants de participer au reboisement”, affirme-t-on du côté de CBO. Enfin, sur l’abandon du projet d’EHPAD, CBO précise “qu’aucun opérateur n’a validé ce site, car il n’est pas assez bien connecté au réseau de transports et aux services. La mairie a donc décidé de reporter cette résidence pour personnes âgées dans un autre quartier mieux desservi”.

Si les études attendues pour l’année prochaine confirment la faisabilité du projet, la Maison de quartier devrait voir le jour fin 2024.

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