Des imams formés à l'Université ?

Ce cycle d'étude "religion, laïcité et interculturalité" est organisé en partenariat étroit avec la Grande Mosquée de Paris et notamment son recteur, Dalil Boubakeur, par ailleurs ancien président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM). Auparavant, il avait été proposé à des universités publiques d'accueillir la formation. Mais ces dernières ont opposé un refus catégorique, au nom du principe de séparation des églises et de l'Etat (loi de 1905).
Et aujourd'hui, signe des temps, c'est un ministre qui veut ramener une partie de l'enseignement prodigué aux imams et aumôniers dans le giron de la République. Eric Besson a en effet annoncé mardi dernier son souhait de "décentraliser" le cycle d'étude proposé par l'institut catholique vers des "universités de Province".
Ce souhait est d'ailleurs partagé par les étudiants, anciens et actuels, ainsi que par toutes les composantes du CFCM, à l'exclusion de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF).
Interrogé hier à ce sujet, Abdullah Moolan, le président du Conseil Régional du Culte Musulman, s'est montré hostile au projet : "il faudrait savoir : c'est la laïcité ou pas ? Il est impossible que la théologie soit enseignée dans des universités publiques".
"Former cinquante agents cultuels et culturels par an"
En réalité, il ne s'agit pas de prodiguer un enseignement théologique dans des universités publiques, contrairement à ce qu'a pu croire Abdullah Moolan. Il s'agit d'offrir une formation complémentaire de 214 heures comprenant un volet culture générale (Histoire et Français), un volet juridique au sens large (droit français, droits de l'homme, parité hommes-femmes, gestion), et enfin un troisième volet intitulé "culture religieuse" qui traite des religions en France et de la laïcité.
Djelloul Seddiki, le directeur de l'institut de formation de la Mosquée de Paris souligne à ce titre qu'il "est important de ne pas enfermer la formation des imams dans la théologie". Par ailleurs, tous les élèves interrogés par Eric Besson se seraient félicités de cette ouverture de l'Islam de France aux principes fondateurs de la République ; certains parlant de "lumière", d'autres soulignant la complémentarité avec l'enseignement confessionnel, d'autres encore se félicitant de "la compatibilité de l'Islam et de la République".
Prenant acte de cet engouement partagé, Eric Besson a formulé le souhait de voir "cinquante agents cultuels et culturels diplômés chaque année". Pour l'heure, l'institut Catholique de Paris ne forme qu'une vingtaine d'imams et aumôniers par an.
Lutter contre les imams "autoproclamés" et "itinérants"
Interviewé en janvier dernier par LePoint.fr, Dalil Boubakeur a fait l'éloge de la formation complémentaire dispensée par l'institut Catholique de Paris et la Mosquée de Paris. Il a également mis en garde contre les "imams autoproclamés". "L'imam autoproclamé s'est formé lui-même et estime avoir acquis suffisamment de connaissances coraniques, quelquefois de travers... Certains orientent leur discours vers des prêches violents, des diatribes, des critiques démagogiques qui semblent plaire à une population. L'assemblée est même captivée par ce jargon" s'alarme le recteur.
Poursuivant son propos, Dalil Boubakeur pointe du doigt ces imams qui "sont comme les médecins de Molière : ils vont de ville en ville, de campagne en campagne, attendant des uns et des autres un soutien financier".
Apparemment ce phénomène épargne, pour le moment en tout cas, la Réunion. D'après Abdullah Moolan, "à la Réunion, les imams sont des locaux. Nous n'avons pas ici d'imams venant de l'extérieur. D'ailleurs, nos imams sont des gens diplômés, souvent des bac +3 ou des bac +4, au moins des bâcheliers" rassure-t-il. Mais quand on lui demande si cela répond à une exigence des institutions officielles musulmanes locales, le président du CRCM répond : "c'est un fait, c'est tout".
Reste que, comme le soulignait en janvier dernier Dalil Boubakeur : "Tout un chacun peut s'autoproclamer imam. (...) Il faudrait que chaque imam puisse produire un document, une preuve délivrée par un organisme de formation. Mais l'État, à qui nous voulions demander un statut de l'imam, refuse de s'immiscer dans cette affaire". Il semble aujourd'hui que l'homme de foi et de culture ait été entendu.


