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École, Laïcité : Deux voies pour faire nation

Mohamed Aït-Aarab revient sur la barbarie qui a frappé Arras et qui endeuille la France.
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 18 octobre 2023 à 09H07

À quelques heures de l’hommage que la nation s’apprêtait à rendre à Samuel Paty, la barbarie frappait à Arras. Dominique Bernard, professeur de français à la cité scolaire Gambetta-Carnot, était assassiné par un dénommé Mohamed Mogouchkov, 20 ans,originaire de la république russe d’Ingouchie.

Ce drame qui endeuille, au-delà de la communauté éducative, le pays dans son ensemble, doit nous rappeler que nous ne pouvons faire nation sans un socle commun de valeurs et de principes unanimement acceptés, collectivement défendus. L’école est le lieu où se définit le territoire commun de notre vivre ensemble, si tant est que cette expression galvaudée, à intense usage marketing, signifie encore quelque chose. En s’attaquant à l’école, aux enseignants et à toutes celles et tous ceux pour qui l’esprit critique n’est pas une application optionnelle du cerveau humain, les intégristes de tout poil nous adresse un message clair : ils veulent détruire ce que nous avons mis des siècles à édifier et que nous chérissons : la démocratie, l’égalité homme/femme, la liberté absolue de conscience…

Mais sauver l’école, ce n’est pas la couvrir de portiques ou de barbelés pour en faire un pseudo-sanctuaire d’où toute intelligence serait bannie. Sauver l’école, c’est la remettre au cœur du dispositif républicain en lui donnant réellement les moyens humains et financiers pour remplir sa mission éducative, culturelle, citoyenne. Mission d’autant plus urgente à l’heure où « la fabrique du crétin digital »* tourne à plein régime.

La laïcité est le second pilier de la construction républicaine. Une République accueillante, solidaire, fraternelle, à tous ses citoyens (oui, je sais, ça fait un peu “Bisounours”, mais quel monde serait le nôtre sans les fous, les rêveurs, les utopistes, les poètes ?). Il fut un temps où certains revendiquaient une laïcité positive, inclusive, ouverte… et j’en oublie certainement. Outre que je ne sais pas ce qu’est une laïcité positive, inclusive, ouverte, j’ai surtout le sentiment que les promoteurs de ce type d’adjectivation visent uniquement à détricoter la laïcité française pour la transformer en une juxtaposition de communautés à la manière anglo-saxonne.

En décembre 1789, au moment où se posait la question de l’accession des Juifs à la citoyenneté, Stanislas de Clermont-Tonnerre déclarait, dans un discours devenu historique : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus ».

La laïcité est ce qui nous prémunit contre les identités meurtrières et permet un authentique vivre ensemble, réunissant.

« Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas »

Extrait de « La Rose et le réséda », poème de Louis Aragon, en hommage aux résistants
Gabriel Péri, Honoré d’Estienne d’Orves, Guy Moquet et Gilbert Dru.

PS : En ces temps où la confusion règne et où dominent les passions tristes, il est important de ne pas banaliser le 9 décembre, journée nationale de la laïcité.

*J’emprunte l’expression à Michel Desmurget, spécialiste en neurosciences et auteur, en 2019, d’un essai à
mettre entre toutes les mains, La Fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants (Le Seuil,
2019).

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