Vidéo - Le Département dévoile sa feuille de route dans la lutte contre les violences intrafamiliales

À la lecture des chiffres dévoilés ce jeudi, la situation est particulièrement alarmante à La Réunion concernant les violences intrafamiliales (VIF). Selon les chiffres de l'Observatoire réunionnais des violences faites aux femmes (Orviff), 17 femmes ont été assassinées dans l'île entre janvier 2006 et janvier 2021 dont 5 par leur conjoint pour la seule année 2018. Dans le même temps, 2340 plaintes pour violences conjugales dont 89% concernant des femmes ont été déposées en 2019, en hausse de plus de 16% par rapport à 2018. Toujours en 2019, plus de 1 500 femmes ont été reçues dans les 7 lieux d'écoute et d'orientation et dans les 2 accueils de jour en 2019 répartis sur l'ensemble du département, et 1897 personnes ont été reçues la même année par les ISCG.
Et le confinement de l'an dernier n'a pas arrangé les choses, bien au contraire : entre mars et mai 2020, 52% des faits de violences se sont produits dans le cadre du couple contre 23% sur la même période en 2019, indique l'ARAJUFA. 39 femmes ont bénéficié du dispositif Téléphone Grave Danger (TGD) entre le 1er janvier et le 31 octobre 2020, contre 17 en 2019 sur la même période.
Souvent critiquées par les proches des victimes pour l'absence de prise au sérieux des cas ou des interventions lorsqu'il est déjà trop tard, les autorités ont néanmoins amplifié leurs actions ces dernières années. En 2019, il y a eu 6934 interventions de la police et la gendarmerie pour des violences intrafamiliales (+11,8% par rapport à 2018) et les tribunaux judiciaires traitaient en moyenne 4 affaires par jour, contre 3 par jour en 2018. Au niveau des ordonnances de protection, 64% des demandes ont par ailleurs été accordées en 2019.
"Il y a vraiment un travail à faire au niveau sociétal. Nous voyons que ces violences reviennent et c'est un indicateur des difficultés de ce qui se passe dans la société. On a tout le pan de notre histoire qui est aussi à explorer pour trouver les racines de ces violences, pour ne pas être dans le jugement mais comprendre ces mécanismes pour pouvoir venir à bout de ce fléau", explique Flora Augustine-Etcheverry, vice-présidente déléguée à la prévention et à la lutte contre les violences intrafamiliales.
Depuis 2005, année où la lutte contre les violences intrafamiliales est devenue cause nationale et locale, le Département a mis en place un certain nombre d'actions et d'infrastructures pour venir en aide aux victimes. Cela concerne aussi bien la prise en charge de leur hébergement (convention avec les Pensions, gîtes et hôtels - PGH ou les Centre d'hébergement d'accueil d'urgence - CHAU), en relais familiaux pour les femmes avec enfants de moins de 3 ans, ou avec les taxiteurs pour garantir la mise à l'abri de la victime et de ses enfants dans les plus brefs délais. La collectivité départementale a également financé 4 services d'accueil d'urgence temporaire (SAUT) et cofinancé avec l'Etat des postes d'ISCG, qui sont passés de 4 en 2010 à 8 en 2020.
D'ici décembre 2021, le Département va recruter 5 ISCG supplémentaires, portant leur total à 13 sur l'ensemble de l'île, ainsi qu'un psychologue qui fera de l'île le seul département français avec une équipe ISCG aussi importante. Un poste d'intervenant social VIF au CHU de St-Pierre va être également créé au sein du service de médecine légale au CHU Sud. Avant la fin de l'année, La Réunion disposera d'une capacité d'environ 50 places en SAUT et à compter de l'an prochain, la région Est devrait également bénéficier de l'implantation d'un SAUT afin de favoriser une couverture territoriale plus équilibrée.
La collectivité départementale travaille par ailleurs à la mise en œuvre du Centre de prise en charge des auteurs (CPCA), porté par le réseau VIF, afin de laisser la possibilité à la victime et ses enfants de rester dans la maison familiale. Autre action d'envergure lancée prochainement par le Département, le lancement prochain d'une Caravane d'accès aux droits et de l'information "pour aller vers et rompre l'isolement des publics fragiles", explique Cyrille Melchior. Ces caravanes proposeront par exemple toute l'offre de services du Département (PMI, action sociale, PA, insertion) et à l'occasion de la grande campagne de sensibilisation sur les violences intrafamiliales lancée prochainement, une équipe d'ISCG ainsi que leurs partenaires associatifs sur la thématique VIF y tiendront une permanence.


