Nalini Merlo-Vélopoulé : "Je ne veux pas que mes policiers municipaux jouent aux cow-boys"

L'actualité métropolitaine récente a remis sur le devant de la scène médiatique une problématique sensible : les attributions et équipements des policiers municipaux et la conjugaison de leurs forces avec celles de la police nationale et de la gendarmerie.
En effet, à la suite du meurtre, jeudi dernier à Villiers sur Marne, d'Aurélie Fouquet , policière municipale de 26 ans, Brice Hortefeux a annoncé l'imminence d'un décret autorisant les policiers municipaux à utiliser le Taser et ce, malgré l'avis défavorable du Conseil d'État.
De même, Frédéric Foncel, responsable du Syndicat national de la police municipale SNPM-CFTC (majoritaire), réclame "des moyens de protection et des moyens de riposte. Autrement dit, des gilets pare-balles et des armes. Nous voulons également des moyens de transmissions radio obligatoires avec la police nationale. Il n'est pas normal que les collègues de Villiers soient intervenus alors qu'il y avait eu une fusillade un kilomètre et demi avant, sans savoir ce qui s'était passé. Aurélie est décédée en intervenant sur ce qu'elle pensait être un banal accident ! (...) Que voulez-vous que nous fassions d'un Taser face à des armes de guerre ?", déclarait le syndicaliste sur le site lci.tf1.fr.
Qu'en est-il dans notre département ? Les problèmes rencontrés sur le terrain par les policiers municipaux métropolitains sont-ils comparables à ceux des policiers municipaux réunionnais ?
Nous avons demandé à Nalini Vélopoulé-Merlo, adjointe déléguée à la sécurité de la Mairie de Saint-Denis, de nous livrer son sentiment à ce sujet.
Que pensez-vous de l'annonce de Brice Hortefeux à propos de la possibilité d'équiper les policiers municipaux de Tasers ?
A Saint-Denis, les policiers municipaux sont armés (30% des policiers municipaux le sont, ndlr). Le Taser pose des problèmes de sécurité dans son utilisation et je ne vois pas en quoi il pourra apporter une réponse face à des armes lourdes !
Pensez-vous que les questions d'insécurité auxquelles se retrouvent confrontés les Policiers Municipaux en métropole soient du même ordre à la Réunion ?
Pas du tout. D'un point de vue statistique, nous sommes, à Saint-Denis, à 56 faits délictueux pour 1.000 habitants, ce qui nous situe dans le bas du tableau de la délinquance nationale. Rien à voir avec une ville comme Nîmes, avec un nombre d'habitants similaires (140.000). Nous sommes, en termes de criminalité, plutôt bien lotis. A la Réunion, il n' y a pas de grand banditisme comme dans certaines régions métropolitaines.
Pensez-vous comme de nombreux policiers municipaux, politiques et même policiers nationaux (dont le Commandant Pascal Ravennel du commissariat de Malartic de Saint Denis, interrogé hier à ce sujet) qu'il faille étendre les attributions légales des policiers municipaux ? Car dans la réalité, ils se retrouvent, selon certains, dans des situations de dangerosité comparables à celles rencontrées par les gendarmes et policiers. Sachant en outre, que selon les municipalités, les PM travaillent de fait hors de leurs attributions légales stricto sensu...
La police municipale n'est pas une police régalienne ! La police municipale c'est la police du maire ! Certains maires, je pense à des villes comme Nice ou Cannes ou le "tout répressif" est de mise, utilisent leurs polices municipales en lieu et place de la police nationale, ce qui est anormal. La police municipale est une police de proximité, avec un rôle préventif fort. A Saint-Denis, il ne s'agit pas de faire des missions de sécurité publique mais plutôt de s'assurer de la salubrité et de la tranquillité publique.
Les deux axes d'intervention principaux de la police municipale de Saint-Denis sont, d'une part la protection de l'environnement, et d'autre part la lutte contre les nuisances sonores. Nous avons redéployé nos effectifs en ce sens. Les policiers municipaux ne sont pas aussi chevronnés que les gendarmes ou la police nationale, ils n'ont pas le même niveau de formation et leurs missions sont complémentaires. Je ne veux pas que mes policiers municipaux jouent "aux cow-boys" ! Il faut non pas étendre les domaines d'intervention de la police municipale mais plutôt clarifier les missions respectives des uns et des autres.
Est pointé du doigt, dans le meurtre d'Aurélie Fouquet, un manque d'information et de coordination entre police nationale et municipale, notamment l'absence de liaison radio entre les deux. Qu'en pensez-vous ?
Il n'est pas possible que la police nationale et la police municipale soient reliées par radio pour des raisons de sécurité et de confidentialité. En revanche, nos policiers municipaux travaillent en étroite collaboration avec les policiers nationaux et ont des interlocuteurs privilégiés au sein de la police nationale. S'ils se retrouvent confrontés à un souci de sécurité publique, ils passent le relais à la police nationale.
Par exemple, des policiers municipaux ont "soulevé un lièvre" récemment grâce à des caméras de vidéo-surveillance : ils ont démasqué un vendeur de stupéfiants dans la rue. Ils auraient pu intervenir directement (c'est un flagrant délit et peuvent intervenir à ce titre, ndlr) mais ils ont appelé la police nationale qui est intervenue et a appréhendé le dealer. Un autre exemple de travail en synergie avec la police nationale : la traque des garages "marrons". Mais le rôle des policiers municipaux est de désamorcer en amont. La police municipale doit être "la troisième force de police" : il faut éviter la mise en concurrence avec les autres forces de police.


