ADSL : La fracture numérique de Saint-Leu

Ces zones viennent rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’île possède une topographie bien particulière qui ne favorise pas la mise en œuvre par France Télécom des technologies les plus efficaces. Sur notre petit bout de Terre volcanique, la fracture numérique, thème électoral à ses heures perdues, n’est pas un vain mot.
Alors qu’en métropole, nombreux sont ceux qui surfent avec du 100 mégas pour une trentaine d’euros mensuels, à la Réunion, internet se traîne, rame, voire surnage. Sauf pour la facturation. Si on établissait un ratio prix payé/débit en métropole et à la Réunion, on constaterait un écart de prix phénoménal, de l’ordre de 200 fois plus cher sur notre île.
De la même façon, il existe de nombreux abonnés péi qui n’ont pas d’autres choix que le très bas débit, un pitoyable 56 k, insuffisant même pour ouvrir ses mails. Un débit préhistorique fourni par l’opérateur historique pour un tarif prohibitif (relativement au débit offert). Voilà pour le discours "client".
b[Un taux d’éligibilité à l’ADSL comparable à celui de la métropole ?]b
Du côté de France Télécom, propriétaire des lignes, le discours est tout autre ; "i[le taux d’éligibilité à l’ADSL est le même à la Réunion qu’en métropole : 98%]i", nous apprend Jean-Pierre Hoareau, directeur régional de France Télécom. Mais tout dépend de ce qu’on entend par "haut débit" (à la Réunion 512 Ko est considéré comme du haut débit, pas en métropole). Nous avons demandé à Jean-Pierre Hoareau de nous éclairer sur le cas Saint-Leusien : les trois zones blanches, non desservies par l’ADSL, que sont le quartier des Colimaçons, le quartier de Bras Mouton et enfin le quartier de la Fontaine Saint-Leu. Pour y surfer avec un minimum de célérité, point d’autre salut actuellement que de passer par la 3G+.
Restent deux solutions alternatives : la technologie wimax , coûteuse pour l’abonné et la commune concernée ou le système NRA (nœuds de raccordement) en zones d’ombre... entièrement à la charge des collectivités.
b[NRA : Des installations alternatives aux frais exclusifs des collectivités]b
La technologie wimax consiste en la pose d’antennes par les collectivités, ici la mairie de Saint-Leu, l’achat d’un récepteur (300 euros) pour chaque abonné, auquel il faut ajouter une facturation de 50 euros mensuels. Tout ça pour un méga, au mieux. Une offre très peu compétitive. L’autre solution, le "i[NRA en zone d’ombres]i" est moins coûteuse pour le client mais est, d’après Jean-Pierre Hoareau, exclusivement à la charge des collectivités publiques. Il s’agit pour les zones trop éloignées du central principal d’installer des "i[mini-centraux]i" chargés de régénérer le signal envoyé par le central principal. Car avec la distance, le signal faiblit pour n’offrir qu’un très faible débit en bout de course chez l’abonné.
Par exemple, à la Chaloupe, il faudrait installer un mini-central qui aille chercher le signal à Saint-Leu. Si moins de 300 clients sont concernés, des lignes en cuivre pourront être installées entre le central principal et le mini-central. Si plus d’abonnés souhaitent se raccorder au mini-central, il faudra alors utiliser de la fibre optique, technologie plus coûteuse. D’après Jean-Pierre Hoareau, pour un mini-central éloigné de deux kilomètres du central principal, il faudrait compter 100.000 euros en moyenne.
b["France Télécom a investi sur les huit dernières années plus de 425 millions d’euros dans le développement d’internet à la Réunion"]b
"i[Au plan national, l’autorité de régulation a autorisé 20 expériences avec cette technologie NRA . Dans le cadre de cette expérimentation nationale, c’est à Sainte-Rose avec le quartier de Bois Blanc, que le NRA a été testé à la Réunion. Le financement a été pris en charge à 50% par la commune de Sainte-Rose et à 50% par France Télécom. En dehors de ces 20 expérimentations nationales, la réglementation est claire : le financement des NRA est à la charge exclusive des collectivités intéressées]i", explique le directeur technique. "i[Par ailleurs, il ne faut pas oublier que France Télécom a investi sur les huit dernières années plus de 425 millions d’euros dans le développement d’internet à la Réunion]i", ajoute Jean-Pierre Hoareau.
Ainsi, ce serait aux collectivités de pallier les insuffisances du réseau internet local, France Télécom n’étant pas tenue, d’après elle, de financer les offres spéciales destinées aux zones blanches ou d’ombre. A Saint-Leu, pour le moment, la municipalité s’est contentée de remettre aux abonnés mécontents des formulaires de pétition, afin sans doute d’évaluer les besoins des habitants des Colimaçons, de Bras Mouton et de la Fontaine Saint-Leu. A moins qu’une autre collectivité, le TCO, ne prenne en mains le problème. En attendant, les habitants surferont en 3G+, avec tous les aléas que cette technologie comporte…


