Revenir à la rubrique : Société

Michel Latchoumanin préfère parler de "littératie" plutôt que d'"illettrisme"

Selon Michel Latchoumanin, directeur du Circi, (Centre interdisciplinaire de Recherche sur la construction identitaire), il faut revoir le vocabulaire employé pour parler de ceux qui ne savent pas écrire ni lire, et préférer le terme de littératie, qui invite à l'apprentissage, plutôt qu'illettrisme, qui stigmatise et place en situation d'exclusion.
Ecrit par zinfos974 – le jeudi 29 avril 2010 à 11H10

L'intervention de Michel Latchoumanin, directeur du Circi, (Centre interdisciplinaire de Recherche sur la construction identitaire) hier soir lors d'une conférence à l'ancien Hôtel de ville de Saint-Denis, apporte une autre approche de ce qui est communément appelé "l'illettrisme"... Il était accompagné de Serge Payet, qui collabore à ses travaux, et Ericka Bareigts, qui a ouvert la séance en évoquant "la situation humainement inacceptable", liée au nombre d'illettrés à La Réunion en 2010.

Taux d'illettrisme stable depuis 20 ans

Serge Payet a fait référence au rapport rendu par Jean-Marie Marx, directeur général d'Agefaforia (OPCA des industries agro-alimentaires pour la formation), concernant le nombre d'illettrés en France, évalué à 3.100.000, dont seul 180.000 ont bénéficié des ateliers pédagogiques permanents. Ces ateliers ont touché 1.400 personnes à La Réunion, sur 100.000 illettrés recensés par l'Insee en 2007, soit environ 22% de la population. "Un taux qui n'a pas varié depuis 20 ans, c'est ce qui est inquiétant", ajoute Michel Latchoumanin.

La "récence" du système éducatif est une fausse cause

Selon le rapport, en métropole, "57% des illettrés travaillent, pour la plupart dans le secteur agro-alimentaire, et 11% sont au chômage". A La Réunion, l'enquête de l'Insee, qui a porté sur 513.000 Réunionnais, recensent 7.000 personnes qui n'auraient jamais fréquenté l'école. "Il faut arrêter de faire la confusion entre les relations statistiques et les relations de causalités", indique Michel Latchoumanin après que son homologue ait rappelé ces chiffres, qui démontrent selon lui que la faute n'est pas simplement due au système éducatif. Certes, c'est "politiquement correct" de remettre en cause le système éducatif, prétextant "sa récence", alors que le système scolaire est présent sur l'île depuis bien longtemps.
"L"illettrisme existe depuis le début de l'écriture", insiste-t-il. "Ce n'est pas l'absence du système scolaire qui explique l'illettrisme de nos anciens, mais le fait qu'ils ont dû quitter tôt l'école pour aider leurs parents aux pâturages".

"Littératie", c'est mieux qu'"illettrisme"

Michel Latchoumanin, qui est également docteur en psychologie, indique ne pas hésiter à faire dans "la provocation", lorsqu'il le juge nécessaire. A l'heure où "l'illettrisme" est de plus en plus considéré comme "un handicap" pour s'insérer dans la société, il est important selon lui de revoir la considération que la société porte sur cette catégorie de personnes, qui sont parfois appelées "des autistes sociaux", et revoir le vocabulaire employé à leur égard. "Le terme d'illettrisme, comme celui d'analphabétisation, est connoté négativement" et contribue à la "marginalisation et entretient l'exclusion". Selon le chercheur, il vaut mieux employer le terme de littératie (ndlr : de l'anglais literacy), qui signifie "l'accompagnement de l'individu vers le savoir qu'il juge nécessaire d'acquérir pour réaliser son projet".

Écriture et reconnaissance identitaire

Cette reconsidération signifiée à travers l'emploi d'un terme moins péjoratif serait importante dans la "construction identitaire de l'individu". Michel Latcoumanin reprend un exemple cité par Serge Payet : Un couple qui ne se sentait plus stigmatisé au moment de retirer de l'argent à la banque après avoir appris à écrire leur nom et à signer, au lieu d'imposer l'emprunte du pouce sur une feuille. "La personne est amenée à l'existence sur le plan identitaire par le simple fait de pouvoir écrire son nom".

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :